Lentement mais sûrement, les 9 000 militaires ougandais et burundais de l'Amisom, qui interviennent en soutien au gouvernement de transition (TFG), ont avancé en cinq mois de plusieurs centaines de mètres dans certains secteurs de la ligne de front. L'Amisom opère par sauts de puce, en une lente progression, pâté de maison par pâté de maison, consolidant à grand renfort de sacs de sable et positions de combat chaque pouce de terrain conquis. Elle contrôle désormais près de la moitié de la ville et resserre peu à peu son étau sur le marché de Bakara, poumon économique de Mogadiscio et grosse source de revenus pour les shebab. Fin septembre, après une offensive du ramadan difficilement contenue par l'Amisom, marquée par la débandade des troupes gouvernementales, les shebab s'étaient approchés à une centaine de mètres de l'avenue Maka al-Mukarama, menaçant ainsi la principale ligne d'approvisionnement de la force africaine. Cette avenue relie port, aéroport et présidence.
« C'est un combat urbain très dangereux, sur un terrain extrêmement difficile où vous êtes vulnérables face à l'ennemi », souligne l'un des commandants du secteur, le lieutenant-colonel Anthony Lukwago Mbuusi. « Je teste la profondeur de l'eau avec un pied, puis j'avance avec l'autre pied, nous savons toujours où nous allons », explique l'officier. Pour contrer cette stratégie, les shebab ont encore renforcé leurs positions et aménagé d'ingénieux réseaux de tranchées, boyaux souterrains et postes de combat qui courent par endroits sur plusieurs centaines de mètres de long. « Ils ne cèdent pas un mètre sans combattre », observe un autre commandant, le lieutenant-colonel John Mugarura.
Le rôle des forces TFG dans ces avancées reste visiblement très minime. L'Amisom travaille néanmoins au cas par cas avec certaines unités, comme dans le district d'Hodan, avec les hommes du chef de guerre Yusuf Mohamed Ziad « Indahade », avec la milice soufi modérée Alhu Sunna sur l'avenue Maka al-Mukarama, ou le colonel Osman Abdullahi « Agey » à Hosh. « Nous allons continuer à gagner du terrain tout en essayant de réorganiser le TFG », promet le commandant de l'Amisom, le général Nathan Mugisha.
Ces avancées dans la capitale - traditionnellement l'épicentre du conflit somalien - coïncident avec une vaste offensive des forces pro-TFG depuis fin février dans le centre-sud du pays sous contrôle shebab, dans les régions frontalières de l'Éthiopie et du Kenya. « Les shebab sont aujourd'hui dispersés, obligés de se défendre sur plusieurs fronts. Ils sont affaiblis mais recrutent à tour de bras », estime le général Mugisha. « Nous sommes à un moment-clé : la communauté internationale doit faire en sorte que l'Amisom puisse maintenir la pression », en fournissant les moyens nécessaires à sa mission.
(Source : AFP)

