Mais le monument central de la place de la Perle, où les manifestants avaient campé pendant près d'un mois avant d'en être délogés violemment le 16 mars, a été rasé, comme pour éradiquer la mémoire de ces protestations au cours desquelles les manifestants ont tenu pendant quelques jours le cœur de Manama. Les contestataires réclamaient des réformes politiques, mais les plus radicaux étaient allés jusqu'à appeler à la chute des al-Khalifa, une ligne rouge à ne pas franchir pour les monarchies voisines du Golfe intervenues militairement dans le royaume, suscitant une crise avec l'Iran chiite. Selon les autorités, les troubles dans cette seule monarchie du Golfe où la population est en majorité chiite ont fait au moins 24 morts de la mi-février à la mi-mars.
La répression du mouvement de contestation a été suivie de rafles au cours desquelles quelque « 400 personnes, dont au moins 15 femmes, ont été arrêtées », selon Khalil al-Marzouk, député démissionnaire d'al-Wefaq, le principal groupe de l'opposition chiite. En outre, « environ 800 personnes ont été licenciées » pour avoir répondu à l'appel à la grève générale illimitée lancé par la centrale syndicale à la mi-mars, selon lui. Les journaux annoncent chaque jour des licenciements d'employés s'étant absentés durant l'appel à la grève. D'après le quotidien indépendant al-Wasat vendredi, 750 employés ont déjà été licenciés, dont 190 de la compagnie nationale de pétrole Bapco et 111 fonctionnaires du ministère de l'Éducation.
Quant au dialogue national entre l'opposition et le pouvoir, il semble bloqué. Le prince héritier, Salman ben Hamad al-Khalifa, a affirmé hier sa volonté d'aller de l'avant dans les réformes, mais n'a pas évoqué le dialogue qu'il avait été chargé de mener avec l'opposition. Il a déclaré que « dans ce moment important du développement de notre pays, je continuerai (...) à rester ferme sur le principe selon lequel il ne peut y avoir aucune clémence pour quiconque cherche à diviser notre société en deux ». Les députés ont annoncé de leur côté dans un communiqué qu'il n'y aurait « pas de dialogue national hors du Parlement ». Or le Parlement, qui compte 40 élus au total, avait accepté la semaine dernière la démission de 11 des 18 députés d'al-Wefaq. « Il s'agit d'une déclaration vide de sens, et cela montre que le pouvoir ne veut ni dialogue ni réformes. De plus, comment l'opposition peut-elle dialoguer sous la menace des chars ? » s'insurge M. Marzouk.
Face à cette impasse, l'International Crisis Group a préconisé, dans un rapport, l'intervention d'une « tierce partie » afin de relancer le dialogue régime-opposition « dans le but de parvenir à une réforme politique réelle, de réduire les tensions confessionnelles et d'empêcher un surcroît de régionalisation du conflit ». « Si le pouvoir continue à privilégier la répression, on se dirige vers un engrenage » qui pourrait déboucher « sur de nouvelles violences à l'instar de celles qu'a connues le pays dans les années 1990 », avertit pour sa part Michael Schmidmayr, un analyste spécialiste des pays du Golfe.
(Source : agences)

