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Liban - En Dents De Scie

Boire / Braver / Brûler

Il y a plusieurs façons d'être con,
mais un con choisit toujours la pire.

Frédéric Dard

Seizième semaine de 2011.
Aussi loin qu'iraient les promesses de réformes creuses et stériles de la famille Assad et aussi haut que les médias et les dirigeants israéliens lèveraient la voix pour défendre leur meilleur ennemi depuis des décennies, la guerre civile va frapper la Syrie de plein fouet et les répercussions seront extrêmement désagréables au Liban. Notamment au Sud. Nécessairement et inéluctablement aussi, les Iraniens vont se lever contre la théocratie qui mine l'ex-empire perse depuis plus de trente ans, et les répercussions seront tout aussi insupportables au Liban. Partout.
Tout est conséquences.
Et ces conséquences-là se grefferont automatiquement sur cette réalité libanaise totalement métastatique en la pervertissant davantage, sur cette lente, sournoise et sûre vampirisation de l'État par le Hezbollah et ses affidés : Amal, CPL, etc. Une réalité toujours en constante dégénérescence, un véritable work in progress : nécessairement, inéluctablement et sans le moindre procès d'intentions (c'est dans sa nature, c'est plus fort que lui), le Hezbollah, tôt ou tard, retournera ses armes vers le dedans, vers le 14 Mars, vers Verdun, chez le Premier ministre désigné, vers la présidence de la République, peut-être même un jour vers Rabieh, c'est-à-dire vers tout ce qui obstruerait son hyperméthodique dynamitage de l'État, révolutions panarabes ou pas...
Mais avant (pendant et après) les armes, il y a un long, un interminable Golgotha. Il y a le putsch politique : cela fera bientôt cent jours que le gouvernement Hariri est démissionnaire sans que Nagib Mikati, certes assez résistant, puisse faire quoi que ce soit. Il y a ce mépris foncier et particulièrement délétère de la légalité internationale, incarnée jusqu'au bout dans les résolutions 1559, 1701 et 1757 sur lesquelles le Hezbollah s'essuie les pieds. Il y a cette gifle assénée sans peur et sans reproche à la loi et aux lois : aussi impromptu et brusque que soit le réveil de l'État, qui s'est souvenu après un reportage assassin sur les biens domaniaux paru dans un journal local qu'il fallait les appliquer, ces lois, et quelle que soit la sincérité des députés Amal et Hezbollah qui répètent à qui veut bien les entendre que personne n'est au-dessus de ces lois ni au-dessus de l'État, jamais la délinquance et l'arrogance des contrevenants à Tyr, Ouzaï et Ghobeiry n'auraient atteint pareils paliers sans un consentement et des encouragements tacites du parti de Dieu.
Tout cela est grave, très grave, sans doute irréparable, mais tout cela n'est rien comparé à la dernière fatwa du Hezbollah. Pas très retentissante en apparence et certes moins mortifère et mortelle que des armes, l'interdiction de la vente d'alcool à Nabatiyeh n'en reste pas moins la plus dangereuse.
Cette prohibition est une bombe à retardement. Une arme de destruction massive contre le Liban. Cette prohibition est un énième viol de la Constitution ? Soit. Un nouveau camouflet aux institutions étatiques ? Soit. Un rapt absolu de la libre décision des individus, toutes appartenances communautaires confondues ? Soit aussi. Une nouvelle mais sûrement pas ultime ayatollahisation du pays ? Soit. Une ânerie absolue sur le plan économique ? Soit encore.
Sauf qu'en permettant à des groupes d'habitants d'exercer impunément une terreur purement milicienne sur l'immense majorité des Nabatiyotes (et il ne s'arrêtera probablement pas à Nabatiyeh), le Hezbollah a entamé le processus de fédéralisation et de division du Liban, brûlant sur son passage, et l'identité du pays, et la coexistence et le message (ou ce qui en restait), et la charte et tout ce qui faisait (encore un peu) que le Liban est encore le Liban.
Sur l'ensemble du territoire libanais, tous ceux qui ont dûment bénéficié d'une licence les autorisant à vendre des spiritueux devraient pouvoir exercer leur activité en toute liberté - avec les règlementations d'usage : interdiction aux mineurs et prise en charge par chaque croyant de sa conscience, de sa foi et de ses envies ou besoins.
Officiellement, Nabatiyeh est aujourd'hui le premier canton du wilayet el-Faqih made for Lebanon.
C'est donc à Nabatiyeh, de Nabatiyeh et pour Nabatiyeh et ses sœurs d'infortune à venir que devrait naître la première résistance.

 

P.-S. : en ce vendredi saint qui fédérait tous les chrétiens et qui n’a laissé indifférents ni les musulmans, ni les juifs, ni les bouddhistes, ni les athées et ni les païens, les Libanais ont pleuré avec leurs frères syriens les dizaines de morts tombés sous les balles du Baas/Baal pour la liberté de tout un peuple. Combien de morts encore faudra-t-il pour qu’une grande partie de ces Libanais, qui devraient regarder ce qui se passe désormais en Syrie avant que de prétendre incarner à eux seuls la résistance, toutes les résistances, mesurent enfin l’énorme obscénité de leur hyperactive complicité ?

Seizième semaine de 2011.Aussi loin qu'iraient les promesses de réformes creuses et stériles de la famille Assad et aussi haut que les médias et les dirigeants israéliens lèveraient la voix pour défendre leur meilleur ennemi depuis des décennies, la guerre civile va frapper la Syrie de plein fouet et les répercussions seront extrêmement désagréables au Liban. Notamment au Sud. Nécessairement et inéluctablement aussi, les Iraniens vont se lever contre la théocratie qui mine l'ex-empire perse depuis plus de trente ans, et les répercussions seront tout aussi insupportables au Liban. Partout.Tout est conséquences. Et ces conséquences-là se grefferont automatiquement sur cette réalité libanaise totalement métastatique en la pervertissant davantage, sur cette lente, sournoise et sûre vampirisation de l'État par le...
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