Officiellement, depuis une semaine, il n'y aurait plus d'autre obstacle que le ministère de l'Intérieur. Le Premier ministre désigné aurait en effet réussi au bout de trois mois à arracher un accord sur le nombre de ministres (30) et sur le partage des parts (19 à la majorité et 11 au centre, dont le ministre de l'Intérieur qui serait le fruit d'un accord entre le président Sleiman, le général Aoun et le Premier ministre Mikati). L'obstacle aurait d'ailleurs failli être surmonté lorsque, sur les conseils syriens (avant que les autorités syriennes ne soient occupées par leurs problèmes internes), le Hezbollah avait suggéré à Sleiman de s'entendre avec le général Aoun sur un nom pour le ministère de l'Intérieur. Le favori avait été l'ancien chef des SR et actuel ambassadeur au Vatican, le général Georges Khoury, mais ce dernier n'a pas obtenu l'aval de toutes les parties requises. Depuis, aucun accord n'a été possible et on en est revenu au débat sur les principes. Le président Sleiman a affirmé dimanche que la Constitution n'accorde pas de parts au sein du gouvernement aux différents blocs parlementaires, se contentant de définir les mécanismes pour la formation du gouvernement. À quoi les milieux proches du général Aoun (qui ont pris cette remarque comme une critique claire de leurs revendications) ont fait remarquer que cela signifie que la Constitution ne prévoit pas non plus une part précise au chef de l'État et au Premier ministre. Entre le président et le général, le torchon brûle et Mikati ne déploie pas des trésors d'imagination et de diplomatie pour tenter de régler ce conflit. Les proches du général accusent le chef de l'État d'entraver sciemment la formation du gouvernement pour gagner du temps en attendant que se clarifie la situation régionale et pour ne pas braquer la communauté internationale ; ceux du président Sleiman accusent le général de faire passer ses intérêts électoraux avant ceux du pays. Faut-il donc attendre un concile du Vatican pour résoudre ce conflit intermaronite ?
La question se pose avec d'autant plus d'acuité qu'au pays du Cèdre, rien ne va plus. Le mandat du gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé se termine en juillet et nul ne semble s'en soucier. Le gouvernement chargé de gérer les affaires courantes ne parvient à traiter correctement aucun dossier. On se souvient du cafouillage officiel et des tentatives de régler des comptes politiques à travers les Libanais émigrés lors de la crise traversée par la communauté libanaise en Côte d'Ivoire. On se souvient aussi des soulèvements à répétition dans la prison de Roumieh et des conditions inhumaines de détention des prisonniers. Que dire encore de l'enlèvement des sept Estoniens qui a montré les limites des services de sécurité libanais, face à « une nouvelle génération » d'islamistes, maniant à la perfection les nouvelles technologies, puisque les autorités n'ont pas réussi à découvrir d'où le mail a été envoyé à un site Internet libanais... Sans parler de la hausse incontrôlée des prix, de l'augmentation vertigineuse du chômage chez les jeunes (le Liban aurait besoin de 35 000 nouveaux emplois par an, or l'an dernier il n'y en aurait eu que 12 000), de la vacance de 40 % des postes au sein de l'administration publique, de la baisse des dépôts bancaires et du recul de près de 40 % au cours du premier trimestre des fonds envoyés au Liban qui n'ont pas dépassé les 2 milliards de dollars, ainsi que de l'absence d'une loi sur le budget depuis six ans. La République va à vau-l'eau, la région traverse une zone de turbulences à l'issue inconnue... et la formation du gouvernement libanais bute sur le ministère de l'Intérieur. Cela pourrait être drôle si la condition des Libanais n'était aussi pathétique, passifs, suivant aveuglément des leaders communautaires et peu soucieux d'obtenir des droits élémentaires.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef