Cette année, la fête de Pâques est entachée par des indicateurs dans le rouge, une absence de direction claire quant à la formation d’un gouvernement et des troubles régionaux inquiétants.
Hôtels et restaurants sont à bout de souffle
« C'est la catastrophe », annonce d'emblée le président du syndicat des restaurateurs, Paul Ariss, à L'Orient-Le Jour. « Ça va mal chez les restaurateurs, les hôteliers, les agents de location de voitures et autres », a-t-il souligné. D'ailleurs, il dévoile qu'un des grands hôtels de la ville pensait déjà à licencier quelque 200 salariés. M. Ariss explique que, pour le premier trimestre de l'année en cours, le chiffre d'affaires du service touristique a chuté de 60 % en glissement annuel. Une tendance confirmée par la directrice de la boutique de l'hôtel Albergo Relais & Châteaux, Jihane Khairallah, qui indique que le premier trimestre de 2011 a été témoin d'une chute du taux d'occupation de 30 % par rapport aux trois premiers mois de l'année 2010. Paul Ariss révèle que « plusieurs personnes ont investi depuis un an dans une vingtaine de restaurants et plusieurs bars. À Beyrouth, on compte à peu près 30 établissements qui ont fermé leurs portes », déplore-t-il. Il indique qu'en trois ans, plus de 1 500 nouveaux restaurants ont été créés, mais la capacité des restaurants et des bars dépasse de loin la demande locale, puisque les propriétaires comptent beaucoup sur les touristes et les expatriés libanais. Depuis l'été dernier, les évènements politiques et sécuritaires n'ont cessé de se succéder : des tensions au Sud-Liban à l'enlèvement récent des touristes estoniens en passant par les troubles sécuritaires régionaux, les touristes sont moins enclins à se rendre au Liban. D'ailleurs, « plusieurs tour-opérateurs ont annulé les voyages qu'ils ont l'habitude d'organiser au Liban, en Syrie et en Jordanie », a indiqué Paul Ariss. « De plus, les expatriés libanais préfèrent économiser dans l'attente d'une direction claire quant à la formation d'un gouvernement », ajoute-t-il. Les retombées des troubles politiques ne pèsent pas seulement sur les services touristiques du pays, mais aussi sur les commerces en tout genre.
Chammas et les paradigmes économiques
Selon le président de l'Association des commerçants de Beyrouth (ACB), Nicolas Chammas, les indicateurs économiques sont inquiétants, que ce soit la balance des paiements, les transferts d'émigrés ou les dépôts bancaires. « La baisse de l'achat commercial a emboîté le pas à la contraction de l'activité macroéconomique », a-t-il souligné. Selon les estimations de ce dernier, l'activité commerciale a chuté de 20 à 30 % à Beyrouth. M. Chammas a expliqué que la cause de cette érosion des ventes est due d'une part à la longue « série noire » qui a débuté l'été dernier, et d'autre part à la baisse du taux d'occupation des hôtels qui s'explique par la réticence des ressortissants arabes et des expatriés libanais à venir au Liban. « De plus, il existe plusieurs phénomènes sous-jacents comme notamment la baisse du pouvoir d'achat des ménages libanais, la persistance d'un taux de chômage plus ou moins élevé et la hausse des prix de carburants », a souligné le président de l'ACB. Il tient d'ailleurs à préciser que tous les secteurs sont touchés. Selon M. Chammas, il sera difficile de « remonter la pente et de renverser la tendance ». À ce stade, ce n'est pas uniquement d'un gouvernement dont le Liban a besoin, mais d'une équipe qui saura changer les paradigmes économiques en se penchant sur les questions de l'emploi, de la Caisse nationale de Sécurité sociale, et surtout sur les moyens de relancer la croissance. À cet égard, Paul Ariss a indiqué qu'une conférence de presse qui réunira les responsables de plusieurs syndicats aura lieu bientôt, dans le but de mettre l'accent sur la gravité de la situation et la nécessité d'y remédier.
Pourtant certains tentent tout de même de rester positifs. Ainsi, Oussama Choucair, un des membres du conseil d'administration du chocolatier Patchi, souligne que le Liban est passé par des situations bien plus difficiles, et que malgré tout il espère que « pour la fête de Pâques, comme pour toutes les autres fêtes, les Libanais seront au rendez-vous ».


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