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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Le pénis de « Fight Club »

À qui de droit,

Je viens, par la présente, vous remercier. Vous remercier d'avoir décidé, sans que je vous le demande, sans même que je pense un instant à vous le demander, de me protéger, de me préserver du Mal qui rampe là, sale, dans l'ombre, partout.
Je m'explique. Il y a quelques jours, en proie à une fatigue extrême, je décidais de renouer avec la télé. J'aurais pu regarder un DVD, mais la simple idée de le chercher, ce DVD, m'épuisait. Lessivée j'étais, complètement éreintée. Sinon, comment expliquer le fait que je renoue avec la télé.
Avachie sur mon canapé, j'ai zappé. Jusqu'à tomber sur une chaîne sur laquelle un film commençait. Il n'en fallait pas plus, ce soir-là, pour me garder. Cerise sur le gâteau, il s'agissait de Fight Club, un film recommandé par l'ami qui, ce soir-là, avait le bon goût de partager ma léthargie. « Fight Club est un bon film », articula l'ami en question. » « Un bon film, me dis-je, ça devrait suffire pour encaisser les coupures de publicité. » Car oui, avouons-le, j'avais rompu avec la télé pour cause de saucissonnage publicitaire.
Dans un ultime effort, je me suis servi un verre de vin, me suis calée dans de vastes coussins, et le film a commencé. Quinze minutes à peine étaient passées, quand mon ami m'alerta : de nombreuses scènes du film étaient coupées. Je dois vous dire que, de mon côté, j'avais commencé à douter des talents du réalisateur qui semblait avoir été victime, à intervalles réguliers, de sérieux passages à vide. Notamment dans cette scène où une femme en phase terminale d'une maladie incurable est appelée à la tribune d'un groupe de soutien pour exprimer une requête. Plan 1 : elle arrive à la tribune. Plan 2 : elle dit bonjour. Plan 3 : tout le monde l'applaudit. Plan 4 : fin de la scène. Et mon ami d'expliquer que la femme en question exprime son souhait de faire, une dernière fois, l'amour avec un homme. Pam, coupé. Elle ne l'a pas volé la cochonne.
Plus tard, j'appris, toujours à cause de mon ami, que d'autres scènes relatives au sexe et à l'amour avaient été retranchées.
En revanche, je notais rapidement, et ce malgré la fatigue, que les gros plans sur un visage éclaté et ensanglanté, les coups de poing et les coups de pied, la peau brûlée à l'acide, la dent arrachée, l'ongle retourné, l'œil pendant et le gargouillement guttural suivant une tentative de suicide par coup de feu dans la bouche ayant engendré un trou fumant dans la gorge, n'étaient pas charcutés...
Alors voilà, je voulais vous remercier d'avoir pris la peine de faire le tri pour moi dans ces œuvres que d'aucuns considèrent comme artistiques. Et permettez-moi, ici, de résumer la règle, histoire de vérifier que j'ai tout bien compris - je ne suis finalement que majeure et vaccinée - : le sexe non, la violence oui.
Je vous remercie, j'insiste, pour l'abnégation, que dis-je, la ferveur que vous mettez à m'encadrer, à me chaperonner, à me patronner, en un mot, à me protéger du Mal ! Service apprécié. Surtout quand il vient s'ajouter à l'épuration des textes et des idées.
Vous imaginant très bien connecté, je vais me permettre, ici, d'étendre mes remerciements à tous ces dirigeants, chefs communautaires, politiques ou religieux, qui se sont dévoués pour déterminer ce que nous pouvons lire, dire, voir, penser, voter. Quel soulagement ! Cela dit, je prends encore la liberté de rêver. Je vous le demande : est-ce bien raisonnable ?
Très cordialement,

Votre servante décérébrée.

PS : Vous allez me trouver tatillonne, mais je souhaitais porter à votre attention une boulette, une coquille dans le processus de supervision de Fight Club. Dans les toutes dernières minutes du film, vous avez oublié de couper un énorme pénis passé en mode quasi subliminal. Je ne vous en tiendrai pas rigueur et placerai ce ratage sur le compte d'un relâchement de fin de journée.
À qui de droit,Je viens, par la présente, vous remercier. Vous remercier d'avoir décidé, sans que je vous le demande, sans même que je pense un instant à vous le demander, de me protéger, de me préserver du Mal qui rampe là, sale, dans l'ombre, partout.Je m'explique. Il y a quelques jours, en proie à une fatigue extrême, je décidais de renouer avec la télé. J'aurais pu regarder un DVD, mais la simple idée de le chercher, ce DVD, m'épuisait. Lessivée j'étais, complètement éreintée. Sinon, comment expliquer le fait que je renoue avec la télé.Avachie sur mon canapé, j'ai zappé. Jusqu'à tomber sur une chaîne sur laquelle un film commençait. Il n'en fallait pas plus, ce soir-là, pour me garder. Cerise sur le gâteau, il s'agissait de Fight Club, un film recommandé par l'ami qui, ce soir-là, avait le bon goût de...
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