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Liban - Le Commentaire

Le sommet de Bkerké pourrait-il résoudre la crise ministérielle ?

Ce n'est pas la première fois que se tient à Bkerké
un sommet religieux islamo-chrétien, suivi d'un manifeste commun proposant des solutions pour les sujets de l'heure. Du moins quand il y a eu accord à leur sujet, sinon ils ne sont pas évoqués. De telles rencontres ont toujours un certain impact, tant intérieur qu'extérieur, en raison de leur poids moral. Mais la question qui vient immédiatement à l'esprit, comme aux lèvres, est de savoir si l'assemblée des communautés, d'ordre national, prévue ce jeudi au siège patriarcal peut prendre de franches positions unifiées par rapport aux problèmes occurrents du pays. En commençant, bien entendu, par cette crise ministérielle que les politiciens n'arrivent toujours pas à résoudre. Et qui aggrave la désastreuse situation économique, sans compter les risques de dégradation sécuritaire qu'elle comporte.
Par le passé, le différend sur la présence militaire syrienne avait empêché le sommet spirituel de se prononcer d'une seule et même voix à ce sujet. Même chose, antérieurement, pour la présence armée palestinienne. Contraint et forcé, soucieux de ne pas affecter encore plus l'unité éclatée des rangs internes, le sommet spirituel évitait donc de discuter de telles questions.
Pareillement aujourd'hui pour l'armement de la résistance. Les chefs religieux estiment d'ailleurs qu'il n'est pas de leur devoir, ni de leur compétence, mais de ceux des responsables politiques, de traiter un tel dossier. Bien que nul n'ignore que l'armement du Hezbollah et le conflit qu'il provoque restent la toute première cause de l'avortement du projet d'un État de droit souverain, fort, étendant son autorité ainsi que le règne de la loi sur l'intégralité du territoire national et seul détenteur du droit de violence légitime, c'est-à-dire des armes.
Il reste que le sommet peut, actualité et récession obligent, se pencher sur la crise ministérielle. Un problème, finalement, pour tous les Libanais actifs, civils et militaires, bien plus que pour les politiciens qui en sont responsables, pour ne pas dire coupables. La prolongation de la crise entraîne des préjudices considérables pour la population dans son ensemble. Et pour les secteurs économiques. Sans compter qu'elle ébranle encore plus les tenants et les aboutissants de l'entité étatique, déjà friables. Ou même de l'entité libanaise tout court.
Partant de là, le sommet ne devrait pas se contenter, après tant d'autres, d'annoncer qu'il faut hâter la formation du gouvernement. Mais prendre position sur sa composition, à la lumière des tractations qui durent depuis plus de cent jours. Désormais, un cabinet d'union nationale et un cabinet monochrome sont exclus. Les forces politiques continuent à se disputer les strapontins en bloquant le processus de formation. En faisant primer leurs intérêts propres sur l'intérêt national. Au risque que le temple ne s'écroule finalement sur la tête de tous.

Nostalgie
Ce qui ne se passait pas jadis. En effet, dans le temps, la règle logique du jeu démocratique était strictement respectée. Chacun exposait ses demandes ministérielles. Si elles étaient admises, il participait au gouvernement. Et sinon, restant hors du cabinet, il décidait d'accorder ou non la confiance en revenant à la Chambre, généralement sur base de la déclaration ministérielle et non par suite de sa frustration. Il arrivait également qu'un ministrable refusât le département qu'on pensait lui confier pour s'en expliquer ensuite, toujours au Parlement.
Aujourd'hui, malheureusement, celui qui entend faire partie du gouvernement cherche à imposer de force ses conditions en menaçant, plus ou moins ouvertement, de recourir à la rue ou à l'armement hors légalité. Ajoutant qu'en cas de cabinet excluant sa présence, ce n'est pas par un vote de défiance à la Chambre qu'il protesterait, mais en coupant les routes, les rues et en brûlant les pneus.
Quoi qu'il en soit, il subsiste une possibilité de sortie de crise par le recours à cette tangente commode qui consiste à nommer un gouvernement d'extraparlementaires. Il en a été usé, et même parfois abusé, par le passé quand le chef de l'État et le Premier ministre désigné estimaient que l'intérêt national commandait de passer outre à une représentation parlementaire trop divisée pour produire un gouvernement cohérent. Ce qui est le cas aujourd'hui et il faut donc un « gouvernement des gens » plutôt que des camps politiques. Il faut songer à la cherté galopante, au prix de l'essence, aux pénuries d'électricité et d'eau, à la vague d'émigration. C'est pourquoi le sommet spirituel doit intervenir en force sur la crise ministérielle. En proposant une solution déterminée, pourquoi pas d'indépendants et de technocrates. C'est plus important, pour le moment, que tout le reste, un accord sur les constantes nationales compris. D'autant qu'à ce dernier propos, rien de clairement défini n'a encore été dégagé. Ni par les proclamations du sommet interchrétien de Bkerké ni par le manifeste de Dar el-Fatwa qui ont tous deux mentionné les constantes nationales sans autre précision.
Ce n'est pas la première fois que se tient à Bkerkéun sommet religieux islamo-chrétien, suivi d'un manifeste commun proposant des solutions pour les sujets de l'heure. Du moins quand il y a eu accord à leur sujet, sinon ils ne sont pas évoqués. De telles rencontres ont toujours un certain impact, tant intérieur qu'extérieur, en raison de leur poids moral. Mais la question qui vient immédiatement à l'esprit, comme aux lèvres, est de savoir si l'assemblée des communautés, d'ordre national, prévue ce jeudi au siège patriarcal peut prendre de franches positions unifiées par rapport aux problèmes occurrents du pays. En commençant, bien entendu, par cette crise ministérielle que les politiciens n'arrivent toujours pas à résoudre. Et qui aggrave la désastreuse situation économique, sans compter les risques de...
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