Il est flatteur qu'en dépit de tout ce qui se passe dans le monde arabe, l'éminent éditorialiste de L'Orient-Le Jour ait trouvé judicieux de consacrer son article à la rénovation du Parlement et à son activité en général. Il en est remercié. Mais pour un journaliste aussi chevronné, il est étonnant de constater les faiblesses et les inexactitudes que comporte cet article et qu'il est bon de relever dans l'intérêt de l'éditorialiste lui-même et pour la crédibilité de votre journal.
M. Issa Goraieb s'insurge contre les frais et l'urgence des travaux d'entretien entrepris au siège du Parlement. Mais s'il se rendait plus souvent sur les lieux, il aurait lui-même remarqué que depuis son édification, le bâtiment historique n'a pas fait l'objet de véritables travaux de modernisation et de réhabilitation, les responsables successifs des lieux se contentant d'ajouter une couche de peinture de temps en temps et un fauteuil lorsqu'il le faut. Mais avec l'informatisation du Parlement et son cortège d'équipements, il était devenu nécessaire de procéder à des travaux de rénovation de fond, d'autant que la salle de l'hémicycle avait été initialement prévue pour un maximum de 123 députés au lieu des 128 actuels, alors que le bureau du président de l'Assemblée ne pouvait contenir plus de dix députés à la fois. Le président Nabih Berry a donc décidé de lancer ce chantier tout en prenant le soin de confier la responsabilité des travaux aux députés Farid Makari et Antoine Zahra.
Cela pour la forme. Concernant le fond, les remarques sont plus sérieuses. L'auteur de l'article commence par protester contre l'étendue des pouvoirs du Parlement d'autant que, depuis l'accord de Taëf, le président de la République ne peut plus dissoudre l'Assemblée que dans deux cas difficilement réalisables. Mais il lui a échappé que l'actuel président de la Chambre n'avait pas participé aux préparatifs ni à la rédaction de cet accord.
Un peu plus loin, l'auteur de l'article critique la longévité du mandat de Nabih Berry à la tête de l'Assemblée, mais il semble ignorer que si le président Berry occupe cette fonction depuis 1992, c'est à la suite d'élections légales tous les quatre ans. S'il le souhaite, il pourra même se rappeler que, tout au long de ces années, ce sont notamment les députés proches du Premier ministre martyr Rafic Hariri qui avaient voté en sa faveur à la demande de ce dernier, tout comme le firent plus tard les députés membres du bloc du Futur en 2005 puis en 2009. En toute objectivité, on ne peut pas dire que ces votes successifs se sont déroulés sous la menace des armes et c'est en toute connaissance de cause que les députés du 14 Mars ont voté en faveur de Nabih Berry à la présidence de la Chambre. Pour quels motifs, c'est à eux de le préciser, mais ce n'est certainement pas M. Berry lui-même qui avait demandé au député Okab Sakr de retirer sa candidature à la présidence de la Chambre en 2009.
Évoquant ensuite le travail de la Chambre sous la présidence de M. Berry, l'auteur de l'article fait preuve d'un manque étonnant de connaissance des textes constitutionnels qui prévoient une séance consacrée au débat de politique générale toutes les quatre séances de législation. De même que la Constitution ainsi que le règlement interne du Parlement ne l'autorisent pas à se réunir quand il n'y a pas de gouvernement ou lorsque le gouvernement est démissionnaire et chargé de gérer les affaires courantes. Mais lorsque les institutions publiques fonctionnent normalement, le Parlement tente de se montrer à la hauteur des aspirations des Libanais. Depuis 1992, il a cherché à rattraper le retard accumulé au cours des années de guerre où le Parlement prolongeait lui-même son propre mandat. Il a ainsi adopté des lois modernes, concernant notamment la formation du Conseil constitutionnel et celle du Conseil économique et social. Le Parlement du Liban coopère étroitement avec plusieurs parlements dans le monde et ses fonctionnaires suivent régulièrement des sessions de réhabilitation auprès d'institutions américaines et auprès de l'ENA. Si les lois adoptées au cours de ces années ne correspondent pas aux ambitions et aux aspirations de l'auteur de l'article, elles ne reflètent pas non plus toujours les attentes du président de la Chambre qui réclame depuis des années une loi électorale moderne basée sur une grande circonscription et le principe de la proportionnelle. C'est aussi lui qui réclame une loi moderne pour la décentralisation administrative, ainsi qu'une législation adéquate pour la reconnaissance du quota féminin aux élections. Mais l'auteur de l'article semble oublier que si les lois ne sont pas adoptées, il faudra peut-être en chercher la raison auprès de la majorité parlementaire qui a changé de camp il y a seulement moins de trois mois.
