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Liban - La Situation

Les développements en Syrie à travers les loupes libanaises

En ce week-end pascal, les yeux des Libanais étaient tournés vers les développements en Syrie. Qu'ils soient du 8 ou du 14 Mars, du Nord ou du Sud et à plus forte raison de la Békaa, ils sont tous conscients de l'importance de ces développements pour la situation au Liban. Si plus personne n'est dupe de la lenteur du processus gouvernemental interne, les avis divergent toutefois sur l'approche syrienne. Tout le monde est convaincu que depuis hier à l'aube, le régime syrien est passé à la contre-attaque, et les médias libanais, toutes tendances confondues, restent très prudents dans leur couverture des derniers développements, alors que les Libanais, eux, ne sont pas d'accord sur l'évaluation de cette démarche. Pour le 8 Mars, Bachar el-Assad n'avait pas d'autre choix. Il a lancé des réformes et laissé passer du temps pour que la thèse du complot contre son pays se précise avant de réagir avec fermeté, fort de l'appui de la plus grande partie du peuple qui rejette la violence et la déstabilisation. Le 14 Mars au contraire estime que cette réaction répressive est une erreur, une de plus après avoir raté le « momentum ». Au lieu de prononcer un discours vague le 30 mars et alors que tout le monde attendait de lui des mesures concrètes, le président aurait dû alors lancer les réformes. Mais il a attendu que ce soit trop tard et désormais, seule la chute du régime peut calmer la rue. Selon ce camp, le 30 mars, le président syrien avait d'ailleurs préparé un discours différent avec des promesses concrètes, mais en voyant la foule des manifestants prorégime, il aurait été induit en erreur et il aurait modifié le contenu du discours à la dernière minute.
Les prosyriens rejettent cette version et affirment qu'il existe un plan véritable de déstabilisation de la Syrie préparé depuis longtemps déjà. Il y aurait eu d'ailleurs des indices précurseurs au cours des derniers mois, mais le régime n'a pas su les déceler. Il y a eu ainsi un changement à la tête de l'organisation des Frères musulmans de Syrie et le nouveau chef est un homme de terrain, plus radical que son prédécesseur. Il y a eu aussi, entre autres, un changement dans la politique turque à l'égard de la Syrie, la Turquie ayant permis aux Frères musulmans de s'exprimer à partir de son territoire et ayant adressé des conseils ayant l'air d'instructions au régime syrien. Malgré tout, celui-ci se croyait à l'abri, fort de l'appui populaire à ses options en matière de politique étrangère et fort aussi de l'appui de nombreuses factions de la population, notamment la bourgeoisie férue de stabilité et de libéralisme économique, en plus de l'armée, des services de sécurité et du parti. Selon cette théorie, le plan de déstabilisation de la Syrie aurait donc été établi par les ennemis de ce pays et ceux qui souhaitent l'amener à faire des concessions décisives dans sa relation avec l'Iran. Il aurait profité de l'aspiration légitime des peuples à la liberté, à la dignité et à la lutte contre la corruption dans le monde arabe pour être actionné. Ce plan diviserait la Syrie en trois zones : les grandes agglomérations, les petites bourgades et les villages, et utiliserait 5 réseaux : celui des jeunes et des chômeurs, celui des criminels, des hors-la-loi et des repris de justice pour les actes de violence, les jeunes de différentes ethnies et religions radicaux et prêts à tout, les chefs de file de la société civile, ceux des ONG recevant des fonds de l'étranger et les réseaux commerciaux et économiques dans les grandes villes comme Damas, Alep et Homs. Selon ce plan, chaque catégorie a un rôle et une préparation différente : les jeunes chômeurs sont utilisés pour les slogans qui ont un impact sur la population, les hors-la-loi sont entraînés aux actes de vandalisme (incendies des bâtiments publics, usage des armes des francs-tireurs, etc.), les jeunes d'ethnies différentes seront utilisés pour aiguiser la frustration des différentes ethnies à l'égard du régime, les réseaux des ONG serviraient à mobiliser l'opinion publique via Internet et les réseaux sociaux et à travers des téléphones mobiles reliés à des satellites que l'État ne peut contrôler ; enfin le dernier réseau serait utilisé pour établir des contacts avec les réseaux économiques à l'étranger, en Europe et dans les pays du Golfe. Le plan développe ensuite les détails de l'exécution qui consiste essentiellement à pousser le régime à commettre des actes de violence et de torture, à tirer sur les civils et à recourir à la répression, suivant une mise en scène par étapes et des slogans qui commencent par le désir de liberté et l'exigence d'avoir voix au chapitre avant de finir avec « la chute du régime et le départ du dictateur ». L'étape suivante consiste dans les démissions des responsables et la défection des officiers, qui formeront ensuite avec les autres membres des réseaux un comité de transition. Pendant ce temps, les révoltes s'amplifieront et les insurgés occuperont les bâtiments publics et les mosquées sous l'œil des médias internationaux, rendant impossible une réaction efficace du régime... Le plan brandi par les prosyriens évoque en détail la situation de chaque région du pays et sa spécificité, donnant l'impression que chaque développement est soigneusement étudié.
Mais les proches du 14 Mars n'accordent pas foi à ce plan, estimant qu'il a été conçu par le régime lui-même pour justifier son action, rappelant que chaque régime du même type invoque un complot international pour maintenir la population sous sa coupe, et donnant comme exemple les propos du président libyen et ses proches. Selon ce camp, la répression est une fuite en avant et il est désormais trop tard pour contenir de cette manière les revendications populaires. Les vieilles méthodes utilisées par le parti Baas dans les années 70 et 80 ne sont plus de mise aujourd'hui, avec l'explosion des réseaux sociaux et des médias...
Les deux camps sont toutefois d'accord pour dire que l'issue du bras de fer engagé entre le régime et ses opposants devrait prendre du temps et nul ne peut encore prédire si le régime réussira à se maintenir ou s'il devra céder la place à d'autres forces encore indéfinies. Ce qui est sûr c'est que face à un monde arabe en pleine zone de turbulences, le Liban aurait intérêt à consolider sa situation interne. Y a-t-il un responsable pour y songer ?
En ce week-end pascal, les yeux des Libanais étaient tournés vers les développements en Syrie. Qu'ils soient du 8 ou du 14 Mars, du Nord ou du Sud et à plus forte raison de la Békaa, ils sont tous conscients de l'importance de ces développements pour la situation au Liban. Si plus personne n'est dupe de la lenteur du processus gouvernemental interne, les avis divergent toutefois sur l'approche syrienne. Tout le monde est convaincu que depuis hier à l'aube, le régime syrien est passé à la contre-attaque, et les médias libanais, toutes tendances confondues, restent très prudents dans leur couverture des derniers développements, alors que les Libanais, eux, ne sont pas d'accord sur l'évaluation de cette démarche. Pour le 8 Mars, Bachar el-Assad n'avait pas d'autre choix. Il a lancé des réformes et laissé passer du temps...
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