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Liban - Exode

Plusieurs milliers de réfugiés syriens accueillis dans le Akkar

Le flot de réfugiés syriens vers Wadi Khaled et d'autres localités du Akkar s'est ralenti hier. Durant le week-end et lundi, des milliers de familles syriennes de Tall Kalakh et de Halate avaient franchi le fleuve Nahr el-Kébir pour rejoindre le Liban.

Des enfants ayant fui les horreurs du régime syrien recevant leurs rations d’aide humanitaire du côté libanais de la frontière. Mohammad Azakir/Reuters

Debaybiyé, à 20 kilomètres de Tripoli et à 15 kilomètres de Wadi Khaled, est séparée du village de Halate, en Syrie, par le Nahr el-Kébir. La localité libanaise compte 250 habitants. Lundi, environ 400 familles du village syrien voisin ont franchi la frontière, soit environ 2 000 personnes, si l'on assume que ces ménages sont constitués uniquement de trois enfants, ce qui n'est pas le cas. Dans ces zones rurales, l'on compte beaucoup de familles nombreuses...
Ghada porte une robe et un foulard bleu gitane. Elle a cinq enfants et une maison constituée de quatre chambres, d'un salon, d'une cuisine et d'une salle de bains. Elle reçoit chez elle une vingtaine de personnes venues lundi de Halate.
Elle ne les connaît pas, mais son mari a suggéré d'accueillir ces réfugiés car « les voisins doivent s'entraider », dit-elle, assise à sa terrasse avec des femmes, des hommes et une dizaine d'enfants qui ne dépassent pas les trois ans.
Ici, comme à Wadi Khaled et dans d'autres villages qui accueillent des réfugiés syriens, on parle de l'horreur vécue, depuis plusieurs semaines, de l'autre côté de la frontière. « Lundi, les soldats allaient bombarder le village. Nous n'avions plus le choix : nous devions partir », souligne Roukaya, une jeune mère de quatre enfants qui tient un nourrisson de 9 mois dans les bras. « J'avais rangé quelques affaires mais je les ai égarées en franchissant le fleuve. Les soldats syriens nous ont donné dix minutes pour passer la frontière. J'ai eu peur. Il y a eu des coups de feu. Les habitants de Debaybiyé sont accourus, nous aidant à porter les enfants », dit-elle.
On parle d'une jeune fille qui est tombée dans l'eau et qui s'est brisée les poignets, d'une femme enceinte qui a été directement transportée à l'hôpital après avoir franchi la frontière pour accoucher au Liban, d'enfants que l'on a égarés et de parents que l'on a laissés en Syrie parce qu'ils sont trop fatigués pour bouger. On raconte des histoires plus légères, celles de baluchons que l'on a posés au bord du fleuve pour passer la frontière et de chaussures que l'on a perdues en se jetant à l'eau.

« Je ne peux plus allaiter »
Roukaya, comme beaucoup d'autres femmes présentes à la terrasse - qui semble trop étroite tellement elle abrite du monde -, met pour la première fois les pieds au Liban.
Khaldié, elle aussi, tient un nourrisson entre les bras. Le bébé tout brun a l'air chétif. « Notre quartier a été encerclé, nous ne pouvions plus sortir, nous n'avions plus de pain. Et de plus, j'ai eu horriblement peur. Je ne peux plus allaiter ma fille de quatre mois, je n'ai plus de lait. Je m'arrange pour lui donner du yaourt », raconte-t-elle tristement.
Haytham, le mari de Roukaya, se demande comment il passera les jours à venir et de quelle manière il pourra à la longue subvenir aux besoins de sa famille. Il n'est pas le seul homme ayant fui la Syrie. À croire qu'il ne verra plus de sitôt son village. « Les soldats nous ont vus traverser la frontière. Ils nous connaissent. Si nous rentrons, ils nous tueront ou nous emprisonneront », dit-il.
Ahmad Moustapha, le beau-frère de Ghada, explique que les 400 familles arrivées lundi de Halate à Debaybiyé ont été réparties sur sept villages de la région (qui est proche de Menjez, dans le Akkar). Certaines municipalités ont même ouvert quelques salles de classe leur assurant ainsi un logement temporaire.
Plus loin également, dans la région de Wadi Khaled, les réfugiés ont été répartis sur plusieurs villages de la zone. Et depuis hier, le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies est présent sur le terrain dans le Akkar. Il soutient le gouvernement libanais à faire face au flot de réfugiés. « Le recensement des personnes ayant quitté la Syrie est en cours. Il se fait conjointement avec les municipalités et la société civile. Nous travaillons en coopération avec le ministère des Affaires sociales et le Haut Comité de secours », souligne la responsable presse de l'UNHCR, Dana Sleimane, ajoutant que « dans deux villages de Wadi Khaled des matelas, des couvertures et des kits alimentaires ont été distribués ».

