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Liban - En Dents De Scie

Thérapie génique

Quatorzième semaine de 2011.
Cela fait des années que le Hezbollah prévoit tout. Surtout depuis l'assassinat de Rafic Hariri en février 2005. Des années que sa stratégie et ses tactiques n'attendent que le bon (ou le moins mauvais) timing pour être crachées à la gueule des Libanais et du monde. Le but est unique : dynamiter l'État pour faire du Liban une province perse et offrir ainsi à l'Iran une frontière terrestre commune avec Israël. En balayant d'un revers de turban, au passage, la 1701 et sa Finul, la 1757 et son Tribunal spécial pour le Liban. Des années que tout est pensé, calculé, préparé, minutieusement, infatigablement et tous azimuts : aux niveaux militaire, sécuritaire, logistique et, bien sûr, politique.
Tout. Sauf deux choses. Capitales.
Un : aussi brillants que soient certains d'entre eux, les caciques du parti pro-iranien n'ont pas pensé un seul instant que des Arabes étaient encore capables de réécrire l'histoire, fût-ce avec leur propre sang ; que ces Arabes pouvaient renverser la peur, la discipline, la pensée uniforme. Le Hezbollah n'a pas vu venir les Tunisiens - à sa décharge, personne ou presque ne s'attendait à la déchéance de Zine el-Abidine Ben Ali. Encore moins à celle de Hosni Moubarak, que le parti de Dieu a vivement applaudie. Ni à ce qui se passe en Libye. Au Yémen. Ou dans le tout petit royaume bahreïni, où le chef de l'opposition chiite a exigé du régime iranien d'arrêter de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Personne enfin, personne surtout, au sein du directoire hezbollahi, n'aurait parié un rial sur la vaillance, le courage et la détermination des Syriens à tout faire pour renverser le régime baassiste de Bachar el-Assad. C'est-à-dire concrètement à absolument et tragiquement priver le Hezbollah de son oxygène : les armes iraniennes (à moins que les soldats du faqih ne décident de carrément prendre le contrôle du pays pour assurer à leur arsenal un ravitaillement aérien, directement livré sur le tarmac de l'Aéroport international Rafic Hariri).
Deux : aussi brillants que soient certains des responsables du Hezbollah, ils n'ont pas un seul instant pensé prendre au sérieux un homme qu'ils ont toujours considéré au pire comme un pantin, au mieux comme un jeune (héritier) en pleine crise d'adolescence : Saad Hariri. Pas pensé un seul instant qu'il serait conséquent avec lui-même (son destin d'Hamlet méditerranéen), avec ses propos (Il y aura un avant et un après consultations parlementaires, celles qui ont mené à la désignation de Nagib Mikati) et avec les slogans que ses alliés du 14 Mars et lui-même ont martelés un certain dimanche 13 mars 2011 (Oui à la chute du régime des armes, oui au soutien à un État fort...).
Certes inéluctable, surtout après ce qui s'est passé hier du nord au sud de la Syrie, la chute de la maison Assad prendra beaucoup de temps. En revanche, désormais furieusement décomplexé et désinhibé, le patron du Courant du futur est en plein climax : sa diatribe contre les ingérences de Téhéran dans les affaires internes du Liban et d'autres pays arabes, c'est-à-dire tout simplement dans le sunnisme, entrera dans l'histoire de ce pays. Ce n'est pas une crise de foie. Ce n'est pas un caprice d'enfant gâté. Ce n'est pas une tactique. Ni une stratégie. Pas de la surenchère. Encore moins l'occasion d'entamer une énième polémique. En se lançant en guerre (politique) contre l'Iran, aussi maladroitement, fougueusement ou inconsciemment soit-il, Saad Hariri rappelle au souvenir du Hezbollah rien moins que son identité, son génome primitif et surtout définitif ; il rappelle au souvenir du Hezbollah aussi bien le testament moral (et politique) de Mohammad Mehdi Chamseddine que ce cruel axiome : qu'aux yeux des Iraniens, les chiites, tous les autres chiites, où qu'ils soient et quels qu'ils soient, ne sont que des chiites de deuxième zone. Des Arabes. Saad Hariri rappelle au Hezbollah sa libanité d'abord, son arabité ensuite.
Et qu'il l'ait fait aussi spectaculairement de retour d'Ankara et de Doha ne rend le geste que plus ample, la réalité plus gluante, aussi sinistre et délétère soit-elle : le sunnisme proche-oriental, éminemment condensé dans le creuset libanais, a entamé une longue évolution, une mutation profonde qui commence, il n'y a pas de hasard, par la conviction que ses fils sont les nouveaux déshérités, les nouveaux opprimés, près d'un millénaire et demi après que les chiites eurent inventé le concept.
Et ce n'est encore une fois pas en embrasant la ligne bleue que le Hezbollah, aujourd'hui extrêmement perturbé, donc davantage dangereux, pourra faire oublier tout cela. Bien au contraire.
Il faut se méfier des apparences : au Liban aussi, quelque chose vient de démarrer. Dans une immense discrétion.
Quatorzième semaine de 2011.Cela fait des années que le Hezbollah prévoit tout. Surtout depuis l'assassinat de Rafic Hariri en février 2005. Des années que sa stratégie et ses tactiques n'attendent que le bon (ou le moins mauvais) timing pour être crachées à la gueule des Libanais et du monde. Le but est unique : dynamiter l'État pour faire du Liban une province perse et offrir ainsi à l'Iran une frontière terrestre commune avec Israël. En balayant d'un revers de turban, au passage, la 1701 et sa Finul, la 1757 et son Tribunal spécial pour le Liban. Des années que tout est pensé, calculé, préparé, minutieusement, infatigablement et tous azimuts : aux niveaux militaire, sécuritaire, logistique et, bien sûr, politique. Tout. Sauf deux choses. Capitales. Un : aussi brillants que soient certains d'entre eux, les...
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