Marina Diaz, passionnée par le vin argentin. Photo Vinnie Volkerijk
Avant de déguster, observer. La couleur de la robe. Humer le parfum qui se dégage de chacune des bouteilles. Saisir les effluves de vanille pour l'une, de poivre noir, de cassis ou encore d'oranges pour les autres. L'hôte verse dans chacun des verres le précieux nectar argentin, fait le tour de chacun, raconte, explique avec générosité l'histoire d'une bouteille, d'un vignoble, d'une montagne, d'un terroir ou d'une famille. « Ce qui m'intéresse, dit-elle, ce sont les gens derrière chaque histoire. »
Les 12 apôtres de Marina Diaz, installés autour de la table, découvrent les différents goûts, car, précise-t-elle, « chaque palais a sa propre sensibilité, c'est une affaire très personnelle », prêts à partager son ivresse dans une mise en scène improvisée. L'ivresse de cette sommelière vénézuélienne est contrôlée, étudiée, détaillée et savourée lentement. C'est ce qu'elle appelle « le respect du vin ». La dame a en effet beaucoup lu, suivi des cours à la Wine & Spirit Education Trust de Londres pour « mettre un peu d'ordre dans toutes les connaissances acquises ! », vénéré un mentor, Phil Crozier, directeur de la cave du restaurant Gaucho à Londres, qui lui a tout appris. Comment « pouvoir objectivement le décrire et l'apprécier », et surtout, comment déguster ce breuvage argentin sans jamais « briser la magie qui s'y cache ».
Nouvelle parenthèse
Venue au Liban pour six semaines afin d'installer la carte de vin du restaurant argentin Gaucho et former le personnel, la voilà, à la demande générale et la sienne, jouant les prolongations. « Je suis ravie, dit-elle en anglais dans le texte avec un accent particulièrement ensoleillé. Durant mon enfance au Venezuela, nous avions un voisin libanais très proche de la famille, qu'on appelait "oncle". Les recettes libanaises n'ont plus aucun secret pour ma sœur ! »
À la base hôtesse de l'air, sans doute était-ce dans une autre vie, les divers voyages de Marina l'ont conduite vers cette passion dont elle a fait un métier. Ses nombreuses escales, qui ont duré des années, ont eu lieu à Buenos Aires d'abord, dont elle avoue adorer « le meilleur et le pire » ; Florence, « une autre école de vin pour moi, j'y ai découvert la Toscane, les producteurs, la manière de faire », puis Londres, où elle a posé ses valises. Dix ans chez les British pour, officiellement, perfectionner son anglais. En rencontrant Crozier, elle part aussi à la rencontre des vins argentins, Mendoza, « le bordeaux d'Argentine », Malbec, Catena et les autres. « Il a été mon inspiration en me laissant toute la liberté de choisir, de découvrir et d'apprécier ».
La dégustation se poursuit à la fois calmement et passionnément. Il en est ainsi de Marina qui se déplace en salle, de table en table, conseillant avec ardeur, souriant sans fard, les mains bavardes, le regard vif et les mots généreux. « Il faut parler avec les gens un langage qu'ils comprennent. » Pour les trois mois à venir, ces séances de dégustation, ouvertes aux personnes intéressées, auront lieu les mardi soir. « Le vin, dit-elle, est comme un enfant : imprévisible. » Puis elle lève un dernier verre, cite le millésime, l'altitude, le cépage, le producteur, le porte à son nez et dit : « soublime... »

