Les émeutiers ont incendié dans la ville de Zaria (état de Kaduna) la maison du vice-président Namadi Sambo et celle de l'émir de la ville, selon un habitant. Ils ont aussi cassé la prison et libéré les détenus.
"Il y a eu une émeute ici, aujourd'hui", a déclaré par téléphone Mahmud Aliyu.
"Les manifestants ont incendié la résidence du vice-président, le palais de l'émir, avant de s'en prendre à la prison en libérant beaucoup de détenus".
Les premières violences avaient éclaté dimanche à Kano et d'autres villes du Nord, au lendemain du vote, provoquées par des accusations de fraudes contre le camp de M. Jonathan.
Lundi, elles faisaient toujours rage à Kano, la seconde ville du pays, et avaient gagné Jos, dans le Centre, et d'autres cités.
A Kano, des foules armées de gourdins, planches et couteaux affrontaient des soldats, selon des témoins, et un couvre-feu de vingt-quatre heures a été imposé dans l'Etat voisin de Kaduna, selon son gouverneur.
Un centre commercial a été incendié et les commerces et écoles avaient fermé tandis que de la fumée s'élevait au dessus de Kano.
La foule a aussi attaqué deux personnes censées être chrétiennes, a rapporté un corresponsant de l'AFP, et de jeunes manifestants arrêtaient des voitures pour demander aux conducteurs d'exprimer leur soutien à Muhammadu Buhari, un musulman du Nord, rival malheureux à la présidentielle de M. Jonathan.
Dans la ville de Potiskum, dans l'Etat de Yobe, dans le nord-est, des témoins ont rapporté que la foule avaient tenté d'immoler une chrétienne en lui passant un pneu enflammé autour du cou mais qu'elle avait été sauvée par des habitants et hospitalisée.
"Des jeunes allument des feux dans les rues et incendies les maisons de partisans du parti au pouvoir. Des soldats ont été appelés. Les rues sont désertes à l'exception des manifestants", a raconté un habitant, Kabiru Usman.
Des violences ont aussi été signalées dans les villes de Kaduna, Zaria et Sokoto, dans le Nord, ainsi qu'à Jos, dans le Centre, qui marque la frontière entre majorités chrétienne et musulmane et théatre de fréquentes violences intercommunautaires.
Cette flambée de violences a été déclenchée par l'annonce des résultats de la présidentielle par la commission électorale qui donnait lundi à Goodluck Jonathan une avance telle qu'il est assuré de l'emporter.
Avant même la fin du dépouillement, il arrivait en tête dans 22 deq 36 Etats de la Fédération nigériane, avec plus de 21 millions de voix contre 9 millions à son principal rival, Muhammadu Buhari, ancien chef d'une junte militaire en 1984-1985.
Le scrutin de samedi s'était déroulé globalement dans le calme, faisant espérer que les fraudes massives des dernières décennies ne se répèteraient pas.
Mais si dans l'ensemble, les observateurs ont jugé l'élection 2011 plus honnête qu'en 2007, des résultats anormalement élevés en faveur de M. Jonathan, dans ses bastions du Sud chrétien, ont semé le doute: l'Etat de Akwa Ibom lui a donné 95% des voix et celui de Bayelsa, son Etat natal, 99,63%.
"De tels chiffres au dessus de 95% paraissent inventés et posent de graves interrogations sur la crédibilité de l'élection", a estimé Jibrin Ibrahim de l'ONG du Centre pour la démocratie et le développement.
Les résultats connus jusqu'ici ont confirmé une division nette entre le Nord musulman pro-Buhari et le Sud chrétien pro-Jonathan.
De nombreux analystes avaient mis en garde contre ce scénario dans un pays aussi turbulent que le Nigeria, comptant 155 millions d'habitants et plus de 250 groupes ethniques. Le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique et le premier producteur de pétrole du continent.
Dans le Nord, beaucoup jugeaient que la réélection de Jonathan serait une entorse à la rotation traditionnelle du pouvoir entre Nord et Sud. Beaucoup y espéraient une victoire de M. Buhari, 69 ans, pour relancer un Nord économiquement marginalisé par le Sud pétrolier.
Goodluck Jonathan, 53 ans, vice-président devenu chef de l'Etat en mai 2010 au décès de son prédécesseur musulman Umaru Yar'Adua (2007-2010), est le candidat du Parti démocratique du Peuple (PDP). Ce parti a remporté dès le premier tour toutes les présidentielles depuis la fin des régimes militaires en 1999.


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