À Banias, les manifestants ont organisé un sit-in nocturne à la lueur des bougies qui formaient le nom de Deraa assiégée. Photo AFP
La veille, l'armée et les forces de sécurité avaient procédé à plus de 365 arrestations notamment dans la ville de Deraa, épicentre de la contestation, et dans celles de Douma - plus de 1 000 arrestations selon les sources -, Lattaquié et Qamishli, selon des militants des droits de l'homme, qui ont précisé que les hommes de moins de 40 ans étaient particulièrement visés. Un porte-parole militaire, cité par les médias, a fait état de l'arrestation de « 499 membres de groupes terroristes à Deraa », de la mort de « deux militaires et membres des forces de sécurité ainsi que de dix terroristes », et de l'arrestation de cinq tireurs embusqués.
Des vidéastes amateurs ont fait parvenir aux agences de presse étrangères des images témoignant de la violence de l'offensive gouvernementale engagée depuis lundi dernier contre Deraa. Sur l'une des vidéos, du sang jaillit de la tête d'un jeune homme gisant sur le sol. « Je sens le pouls, je sens le pouls », s'écrie un autre adolescent penché sur lui. « Non, non, martyr, martyr », annonce-t-il un peu plus tard alors que ses camarades viennent enlever le corps, sous des tirs nourris. Une autre vidéo montre une scène similaire sur une route menant à la ville assiégée, où de jeunes villageois en moto ont tenté de se rendre vendredi pour soutenir leurs proches. « Dieu est le plus grand. À bas Bachar », scandent les villageois alors qu'une rafale atteint la foule. Un jeune homme tombe, touché d'une balle dans le dos. Deraa est assiégée depuis une semaine, après l'intervention de l'armée appuyée par des chars et des blindés dans la ville pour mater le mouvement de contestation lancé le 15 mars. L'agence SANA a annoncé que 600 tonnes de farine avaient été acheminées vers cette région, alors que les organisations de droits de l'homme font état de « manque de nourriture et de médicaments et de lait pour les enfants ». Hier, des jeunes tentant de faire passer de la farine ont été la cible des tirs des forces de sécurité.
Selon Wissam Tarif, directeur d'Insan, « il y a eu 2 130 arrestations vérifiées depuis le 15 mars, mais ce chiffre pourrait dépasser les 5 000 ». Les journalistes ne sont pas épargnés par cette vague d'arrestations. Trois Égyptiens, sept Libanais, trois Européens et un Algérien sont aussi détenus, d'après cette organisation. De son côté, la télévision Al-Jazira a annoncé hier que l'une de ses journalistes, Dorothy Parvez, était portée disparue depuis vendredi en Syrie, où cette chaîne est critiquée pour sa couverture jugée exagérée des protestations populaires.
Depuis le début de la révolte, 607 personnes, dont 451 à Deraa et dans les villages environnants, ont été tuées, toujours selon Insan.
Depuis le début de la contestation, le régime accuse des « gangs criminels armés » ou des « groupes terroristes » d'être à l'origine des violences. Dans ce contexte, le ministère de l'Intérieur a demandé « aux citoyens qui ont participé ou commis des infractions à la loi comme le port d'armes, l'atteinte à la sécurité ou la propagation d'informations trompeuses de se rendre d'ici au 15 mai et de remettre leurs armes aux autorités compétentes ». Il a demandé aussi de « fournir des informations concernant les saboteurs, les terroristes et les caches d'armes », affirmant que dans ce cas « ils seront épargnés de toute sanction et ne seront pas poursuivis ».
Dans le même temps, le site Syrian Revolution 2011 a appelé à une mobilisation dans tout le pays chaque jour à midi en solidarité avec Deraa et toutes les « villes assiégées ». Sous le slogan « La semaine de la levée du siège », d'autres opposants et militants du site Jeunes de la révolution syrienne 2011 ont organisé de nouvelles manifestations hier dans les environs de Damas. Ainsi, un rassemblement pacifique de 150 femmes a été dispersé par la force alors qu'une journaliste syrienne a été arrêtée, a affirmé l'une des participantes. Les jeunes ont également appelé à des mobilisations aujourd'hui à Banias et Jableh, et demain à Homs, Talbisseh et Tal Kalakh, à la frontière avec le Liban. Jeudi, les contestataires entendent organiser des « sit-in nocturnes » dans toutes les villes.
Sur le front diplomatique, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a estimé hier que « si le régime syrien persévère dans cette voie (de la répression), il tombera un jour ou l'autre, mais il tombera (...) ». « Nous sommes en train de travailler avec nos partenaires européens à définir un certain nombre de sanctions au niveau européen pour bien marquer non seulement notre condamnation, mais notre action contre ce type de comportement », a précisé M. Juppé. Parallèlement, le Programme des Nations unies pour le développement a suspendu samedi un programme d'aide quinquennal à la Syrie en raison des troubles dans ce pays.
(Source : agences)

