« Ils nous ont menti pendant 40 ans »; « Celui qui tue son peuple est un traître », peut-on lire sur les banderoles brandies lors d’une manifestation qui, selon une vidéo postée sur YouTube, aurait eu lieu hier, à Nawa, dans le sud de la Syrie.
L'écrivain et opposant syrien Louaï Hussein a toutefois jugé « inutile » le dialogue proposé par le ministre. « Il n'y aura pas de dialogue sans la libération de tous les détenus politiques, l'autorisation de réunions et de manifestations pacifiques », a affirmé M. Hussein. Selon l'opposition, des milliers de personnes ont été arrêtées depuis le début des troubles en Syrie le 15 mars.
Hier, des milliers d'opposants ont à nouveau défié le pouvoir après les grandes prières hebdomadaires, près de deux mois après le début du soulèvement. Le président de l'Organisation nationale des droits de l'homme, Ammar Qorabi, a confirmé la mort de deux manifestants à Homs et indiqué qu'un troisième protestataire avait péri à Damas. Trois autres personnes ont également été tuées hier à Deraa, berceau de la révolte, a indiqué une militante des droits de l'homme, Razan Zaitouna. Selon un autre militant, les forces de sécurité ont également ouvert le feu sur une manifestation organisée pendant la nuit dans la ville de Mayadine, à 40 km de Deïr el-Zor, dans l'est, blessant quatre personnes.
D'autres manifestations ont réuni des milliers de personnes à Deraa (Sud), Nawa, Qamichli, Derbassiyé et Amouda (Nord-Est), à Saqba, près de Damas, et à Hama, à 210 km au nord de la capitale. Les forces de sécurité et l'armée ont été déployées dans les principaux foyers de contestation hier après un appel à la mobilisation lancé sur la page Facebook « The Syrian Revolution 2011 ».
« Les forces de sécurité tirent en l'air à l'arme automatique à Deraa pour disperser des milliers de manifestants », a déclaré à l'AFP un militant de cette ville du Sud, où le mouvement de contestation est né à la mi-mars. Selon Louaï Hussein, le président Assad avait pourtant donné instruction aux forces de l'ordre de ne pas ouvrir le feu sur les manifestants. Une conseillère du président, « Bouthaïna Chaabane, m'a affirmé lors d'une conversation téléphonique que des ordres présidentiels stricts avaient été donnés de ne pas ouvrir le feu sur les manifestants », a annoncé M. Hussein sur sa page Facebook.
À Qamichli, à majorité kurde, près de 3 000 personnes ont manifesté après la prière, selon un autre militant. « Par notre âme et par notre sang, nous nous sacrifierons pour Deraa », ont scandé les manifestants, selon une vidéo diffusée sur YouTube. Les manifestants portaient également un immense drapeau syrien sur lequel était écrit « Azadi » (« Liberté », en kurde), selon la vidéo.
En outre, des centaines de personnes ont manifesté à Jdaidet-Artouz, à 11 km au sud de Damas, « appelant à la chute du régime », a déclaré un autre militant. Un millier de manifestants ont également défilé à Saqba, près de la capitale, où « d'importants renforts sont entrés », selon des militants. « Le peuple veut la chute du régime ! » a-t-on scandé dans le quartier damascène de Barzeh, en banlieue, rapportent d'autres témoins.
Dans la ville de Hama, la police a dispersé plusieurs manifestations à coups de bâton, au gaz lacrymogène et au canon à eau. L'une des manifestations a eu lieu devant le siège de la mairie, où les manifestants ont déchiré le portrait du président Bachar el-Assad avant d'être dispersés par les forces syriennes, selon un militant. « Je suis au milieu d'une foule énorme (...) Ils viennent de toutes les directions », a déclaré un témoin joint par Reuters à Hama.
Selon un des militants, les arrestations se poursuivaient également à travers le pays, de Deir Ezzor (Est) à Lattaquié (Nord-Ouest), et de Qamichli à Deraa.
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux Droits de l'homme s'est dit « extrêmement préoccupé » par les informations d'ONG faisant état de 700 à 850 morts parmi les manifestants et a appelé Damas à cesser d'essayer de « faire taire les opposants ».
Le ministère britannique des Affaires étrangères a annoncé qu'il avait convoqué l'ambassadeur de Syrie, menaçant le régime de « nouvelles sanctions ». Et l'Australie a dit qu'elle allait durcir ses sanctions financières contre Damas.
De son côté, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a établi une distinction hier entre le leader libyen Mouammar Kadhafi et le président syrien, estimant que Bachar el-Assad a au moins proposé des réformes et joué un important rôle diplomatique. Moscou pour sa part a mis en garde hier contre une intervention étrangère en Syrie, appelant l'opposition syrienne a ne pas répéter le « scénario libyen ».
(Sources : rédaction
et agences)

