Restait à traiter les autres ministères qui font l'objet de convoitises opposées : l'Information, les Télécoms, l'Énergie, la Justice, la Défense et la Santé, notamment. Nagib Mikati avait consulté Baabda après avoir conféré avec le président Nabih Berry puis discuté avec les deux Khalil, représentant Amal et le Hezbollah, comme avec Gebran Bassil du CPL, avant de recevoir Ghazi Aridi, le représentant de Walid Joumblatt qui doit visiter Damas. Il leur a demandé de lui présenter une liste des départements que leurs formations souhaitent obtenir ainsi que des noms. En précisant, à ce propos, que plusieurs postulants, et non un seul, doivent être mentionnés pour chaque département. Autrement dit qu'il ne doit pas y avoir de parachutage imposé, mais un éventail lui facilitant la sélection.
Mais pourquoi les complications se dénouent-elles ? Selon un ministre informé, c'est principalement grâce à la pression syrienne en faveur d'une formation accélérée du gouvernement libanais. Les deux Khalil, après leur dernière relance à Damas, en étaient revenus avec de pressantes recommandations d'aller bien plus vite en besogne. L'une des raisons avancées étant qu'il faut un gouvernement bien accrédité pour appliquer de sévères mesures de surveillance des frontières, notamment au Nord, afin de couper court au ravitaillement en armes, à partir du territoire libanais, de groupes syriens rebelles. Ainsi qu'à l'infiltration en Syrie d'éléments subversifs, d'agitateurs opérant dans les manifestations organisées dans diverses agglomérations syriennes. Selon une source du Bloc du changement et de la réforme, les Syriens ont adressé des questions à certains de leurs alliés du cru sur les entraves, inadmissibles selon eux en raison de la gravité des circonstances, posées à la formation d'un nouveau gouvernement au Liban.
Soupçons
Cette source précise que les Syriens ont eu l'air de considérer que ces parties libanaises, pour alliées qu'elles s'affirment, misent en réalité sur des développements négatifs en Syrie. Ce qui dénoterait un net déficit de confiance.
Toujours est-il que le message syrien est parvenu à Hassan Nasrallah ainsi qu'à Nabih Berry par le truchement des deux Khalil. De son côté, le leader du PSP, Walid Joumblatt, a pavé la voie par son dernier réquisitoire contre le comportement perturbateur et les conditions rédhibitoires de la nouvelle majorité. Le président Mikati a donc cueilli le fruit de l'intervention syrienne comme des positions de soutien du président Berry et de Walid Joumblatt. Il a accéléré le processus, non sans faire discrètement prévenir les protagonistes qu'ils se verraient reprocher le blocage par les parties extérieures s'ils ne mettaient pas de l'eau dans leur vin. Et l'on sait, dans ce cas, ce que parler veut dire. En fait, Mikati a joué sur cette idée, lancée en premier par Berry : l'impasse dans la formation d'un gouvernement libanais procède d'un complot contre la Syrie elle-même. Et l'on sait qu'au sein du 8 Mars nul n'aimerait essuyer une telle accusation.
Dès lors, Michel Aoun, jusque-là intransigeant, s'est résigné à un arrangement sur l'Intérieur promis au général Marwan Charbel après que d'autres noms, dont un officier d'active et d'autres de réserve, ainsi que des juristes, eurent été cités.