Quant à la seconde mission du Parlement, qui est, comme le précise judicieusement l'auteur de l'article, le contrôle de l'action du gouvernement, il n'est sans doute pas sans savoir que la pratique politique au Liban n'a jamais fait chuter un gouvernement au Parlement. Cette action ne fait pas partie de nos habitudes politiques qui reposent sur un code non écrit mais respecté. Preuve en est la chute du gouvernement d'unité nationale présidé par Saad Hariri, qui n'a pas eu lieu au Parlement mais par le biais de la démission d'un tiers plus un des ministres.
Enfin, M. Goraieb critique le président de la Chambre pour ce qu'il appelle la fermeture abusive du Parlement pendant des mois. Mais l'éditorialiste n'ignore pas que le président Berry s'est vu dans l'obligation de le faire à partir du moment où le gouvernement de M. Fouad Siniora était devenu amputé de la représentation de toute une communauté, contrairement aux dispositions de la Constitution. En fermant les portes du Parlement, le président Berry n'a fait en réalité que respecter l'esprit et la lettre de la Constitution et la volonté des Libanais de vivre ensemble dans le respect de leur diversité. Les critiques peuvent bien se multiplier, elles ne parviendront pas à pousser le président Berry à aller à l'encontre de ses convictions et à adopter des décisions qui mettraient en danger ce qui fait l'essence même du Liban et sa raison d'être, à savoir la coexistence entre toutes ses communautés. Sa longue carrière politique, que l'auteur de l'article ne manque pas de relever, lui a appris au moins une chose : la préservation du Liban, un Liban assez grand pour absorber tous ses fils vaut tous les sacrifices.
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Ce n'est pas tant la rénovation du Parlement que le dysfonctionnement notoire de l'organe législatif qui était en cause dans l'éditorial du 9 avril. C'est là en effet que réside la priorité, et on ne voit pas en quoi les événements qui secouent le monde arabe devraient occulter cette sorte d'urgence. Je renvoie dès lors les auteurs de cette longue mise au point aux statistiques encore plus volumineuses (et certes plus éloquentes) citées dans l'article, notamment pour ce qui est de l'incroyable rareté des séances de questions et d'interpellations. Cela, la modernisation n'y peut rien, à preuve que le dispositif de vote électronique, installé depuis des années, n'a été testé qu'une seule et malheureuse fois, et n'est plus qu'un élément de décor dans l'hémicycle.
Que le président Berry n'ait pas pris part à l'élaboration de l'accord de Taëf ne change rien par ailleurs aux aberrations que renferme celui-ci. Que le 14 Mars ait régulièrement souscrit à la pérennité de sa présidence de l'Assemblée ne saurait légitimer non plus, aux yeux des démocrates, une telle anomalie, et cela quels que puissent être les mérites et les talents politiques du leader d'Amal. Justifier la longue fermeture du Parlement par la nécessité de respecter l'esprit et la lettre de la Constitution ne saurait convaincre enfin : quand le débat national est chassé de la Chambre, c'est dans la rue qu'il va fatalement se fourvoyer.


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