Dans une déclaration à la chaîne de télévision al-Manar, le député Alain Aoun a fait état de nouvelles idées émises au sujet du gouvernement, mais sans dire lesquelles, estimant qu'il vaut mieux qu'elles restent hors de portée des médias. S'il a souligné l'existence de quelques progrès au niveau des discussions concernant la composition de l'équipe ministérielle, il reste qu'il a admis qu'on est encore loin d'un dénouement heureux. « Nous adopterons la position adéquate si l'affaire n'est pas tranchée, parce qu'il n'est pas possible que ce surplace persiste », a ajouté M. Aoun, qui a fait état d'un « problème de confiance avec (le Premier ministre désigné, Nagib) Mikati ». « Il y a eu un conflit dès le début avec M. Mikati. Alors que nous pensions que le gouvernement devrait être celui de la majorité, il a voulu une équipe caractérisée par un équilibre entre la majorité et quelque chose d'autre », a-t-il dit, en indiquant que « par sa nature, le système libanais retarde aussi la formation du cabinet puisqu'il n'existe pas de critères unifiés pour cette démarche ».
Jugeant qu'« il n'est pas possible que le Premier ministre désigné et le président forment seuls le gouvernement sans tenir compte des équilibres politiques existants », M. Aoun s'est interrogé sur le point de savoir si « le Bloc du changement et de la réforme est en train d'agir différemment des autres blocs ». « À l'instar d'autres, nous avons aussi des droits que nous revendiquons », a-t-il dit, avant de s'interroger sur l'opportunité de la présence de deux autorités chrétiennes. « Au sein de toutes les communautés, il existe une harmonie entre les représentations communautaire et politique, sauf chez les chrétiens où l'idée d'un président consensuel a été adoptée, séparant ainsi les représentations politique et communautaire. » Selon lui, « tous les blocs qui ont voulu un président consensuel assument la responsabilité de cette situation ».
Comme s'il lui faisait écho, le député Serge Ter Sarkissian, qui a été reçu par le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, pour un entretien à Dar el-Fatwa, s'en est vivement pris au général Aoun, lui reprochant d'agir « comme s'il était le seul à décider du sort du gouvernement ». « C'est comme si le mandat actuel est celui du général Aoun, sans qu'il ne soit président. Il est désolant qu'on en soit arrivé là, avec des atteintes constantes à la Constitution et aux lois », a déploré M. Ter Sarkissian, qui, contrairement à M. Aoun, a insisté sur le fait que ce sont le Premier ministre désigné et le chef de l'État qui forment le gouvernement en concertation avec les forces politiques en présence.
« Plus le retard dans la formation du gouvernement s'accentue, plus le crédit de la majorité est entamé », a pour sa part jugé leur collègue Khodr Habib, dans une interview à la Voix du Liban, en faisant remarquer que « la série des complications entre MM. Mikati et Aoun n'en finit pas ». Il a mis l'accent dans ce cadre sur le rôle du Hezbollah « qui n'a pas usé de suffisamment de pressions sur le général Aoun, pour faciliter la naissance du gouvernement ».
Pour le ministre sortant de l'Éducation, Hassan Mneimneh, le problème est simple : M. « Mikati ne détient pas la décision de former l'équipe ministérielle. » Dans une déclaration à la Future TV, il a relevé que le Premier ministre désigné a « découvert que ses alliés ont des projets différents des siens, comme l'abolition ou l'amendement de l'accord de Taëf, dans un sens soit limitant, soit contrôlant le rôle de la présidence de la République ». Abondant dans le même sens, le député Khaled Daher a estimé que M. Mikati « a été induit en erreur par le 8 Mars qui l'empêche de former un gouvernement équilibre au profit d'un cabinet vindicatif monochrome ».
Face à tout ce débat, Amal et le Hezbollah prennent soin de se tenir à l'écart. Leur commandement, qui a tenu une réunion conjointe dans la Békaa, s'est contenté de souligner la complémentarité des deux formations chiites, jugeant nécessaire de « se dépêcher dans la formation du gouvernement pour faire sortir le Liban de sa crise interne et pour lancer un chantier de réformes ».