S'établir au Liban
Le village de Boukaya, à Wadi Khaled, accueille des habitants de Tall Kalakh. Ici on parle du drame vécu à l'intérieur de la ville syrienne, qui compte 35 000 habitants, exclusivement sunnites, et qui est entourée de villages alaouites. On évoque les arrestations arbitraires, la torture en prison, les cadavres que l'on n'arrive pas à dégager des rues, les charniers, les tireurs embusqués et les familles bloquées depuis des semaines à la maison.
Beaucoup d'hommes et de femmes qui ont pris la fuite sont horriblement tristes, comme s'ils portaient le deuil de leur pays.
À la terrasse d'une maison, Tamar, 22 ans, et Hadi, 23 ans, deux réfugiés de Tall Kalakh, prennent le thé. Ils sont cousins et fiancés. Ils sont arrivés dimanche au Liban. Ils ont les mines tristes et les larmes aux yeux. Ils n'ont pas envie de s'épancher devant des étrangers. Ils savent que leur vie a basculé depuis le week-end dernier. Ils n'ont jamais imaginé qu'un jour ils passeraient la frontière syro-libanaise à pied, portant pour tout bagage leur carte d'identité et quelques milliers de livres syriennes. Ils croient dur comme fer qu'ils ne rentreront plus jamais en Syrie, du moins pas avant la chute du régime de Bachar el-Assad. Maintenant, ils appréhendent les jours à venir. Et comme beaucoup d'autres, ils commencent à envisager de faire leur vie au Liban.
Le moukhtar de Boukaya, Rami Khazaal, qui accueille lui-même une vingtaine de réfugiés - entre oncles et cousins -, souligne que la zone de Wadi Khaled a reçu environ 4 500 déplacés le week-end dernier, notant qu'il a ouvert le deuxième étage de sa maison pour permettre aux femmes de dormir et d'avoir plus de liberté.

Dix sacs de pain
Un peu plus loin, sur la route principale, Ahmad achète dix sacs de pain. Il enfourche sa moto et rentre chez lui. Il accueille la famille - toute la famille - de son épouse d'origine syrienne, une trentaine de personnes, des femmes surtout, sans compter les enfants en bas âge.
La maison de Fawziyé et d'Ahmad, constituée de deux chambres, est trop petite pour recevoir autant de monde, mais on fait avec les moyens du bord, essayant de diviser la petite tribu en envoyant des frères, des sœurs, des belles-sœurs, des neveux et d'autres proches chez des parents établis ailleurs, notamment dans la zone d'Akroum ou encore dans diverses régions libanaises, où des familles syriennes sont établies.
Hassan, l'oncle de Fawziyé, raconte que « la nuit, pour dormir, il n'y a ni assez de place ni assez de couvertures. Les plus âgés dorment assis et se couvrent avec leur gallabiya ».
« J'ai envoyé mes quatre enfants chez mes parents qui travaillent à Batroun », note une femme présente dans la petite maison, alors qu'une autre ajoute qu'elle a réussi à faire accueillir sa bru qui a accouché trois jours avant le départ de Tall Kalakh chez des proches à Akroum. Une troisième raconte que dimanche la famille a placé la belle-mère handicapée dans une brouette pour lui permettre de franchir ainsi le pont reliant Tall Kalakh à Boukaya.
Hier, le pont qui enjambe le Nahr el-Kébir était la cible des tireurs embusqués et l'on entendait par intermittence des rafales de coups de feu ou encore des obus explosant au loin.
Sous les arbres, une vingtaine d'hommes sont assis face au territoire syrien qu'ils ont fui la semaine dernière. Ils regardent leur village à l'aide de jumelles. « Nous pouvons voir où tombent les obus, nous avons encore de la famille à l'intérieur », indique Moustapha.
Ali souligne : « Je suis au Liban depuis six jours. Je reste ici pour secourir les miens, mes compatriotes, qui viendront. Hier, j'ai aidé sept personnes qui ont franchi la frontière la nuit en rampant pour fuir les tirs des snipers, parmi eux deux garçons de douze ans. Ils ont raconté que le chemin leur a pris sept heures. Il faut normalement trente minutes à pied pour arriver de Tall Kalakh à Boukaya. »
« Depuis ce matin, on n'arrive plus à contacter les nôtres à l'intérieur de la Syrie. Ils disposaient de téléphones portables libanais. Ils ont été soit emprisonnés, soit tués », affirme Omar.
Les hommes attendront encore à la frontière, d'autres arriveront de Syrie. Ils seront porteurs de nouvelles qui ne sont pas toujours bonnes à raconter.
Debaybiyé, à 20 kilomètres de Tripoli et à 15 kilomètres de Wadi Khaled, est séparée du village de Halate, en Syrie, par le Nahr el-Kébir. La localité libanaise compte 250 habitants. Lundi, environ 400 familles du village syrien voisin ont franchi la frontière, soit environ 2 000 personnes, si l'on assume que ces ménages sont constitués uniquement de trois enfants, ce qui n'est pas le cas. Dans ces zones rurales, l'on compte beaucoup de familles nombreuses... Ghada porte une robe et un foulard bleu gitane. Elle a cinq enfants et une maison constituée de quatre chambres, d'un salon, d'une cuisine et d'une salle de bains. Elle reçoit chez elle une vingtaine de personnes venues lundi de Halate. Elle ne les connaît pas, mais son mari a suggéré d'accueillir ces réfugiés car « les voisins doivent s'entraider »,...
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