Le chef des Forces libanaises a reçu hier le député Jamal Jarrah, accusé par la Syrie de subversion.Photo Aldo Ayoub
Le responsable du Hezbollah, cheikh Nabil Kaouk, a repris la même idée, demandant à la justice libanaise d'ouvrir une enquête sur les révélations de la télévision syrienne « pour mesurer l'ampleur des ingérences du Courant du futur dans les affaires syriennes ». Selon lui, le Courant du futur n'a cessé de prendre la Syrie pour cible depuis 2005, se demandant ensuite en quoi déstabiliser la Syrie sert-il le concept de « Liban d'abord » si cher au Courant du futur ? Il a ensuite ajouté que la « Syrie et l'Iran sont visés par le Courant du futur parce que ces deux pays appuient la résistance ». Il a rappelé au passage les révélations des dépêches de WikiLeaks « sur la volonté de Saad Hariri d'en finir avec le Hezbollah et avec le régime syrien dès 2006 ».
Un peu plus nuancée était la position du député Kassem Hachem, membre du bloc Berry. Selon lui, les révélations de la télévision syrienne sur une implication libanaise dans les événements de Syrie « exigent la constitution d'un dossier judiciaire au Liban sur base duquel on pourra adopter des positions claires ». Il a aussi estimé que ces révélations auront une conséquence sur la scène libanaise et seront de nature à augmenter la division interne. Hachem a affirmé que le Liban ne devrait pas attendre qu'on le lui demande pour agir. Il doit le faire immédiatement « puisqu'un député est mis en cause dans la déstabilisation d'un pays frère ».
De son côté, le 14 Mars est passé à la contre-attaque. Après le député mis en cause Jamal Jarrah, qui, la veille, s'était adressé au président de la Chambre, de nombreuses personnalités de ce camp ont pris hier sa défense, affirmant que « les prétendues révélations syriennes sont de la fabrication pure des services de renseignements ».
Le chef des Forces libanaises Samir Geagea a ainsi dénoncé ce qu'il a appelé « la campagne menée contre le Courant du futur en général et contre le député Jamal Jarrah en particulier ». Selon lui, si le dossier contre Jarrah était sérieux, il aurait été envoyé au ministère libanais de la Justice par le biais des canaux diplomatiques légaux. « La justice libanaise, via le procureur près la Cour de cassation, devrait alors étudier le dossier, et si elle juge que les indices sont sérieux, elle ouvrira alors une enquête. Une fois l'enquête terminée et si elle s'avère concluante, la justice demanderait alors la levée de l'immunité parlementaire du député, selon les règles en vigueur », a ajouté le chef des FL.
Mise en scène
« Mais tout ce processus n'a absolument rien à voir avec la mise en scène montée par la télévision syrienne », a ajouté M. Geagea. Le chef des FL a encore estimé que les accusations syriennes sont dues au fait que les positions du Courant du futur déplaisent actuellement aux autorités syriennes, « parce qu'elles mettent en difficulté leurs alliés libanais ». Il s'est aussi demandé pourquoi la justice libanaise devrait-elle réagir aux accusations de la télévision syrienne et rejeter celles du ministre libyen des AE contre le Hezbollah, d'autant que ce parti a des moyens militaires plus évidents que ceux du Courant du futur...
Dans le même sillage, le bloc des députés de Zahlé a dénoncé « le scénario farfelu préparé par les services de renseignements syriens », invitant les parties concernées à en finir avec ces procédés et demandant aux autorités syriennes de remettre à la justice libanaise les indices et preuves en leur possession. Le député Mohammad Kabbara a aussi demandé l'arrêt de cette « campagne mensongère », ajoutant toutefois que ce procédé « n'est pas nouveau et que les Libanais se sont habitués aux témoins fabriqués et aux indices inventés ». Selon lui, ces accusations rappellent le climat qui prévalait en mai 2007, lors de l'attaque contre le Courant du futur.
Même son de cloche chez les députés Mohammad Hajjar et Ahmad Fatfat, qui ont estimé que les propos de l'ambassadeur de Syrie au Liban montrent que les autorités syriennes ne possèdent pas de preuves accusant le Courant du futur. « Si c'était le cas, a ajouté M. Fatfat, pourquoi ne sont-elles pas remises à la justice libanaise ? »
De son côté, le député Khaled Daher a estimé que cette campagne n'est pas nouvelle et qu'elle a commencé même du vivant de Rafic Hariri. Selon lui, il s'agit d'un nouvel épisode dans « le feuilleton de la haine que les autorités syriennes portent au Liban, en cherchant toujours à frapper sa souveraineté et son indépendance ». Il a aussi estimé que l'ambassadeur de Syrie au Liban a dépassé toutes les règles diplomatiques en exigeant le jugement d'un député libanais. Il a aussi précisé que ces accusations « sont une insulte pour le peuple syrien lui-même ».
Le député Dory Chamoun a aussi critiqué ces accusations, considérant qu'elles « sont dépourvues de consistance et ont tout l'air d'être fabriquées ».
Enfin, l'ancien député Salah Honein a estimé que les propos de l'ambassadeur de Syrie sont purement politiques. L'ambassadeur du Liban en Syrie pourrait, selon lui, y répondre sur la base d'une demande en ce sens du président de la République. M. Honein a aussi précisé que la Syrie devrait, selon l'accord de coopération judiciaire signé avec le Liban, présenter un dossier via les canaux légaux, notamment à travers le procureur général syrien et son homologue libanais. Le procureur libanais ne peut toutefois refuser de prendre les mesures nécessaires qu'après avoir consulté le ministre de la Justice, a-t-il précisé.

