Ce dessin de Mouna Sehnaoui illustre la page consacrée à oum Farid. (Nour Majdalani)
Sillonnant le Liban, Nour Majdalani va recueillir de nombreux témoignages de vanniers. Au fil des pages, le lecteur rencontre oum Farid, à Amshit, initiée à la technique de la vannerie depuis l'âge de huit ans; Nazira Kassem, à Baalbeck, qui passait parfois dix mois à confectionner une natte ornée de motifs géométriques, que lui commandait la famille el-Solh ou encore les artisans de Kefraya qui fournissent les corbeilles aux marchands des fleurs. À Kouechra (Akkar), Khadijeh est réputée pour ses nattes en alfa, «une herbe de la famille des graminées qui pousse sur les bords des fleuves Nahr el-Kébir et Oronte ou dans les marécages de Ammik, dans la Békaa, et qui sert principalement à tisser des nattes pour couvrir les sols». C'est cette matière qu'utilise aussi Kayed Saab (de Choueghir) pour tisser les tapis de prière décorés de motifs inspirés du monde animal ou végétal, dont «l'épi de blé ou l'arbre de vie, symbole d'abondance, de fécondité et de fertilité, très fréquents dans l'iconographie rurale». Mais quand la femme artiste se penche sur les pièces religieuses, «elle laisse aller son imagination. On voit alors des personnages qui se tiennent par la main et qui ont l'air de danser», note l'auteure. Le livre aborde les différentes techniques de travail, les types et fonction des objets, la peinture de la paille et le travail artisanal des femmes palestiniennes du camp «Weavel», autrefois initiées au travail de la vannerie de blé par l'Italienne Adèle Manzi. «Ces articles sont très appréciables, mais leur aspect n'a plus la finesse d'avant. On sent la hâte dans le travail, comme c'est le cas pour la plupart des produits destinés à une clientèle touristique», signale l'auteure.
En 1964, il y avait 200 vannières à Bayssour. En 1980, il n'en restait qu'une seule en activité! Toutefois, le métier résiste. «Grâce à des initiatives privées, de nouveaux designs sont régulièrement introduits. Une plus grande et étroite collaboration entre artistes et artisans pourrait sauver ce patrimoine en péril», conclut Nour Majdalani.

