Depuis que le Liban existe, le patriarche des maronites a joué un rôle politique indéniable (...).
L'Église maronite libanaise est un phare pour l'ensemble des chrétiens orientaux et à ce titre, en effet, le destin des chrétiens des pays du Moyen-Orient est lié à celui du Liban. Si l'unité politique des chrétiens du Liban n'est pas possible, soit ! Cela n'est pas une nécessité absolue et ce n'est pas au patriarche de prendre parti. Sur ce plan-là, c'est aux responsables politiques de faire le nécessaire pour se rassembler s'ils le souhaitent. Quand bien même ce rassemblement serait dévolu au patriarche, ce ne serait pas souhaitable. En effet, à un moment où la volonté internationale, pour mieux maîtriser sa position, cherche à séparer sunnites et chiites partout dans le monde arabe, le rôle des chrétiens est d'empêcher de stigmatiser une de ces communautés au détriment de l'autre dans un même pays.
Ne nous leurrons pas, les chrétiens moyen-orientaux eux-mêmes ont été longuement stigmatisés par l'Occident et le coup de grâce a été donné aux chrétiens d'Irak par l'invasion américaine de ce pays. Il en est de même des chrétiens de la Terre sainte, où la politique israélienne vide la Palestine occupée de ses habitants. Qui s'en soucie réellement ? On a voulu s'occuper des chrétiens du Liban et cela a donné de longues années de haine, de destruction et de mort. Aujourd'hui, les chrétiens du Liban se débrouillent pour survivre et n'ont pas besoin du secours d'un pyromane occidental. Empêcher une guerre civile entre sunnites et chiites a été le rôle dernièrement joué, au Liban, par ces chrétiens et en cela ils ont eu un rôle positif indéniable reconnu au moins par la communauté chiite. Il y avait déjà les chrétiens regroupés sous la bannière du 14 Mars et il y a eu heureusement les chrétiens du 8 Mars, avant juillet 2006 et après le fameux document d'entente entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre, Dieu merci. Cela n'a pas débouché sur une guerre interchrétienne, mais a plutôt empêché une guerre intermusulmane.
Que souhaiter au nouveau patriarche ?
Tout d'abord, bien sûr, nos plus chaleureuses félicitations pour son élection de la part de l'ensemble des chrétiens, des musulmans et des non-croyants libanais à travers le monde. Nous lui souhaitons de remplir pleinement son rôle de guide spirituel de la communauté maronite du Liban et du Moyen-Orient et de demeurer le phare éclairé pour l'ensemble des chrétiens non maronites du Liban et du Moyen-Orient. Nous lui demandons d'être l'interlocuteur privilégié du dialogue interreligieux sans cesse actif, à l'image de la magnifique fête nationale œcuménique et interreligieuse de l'Annonciation et aussi, désormais, la fête de votre installation comme patriarche le 25/03/2011. Fête qui regroupe chrétiens et musulmans vénérant Marie, la mère de Jésus. Nous lui demandons de remplir pleinement son rôle de berger avec ténacité et courage en dénonçant les mensonges et les pièges à tous les niveaux : communautaire, national, régional ou international. Nous lui demandons de voir plus loin que tous nos politiciens réunis, de nous aider à prier pour notre Liban multiconfessionnel, tolérant, libre, indépendant, intègre et fort dans ses convictions et dans ses valeurs de coexistence entre les trois religions et ceux qui ne croient pas ou ne pratiquent pas.
Il serait déplacé de lui demander de s'occuper de politique, mais il serait incongru de lui demander de ne pas s'occuper de politique. Toutefois, s'il devait s'en occuper, de rester à égale distance de tous, chrétiens et musulmans. Mais sur tous ces points et sur bien d'autres, je pense que nous pouvons très largement lui faire confiance.
Le représentant du pape Benoît XVI, le nonce apostolique, Mgr Gabriel Cascia, a considéré que « la nomination du patriarche Raï est un événement exceptionnel pour l'Église entière ».
Longue vie au patriarche Raï !
Dr Riad JREIGE
Montpellier

