Le prix des 20 litres d’essence 98 octanes a atteint hier 36 100 livres – un niveau proche du pic historique des 37 000 livres.
Si la flambée des cours mondiaux, désormais au-dessus de 120 dollars (en raison notamment des troubles régionaux), constitue la cause principale de cette nouvelle hausse des prix des carburants, le prélèvement de droits d'accise sur l'essence (auxquels s'ajoute la TVA) pèse également dans la balance. En effet, si ces droits ont été réduits de 10 000 à 5 000 livres il y a près de deux mois - au terme d'un long bras de fer à caractère politique entre les ministres de l'Énergie et des Finances - la TVA augmente, elle, proportionnellement à la hausse des prix à la pompe.
Abolir toutes les taxes ?
Pour enrayer cette nouvelle hausse, qui a désormais anéanti la réduction de moitié des droits d'accise et qui risque de se poursuivre, au rythme actuel de l'évolution des cours mondiaux de pétrole, le gouvernement devrait sans doute envisager des solutions dans l'immédiat, d'autant plus que les répercussions de cette hausse sur les prix des autres produits sur le marché risque d'éroder davantage le pouvoir d'achat des Libanais.
Rappelons toutefois que le rétablissement des droits d'accise en octobre 2008 et leur fixation à 10 000 livres avaient permis de dégager des recettes d'environ 700 millions de dollars l'an dernier, contre plus de 660 millions en 2009. Le gouvernement devrait donc se pencher sur des solutions qui permettraient d'alléger le fardeau social, tout en évitant une détérioration de la situation fiscale - en instaurant par exemple d'autres taxes à caractère progressif, qui toucheraient davantage les ménages aisés. Inutile de rappeler à cet égard que l'essence constitue au Liban un produit de première nécessité pour l'ensemble de la population, notamment en l'absence d'une infrastructure moderne et adaptée de transport en commun.
La CGTL appelle à l'organisation de manifestations
Les réactions à la hausse répercutée hier n'ont pas tardé à fuser de tout go. À l'issue d'une réunion tenue hier, la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a ainsi appelé l'ensemble des syndicats de travailleurs à amorcer un vaste mouvement de protestations et à l'organisation de manifestations et de grèves sur l'ensemble du territoire.
« La crise économique et sociale par laquelle passe le pays est une crise structurelle due aux impôts et aux taxes injustes imposées par l'État », souligne le communiqué publié à l'issue de la réunion.
La CGTL a déploré en outre l'absence de gouvernement depuis plus de trois mois, à l'heure où le pays fait face à une hausse continue des prix des carburants. « La baisse de 5 000 livres de la taxe sur l'essence a été très vite absorbée », a dénoncé le communiqué.
La CGTL a enfin souligné que l'incapacité de la classe politique à former un nouveau cabinet remet en question la pérennité du système confessionnel.
En parallèle, le président du Front de libération des travailleurs, Osmat Abdel Samad, a dénoncé, de son côté, la poursuite de la hausse des prix des carburants, et le bond hier de 900 livres du prix de l'essence, qualifiant de « comédie » la baisse de 5 000 livres des droits d'accise sur l'essence et appelant à des protestations dans la rue.
Rappelons enfin qu'un petit rassemblement a eu lieu hier matin au rond-point Sayyad (Hazmieh), selon un correspondant de l'agence nationale, au cours duquel les manifestants ont appelé à abolir les taxes sur l'essence et à fixer le prix des 20 litres.

