Des militants de Reporters sans frontières ont lancé de la peinture sur les murs de l’ambassade de Syrie, hier à Paris, au cri de « c’est l’encre qui doit couler, pas le sang ». Pour Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF, « la Syrie est le pays qui nous inquiète le plus aujourd’hui » en matière de liberté de la presse, rappelant qu’« une dizaine de journalistes y sont actuellement emprisonnés ». Les militants de RSF ont brandi des portraits tachés de peinture de Bachar el-Assad en criant « Bachar prédateur ». Benoit Tessier/Reuters
Entre-temps, les arrestations se poursuivent dans tout le pays, disent des militants. S'exprimant en Égypte, Ammar Kourabi, dirigeant de l'Organisation nationale des droits de l'homme en Syrie, a déclaré que plus de 1 000 personnes avaient été interpellées dans le cadre de la nouvelle vague d'arrestations. Les services de sécurité ont transformé la Syrie en « une grande prison », a ajouté M. Kourabi. Les médias étrangers ne sont pas autorisés à rendre compte des événements, mais des habitants de Deraa ont déclaré par téléphone à des agences de presse que les forces de sécurité continuaient de procéder à des arrestations. « Ils emmènent quiconque a moins de 40 ans au stade de Deraa où ils retiennent depuis la semaine dernière des centaines de personnes, y compris plusieurs femmes, sans toit pour s'abriter », a rapporté un habitant. D'autres font état d'une détérioration de la situation dans la ville, en particulier dans le centre où « l'odeur de cadavres flotte encore partout ». La Croix-Rouge a demandé hier à Damas de lui accorder un accès immédiat à tous les blessés ainsi qu'aux personnes détenues par les autorités. Wissam Tarif, de l'organisation de défense des droits de l'homme Insan, a déclaré que les communications étaient coupées depuis cinq jours à Zabadani et Madaya, des faubourgs de Damas. « L'armée et les services de sécurité font des descentes dans les maisons, quartier par quartier » depuis lundi matin, a-t-il dit.
Parallèlement, le groupe Syrian Revolution 2011 a lancé un appel à intensifier les manifestations, sur sa page Facebook : « Nous appelons les Syriens de toutes les régions à se rendre à partir de mardi soir (hier) sur toutes les places publiques pour organiser des sit-in qui se poursuivront jour et nuit. » Les experts de l'International Crisis Group ont, eux, estimé que la situation en Syrie s'achemine « rapidement vers le point de non-retour ». « En taxant de sédition toutes les formes de protestation, et en les traitant avec une violence croissante, le régime ferme la porte à toute sortie honorable et approfondit la crise nationale », a dit l'ICG. Hier, les États-Unis ont accusé la Syrie d'avoir mis en œuvre « des mesures franchement barbares » pour réprimer la contestation. Mark Toner, porte-parole du département d'État, a dénoncé l'utilisation de chars, « une vaste campagne d'arrestations arbitraires visant de jeunes hommes à Deraa », ainsi que les coupures d'eau et d'électricité. Assad « doit cesser toute violence contre des manifestants innocents », a réitéré M. Toner.
De son côté, le poète syrien Adonis a assuré que le salut de son pays passe par l'abandon d'une « culture du parti unique ». « Le parti baassiste n'est que la reproduction d'une idée passéiste », explique-t-il. « Cette idée est qu'il y a un seul Dieu, donc un seul parti, un parti unique. Et ce parti a l'exclusivité de tout, pas seulement de la politique, mais aussi de l'économie, de la culture. C'est une idée qui vient du monothéisme » a-t-il dit. Le poète de nationalité libanaise, qui habite Paris et Beyrouth, n'est pas retourné en Syrie depuis 1976.
(Source : agences)


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