De plus, et surtout, si l'affaire de l'armement hors légalité n'est pas réglée rapidement, il faudra tirer un trait définitif sur l'espoir d'un État digne de ce nom, libre et protecteur des libertés, indépendant, souverain, seul maître des armes et du territoire national dans son intégralité, gardien vigilant de la loi et de son application à tous.
Les polémiques médiatisées à outrance compliquent les choses. Il est certes évident que l'on ne peut recourir à la force, en se fondant sur les résolutions de l'ONU comme sur les préceptes de Taëf, pour désarmer le Hezbollah. Mais la ressource d'un dialogue calme, rationnel, en Conseil des ministres ou au sein du comité national de dialogue n'est pas définitivement épuisée. Le Hezbollah devra dire quand, dans quelles conditions, il pense que son armement n'aurait plus lieu d'être. Il reste certain que le taux de confiance est trop réduit pour que l'on reste sûr que le parti chiite ne tournerait plus son armement vers l'intérieur. Si la fonction de l'armement se termine avec la récupération des terrains encore occupés par Israël, l'État devra mettre les bouchées doubles, par la diplomatie, pour la libération de Chebaa, de Kfarchouba et de Ghajar. Israël n'aurait qu'à se féliciter de son retrait puisqu'il fait de l'armement du Hezbollah une véritable obsession. L'ONU, de son côté, doit accentuer ses pressions pour un retrait israélien. Car autrement, la communauté internationale serait responsable de ne pas œuvrer sérieusement pour l'application de la 1701.
Mais beaucoup estiment que rien ne garantit le désarmement du Hezb après un retrait israélien. Après le grand départ de l'an 2000, la situation ne s'est pas calmée sur le front du Sud et il y a eu la guerre de 2006. Le calme n'est revenu qu'après le renforcement des effectifs de la Finul et l'engagement, conformément aux dispositions de la 1701, qu'il n'y aurait plus d'opérations militaires. On note en outre des déclarations contradictoires des cadres du Hezbollah sur le sujet. Certains promettent le désarmement en cas de retrait israélien. D'autres, les plus nombreux, assurent que rien ne sera fait avant une paix régionale globale et équitable incluant le Liban. Enfin les radicaux, reprenant un refrain iranien, soutiennent que la lutte se poursuivra par les armes jusqu'à ce que l'entité sioniste soit rayée de la carte.
L'autre problème, c'est le confessionnalisme politique. Il a toujours existé, mais restait secondaire tant qu'il y avait pluralisme et émulation au sein de chaque communauté. Il se trouve aujourd'hui mis en relief, exacerbé, du fait des réactions automatiques d'autodéfense que provoque le contrôle exercé sur la communauté chiite par le tandem Amal-Hezbollah. Ils imposent donc les exigences chiites dans le choix des trois présidences, dans la composition des gouvernements et dans les nominations administratives. Sans quoi, ils bloquent tout. La contagion est aux portes. On peut imaginer un collège directorial maronite, composé de Gemayel, Aoun, Geagea et Frangié, qui défendrait les intérêts de la communauté contre les autres. Les sunnites peuvent facilement, avec Saad Hariri et Dar el-Fatwa, produire un plan unifié. Et l'entente druze entre Joumblatt, Arslane et Wahhab peut devenir exigeante à son tour. Cela donnerait un Liban confédéré des cantons. Et adieu la démocratie.

