Interpol, l'organisation de coopération policière internationale, a mis en garde contre la possibilité d'« un risque terroriste plus élevé », après l'élimination du chef d'el-Qaëda, appelant ses pays membres à une « vigilance accrue ». « Le terroriste le plus recherché au monde n'est plus, mais la mort de Ben Laden ne signifie pas la disparition des organisations affiliées à el-Qaëda ou inspirées par el-Qaëda, qui continuent et vont continuer à s'impliquer dans des attaques terroristes à travers le monde », a souligné Interpol.
« Même si Ben Laden est mort, el-Qaëda ne l'est pas. Il est presque certain que les terroristes vont tenter de le venger et nous devons rester vigilants et déterminés, et nous le serons », a affirmé hier le directeur de la CIA, Leon Panetta, dont l'agence a dirigé la traque du chef d'el-Qaëda.
Plusieurs pays ont annoncé un renforcement de la sécurité de leurs intérêts à l'étranger, comme leur ambassade. Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, estime qu'« il pourrait y avoir des éléments d'el-Qaëda qui essaieront de montrer dans les semaines à venir qu'ils sont encore actifs ». Tout en se réjouissant d'un « coup décisif car la personnalité de Ben Laden était extraordinairement symbolique », son homologue français Alain Juppé a mis en garde contre « un optimisme excessif ». « El-Qaëda existe toujours, il y a des numéros deux, il y a des structures », a-t-il averti.
Le pays le plus menacé par d'éventuelles représailles est évidemment les États-Unis. « Il n'y a aucun doute sur le fait qu'el-Qaëda va continuer à essayer de s'en prendre à nous. Il nous faut rester vigilants dans notre pays et à l'étranger, et nous le resterons », a mis en garde Barack Obama.
On pouvait déjà lire lundi des menaces contre l'Amérique sur les forums jihadistes sur Internet. Un contributeur, commentant les images de foules américaines en liesse, écrivait : « Fêtez la nouvelle tant que vous voulez, kouffar (mécréants). Car vous n'avez que peu de temps ici-bas pour le faire. »
Pour Frank Faulkner, conférencier sur le terrorisme à l'université britannique de Derby, toute la question est de savoir « quand et où » auront lieu ces représailles. « Cela ne va pas venir tout de suite, mais el-Qaëda voudra montrer qu'il a encore les capacités d'attaquer ses ennemis », juge-t-il. « Les États-Unis vont souffrir car les jihadistes ont tendance à venger leurs chefs assassinés. Après la mort du chef d'el-Qaëda en Irak, Abou Moussab al-Zarkaoui, en juin 2006, son successeur a commis pendant des mois une série d'attaques- suicide », rappelle Mathieu Guidère, universitaire français et spécialiste du monde arabe. « S'il y a vengeance, cela pourrait se faire par les branches d'el-Qaëda au Yémen (el-Qaëda dans la péninsule Arabique, AQPA) ou au Maghreb (el-Qaëda au Maghreb islamique, AQMI) », estime-t-il. C'est AQPA qui a revendiqué l'attentat raté contre le vol Amsterdam-Detroit de Noël 2009 et, plus récemment, la tentative d'expédier des colis piégés vers l'Occident. Pour la France, c'est une autre « filiale » de la nébuleuse qui inquiète : AQMI, qui retient notamment quatre Français en otages depuis le raid mené en septembre dernier contre la ville d'Arlit, dans le nord du Niger.
El-Qaëda après Ben Laden ?
Les experts s'interrogent cependant sur les capacités réelles de ces réseaux jihadistes, marginalisés par les révolutions du printemps arabe et qui n'ont plus réussi à mener en Occident d'action majeure depuis les attentats de Londres en 2005. « Oussama Ben Laden avait vraiment un leadership idéologique, il était le seul à pouvoir fédérer des groupes disparates dans le monde. Cela porte donc un coup très dur à el-Qaëda pour ce qu'il en restait », affirme le juge antiterroriste français Marc Trévidic. « C'est un développement négatif pour la nébuleuse et les mouvements jihadistes », confirme Thomas Hegghammer, spécialiste norvégien de la mouvance islamiste à la Defence Research Establishment. « Ben Laden était un symbole de la longévité de l'organisation et du défi lancé à l'Occident. Aujourd'hui, ce symbole a disparu. »
Le coup est toutefois plus symbolique que concret. « Pour ce qui est de la conduite des opérations terroristes, Ben Laden n'était plus du tout la figure centrale depuis un certain temps déjà », relève Paul Pillar, ancien haut responsable du renseignement américain. « La plupart des opérations ont été instiguées depuis la périphérie, et non depuis le centre - et par périphérie, j'entends notamment des groupes comme el-Qaëda dans la péninsule Arabique, mais aussi des groupuscules beaucoup plus restreints », ajoute-t-il.
(Source : agences)

