Utilisant ainsi des termes particulièrement virulents, le député Naji Gharios, du Bloc du changement et de la réforme, s'en est pris au comportement de M. Mikati en soulignant que ce dernier avait été nommé « pour former le cabinet, pas pour tergiverser ».
« Personne ne s'est attaqué aux prérogatives du Premier ministre pour qu'il en prenne prétexte afin de justifier ses tergiversations », a ajouté M. Gharios, député de Baabda.
« M. Mikati n'est pas un gouvernant de droit divin. Il doit donc mener les consultations nécessaires pour former le gouvernement et c'est ce qu'il n'a pas fait jusqu'ici, a-t-il assuré. Il n'a toujours pas consulté le général Michel Aoun, pas plus que les autres partenaires concernés. Et pour former le cabinet, on ne saurait se contenter de consultations avec le président de la République », a encore dit M. Gharios, affirmant que toutes les moutures gouvernementales évoquées par la presse sont inexistantes.
« Notre bloc a fait don d'un gage de confiance à M. Mikati. Qu'il le rende s'il n'est pas à la hauteur et qu'on aille vers de nouvelles consultations parlementaires », a-t-il poursuivi, avant de conclure sarcastiquement en évoquant la fortune personnelle du Premier ministre désigné : « On comprend que Mikati soit en mesure d'être patient étant donné sa situation financière confortable. Mais le peuple, lui, n'est pas en mesure de supporter le poids des difficultés économiques actuelles. »
Nettement moins cinglant, le député Ibrahim Kanaan, également membre du Bloc du changement et de la réforme, a souligné que la mouture gouvernementale discutée actuellement « n'est pas nouvelle », tout en faisant état de « progrès » dans les négociations.
Pour M. Kanaan, le ministère de l'Intérieur nécessite « une présence politique forte ». « Il ne s'agit pas d'un problème de personne. Ce que nous disons, c'est que le titulaire de ce ministère devrait avoir « bon dos » politiquement parlant pour être en mesure de s'acquitter de sa tâche », a-t-il affirmé.
Du côté du 14 Mars, le député FL Antoine Zahra a ironisé sur les difficultés du processus gouvernemental en cours en soulignant que « la mission du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, n'a besoin d'aucun volontaire qui se proposerait de la saboter ».
« Dire que le problème est interne et qu'il se résume à la distribution des portefeuilles ministériels relève de la politique de l'autruche et n'est plus acceptable », a ajouté M. Zahra. Selon lui, ce qui retarde la formation du gouvernement, c'est ce qui se passe au niveau régional. « Or, le Liban fait partie de cette région et ce qui s'y passe se répercute sur lui », a-t-il dit.
Développant une argumentation proche, Youssef Doueihi, membre du secrétariat général du 14 Mars, a souligné que M. Mikati « se trouve dans une impasse dont il ne peut sortir sans, pour le moins, laisser des plumes ».
« D'un côté, il ne peut pas contrecarrer la Syrie et, de l'autre, il ne peut pas non plus ignorer l'Arabie saoudite, tout comme il ne saurait se soumettre aux desiderata du Hezbollah, qui vont au-delà de ses capacités », a noté M. Doueihi.
« Dire qu'il existe des divergences dans les rangs de la nouvelle majorité qui retardent la mise en place du cabinet n'est qu'une vaine tentative destinée à dissimuler le fait que ce camp-là est tenu par l'agenda iranien qui, quoi qu'on dise, engage aussi la Syrie », a-t-il expliqué.
D'autre part, M. Doueihi a estimé que « les tentatives du général Michel Aoun de faire croire que le processus de formation du gouvernement serait le fruit d'une industrie purement locale, qu'il en serait, lui, l'un des principaux parrains et qu'il s'emploierait dans cela à rétablir la gloire des chrétiens ne sont que fanfaronnades et surenchères trop familières au goût des Libanais ».

