Un sit-in a eu lieu hier à Beyrouth en faveur des manifestations prodémocratie qui ont lieu en Syrie. Reuters/Mohammad Azakir
Dans cette ville du centre du pays, les manifestants sont à nouveau descendus en nombre (3 000 d'après la page Facebook « Syrian Network New » (SNN)) en signe de protestation contre la mort de 20 manifestants abattus par les forces de sécurité depuis lundi. Les manifestants ont scandé des slogans glorifiant les « martyrs » et appelant à la chute du régime, ont indiqué des militants politiques et des droits de l'homme. Faisant état de « huit martyrs » tombés la veille lors de la dispersion du sit-in, l'un des militants, Najati Tayyara, a indiqué qu'une « grève générale en signe de deuil est observée » dans la troisième ville de Syrie. Un autre militant, Nawwar al-Omar, a affirmé que les services de sécurité étaient « en train de bloquer les accès des principaux quartiers de la ville en érigeant des barrages ».
Malgré le vote par le gouvernement mardi d'un projet de loi sur la levée de l'état d'urgence, l'opposant Mahmoud Issa a été interpellé à son domicile à Homs par des membres de la police politique, dans la nuit de mardi à mercredi après avoir accordé un entretien à la chaîne de télévision al-Jazira, a affirmé le président de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, Rami Abdel Rahmane. Lors de son passage télévisé, l'opposant avait demandé l'ouverture d'une enquête sur la mort annoncée mardi du général syrien Abdo Khodr al-Tellaoui, dans la région de Homs, imputée par les autorités à des « groupes armés ». Plusieurs personnalités connues à Homs, creuset intellectuel et artistique, ont signé une pétition appelant l'armée « à ne pas verser le sang de Syriens honorables » et démentant des allégations gouvernementales selon lesquelles des groupes salafistes opéreraient dans la ville.
À Alep, deuxième ville de Syrie, des éléments irréguliers soutenant Assad ont dispersé une manifestation d'étudiants à l'université, frappant un certain nombre de ceux-ci et procédant à 37 arrestations, a déclaré un militant des droits de l'homme. Les autorités avaient prévenu qu'elles n'accepteraient aucune nouvelle manifestation « sous n'importe quel slogan ».
Toujours selon SNN, des manifestants ont été dispersés sur le campus de la faculté de médecine à Damas, les forces de sécurité arrêtant une dizaine de personnes.
Des rassemblements d'opposants se sont également poursuivis dans la nuit en divers points du pays, notamment dans le faubourg damascène de Zabadini où certains ont réclamé « la chute du régime ». On a en outre signalé des sit-in à Djabla, sur la côte, une manifestation de femmes à Barzeh (Damas) et une procession aux chandelles à Tel, près de la capitale. À Deraa près de 3000 personnes sont descendues dans les rues, des témoignages affirmant que les forces de sécurité se sont massivement déployées aux abords de la ville.
Par ailleurs, à Banias (Nord-Ouest), théâtre de troubles il y a une dizaine de jours, un haut responsable de la sécurité a été limogé, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme, selon qui il a été vu sur une vidéo montrant « les forces de sécurité syriennes en train d'attaquer les habitants de Baïda », un village voisin de Banias. L'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui cite des sources à Damas, identifie le responsable sous le nom d'Amjad Abbas.
Ces troubles interviennent alors que le gouvernement avait adopté des projets de loi approuvant la levée de l'état d'urgence, l'abolition de la Cour de sûreté de l'État, une juridiction d'exception, et un changement de la réglementation concernant les manifestations. La fin de l'état d'urgence, en vigueur depuis l'arrivée au pouvoir du parti Baas en mars 1963, est l'une des principales revendications du mouvement de contestation déclenché le 15 mars. Le journal al-Watan, proche du pouvoir, a annoncé que le président Assad devait promulguer le décret levant l'état d'urgence.
Selon Amnesty, au moins 26 manifestants ont été tués ces derniers jours, portant à 220 personnes le nombre de personnes tuées depuis la mi-mars en Syrie, selon elle.
Londres conseille à ses ressortissants de quitter la Syrie
Enfin, prenant acte de « la détérioration de la situation en Syrie sur le plan de la sécurité », le m inistère britannique des Affaires étrangères a informé ses ressortissants, dans un communiqué, « qu'ils devaient envisager de quitter la Syrie en empruntant des vols commerciaux ». « Il y a pour le moment une relative liberté de mouvement sur tous les axes principaux, les aéroports sont toujours ouverts et les compagnies aériennes continuent à affréter les vols commerciaux prévus avec les capacités disponibles », a souligné le Foreign Office. Le ministère a également demandé « aux Britanniques encore présents en Syrie d'être très prudents et de faire très attention à leur sécurité, tout particulièrement dans les lieux publics et sur les routes, et d'éviter la foule et les manifestations ».
(Source : agences)

