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Nos lecteurs ont la parole

Comment le Liban se distingue-t-il de ses voisins ?

George SABAT
À cette question, d'aucuns seraient tentés de répondre en évoquant les arguments classiques en faveur du Liban, tels que la diversité de ses communautés, la richesse d'une civilisation qui a donné l'alphabet phénicien au monde, sa position géographique de passage obligé entre l'Orient et l'Occident, les succès remportés à l'étranger par sa diaspora, etc.
Pour ma part, je serai enclin d'ajouter que le Liban se distingue aussi par un manque de suivi dans la gestion des affaires publiques.
Au Liban, combien de problèmes de gouvernance ont-ils fait l'objet d'un réel suivi de la part des autorités et combien d'entre eux ont-ils été, de ce fait, totalement ou même partiellement résolus ?
Parmi ces problèmes nous citerons, au hasard, le cas de la montagne de déchets de Saïda qui, depuis des années, pollue nos côtes ainsi que celles de Chypre et de Syrie ; celui des carrières illégales qui prolifèrent sur le territoire libanais ; les coupures de courant électrique et le coût prohibitif de celui-ci, ces coupures n'ayant fait l'objet d'aucun plan de réforme depuis dix ans ; les barrages et les lacs collinaires, pourtant prévus dans des plans grandioses élaborés à coupsde centaines de milliers de dollars et qui n'ont jamais vu le jour ; l'absentéisme galopant dans nos écoles primaires étatiques avec tous ses effets néfastes pour notre jeunesse ; la Sécurité sociale souvent absente pour les plus démunis ; le manque d'entretien des voies publiques qui sont souvent la cause d'accidents mortels ; la prolifération incontrôlée des pancartes sur les autoroutes ; le vote des émigrés, un problème souvent évoqué mais jamais résolu ; la loi électorale qui devrait être revue avant l'échéance de 2013, mais qui ne l'est toujours pas ; l'absence de débouchés pour nos jeunes, qui sont forcés d'émigrer pour survivre ; le coût de l'essence qui grève tous les budgets familiaux et pour lequel on n'a toujours pas trouvé de solution. Sans oublier la cause de la toute dernière crise : l'état catastrophique de nos institutions carcérales qui, comme toujours, par manque de suivi risque de nous mener aujourd'hui au bord de la catastrophe.
Chacun de ces sujets a fait, à une époque ou à une autre, l'objet d'une campagne de presse. Ils ont été rapidement abandonnés par la suite au profit d'autres sujets plus « in ». Nul citoyen n'a réellement songé à relancer les autorités à leur sujet. Au fait, ce citoyen, à qui aurait-il pu s'adresser s'il le désirait vraiment ?
L'État est parfaitement conscient du manque d'intérêt du peuple pour la chose publique. Il l'encourage même dans cette attitude pour « éviter de se créer des problèmes ». C'est pour cette raison que les responsable du suivi des réclamations dans les ministères ne sont pas désignés, sont absents ou sont incapables de fournir au demandeur la bonne réponse ou le suivi.
J'aimerais citer la repartie d'un de nos ministres auquel j'avais suggéré en 2005 d'encourager les citoyens à participer à la gouvernance. « Voulez-vous, me répondit-il, que nous perdions notre temps à poursuivre chaque vitre brisée dont le citoyen aurait à se plaindre ? »
Ce genre de réponse est symptomatique de la mentalité de certains de nos dirigeants.
Mais attendez, me répondrez-vous, ceux qui vont leur succéder agiront différemment. Ils nous l'ont promis.
Je ne demande pas mieux que de le croire, mais permettez-moi d'en douter.
Preuve à l'appui, aucun de ces ministrables ou groupe parlementaire qui l'appuie n'a songé, à l'heure actuelle, à présenter à l'attention des citoyens une ébauche de programme de travail pour le ou les maroquins qu'ils convoitent.
Vous me direz que cela sera du ressort du Conseil des ministres, au moment où il se présentera devant le Parlement pour le vote de confiance.
Mais, après trois mois de tractations interminables, ne sera-t-il pas déjà trop tard ? D'autre part, pensez-vous que la décision de la majorité parlementaire sera inspirée par la qualité du programme ou sera-t-elle plutôt guidée par les impératifs du groupe vainqueur ?
Le programme, lui, comment se présentera-t-il en définitive ? Contiendra-t-il des solutions spécifiques et détaillées aux problèmes que nous avons évoqués précédemment ou se contentera-t-il des platitudes d'usage ?
Finalement pouvons-nous espérer que la nouvelle équipe qui sera formée s'engagera à nous tenir régulièrement informés des performances réalisées ? Consentira-t-elle à écouter nos doléances et à nous associer à son action ?
Toutes ces considérations devraient nous porter à réfléchir sérieusement sur l'avenir de la démocratie au Liban.

George SABAT

À cette question, d'aucuns seraient tentés de répondre en évoquant les arguments classiques en faveur du Liban, tels que la diversité de ses communautés, la richesse d'une civilisation qui a donné l'alphabet phénicien au monde, sa position géographique de passage obligé entre l'Orient et l'Occident, les succès remportés à l'étranger par sa diaspora, etc.Pour ma part, je serai enclin d'ajouter que le Liban se distingue aussi par un manque de suivi dans la gestion des affaires publiques.Au Liban, combien de problèmes de gouvernance ont-ils fait l'objet d'un réel suivi de la part des autorités et combien d'entre eux ont-ils été, de ce fait, totalement ou même partiellement résolus ? Parmi ces problèmes nous citerons, au hasard, le cas de la montagne de déchets de Saïda qui, depuis des années, pollue nos côtes ainsi...
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