Des rebelles libyens tentent de récupérer une mitrailleuse lourde à bord d’un véhicule gouvernemental brûlé près de Brega. Andrew Winning/Reuters
Le colonel Kadhafi a fait lundi soir une apparition en public et salué ses partisans rassemblés dans sa résidence de Bab el-Aziziya à Tripoli. Sa dernière apparition remontait au 22 mars. Son fils Seif el-Islam a affirmé à la radio BBC 4 que l'ex-ministre libyen des Affaires étrangères Moussa Koussa, qui a fait défection à Londres, avait « dit qu'il était malade et qu'il devait aller tous les trois mois à l'hôpital Cromwell de Londres... Et nous l'avons autorisé à aller à Djerba, en Tunisie, d'abord. Il n'y a pas de problème avec ça ».
Sur le terrain, la bataille pour le port pétrolier de Brega se poursuit, les rebelles utilisant des lance-roquettes multiples face aux violentes répliques à l'artillerie des forces gouvernementales. Les rebelles se trouvaient en début d'après-midi à mi-chemin entre Brega et Ajdabiya, reculant d'environ une trentaine de km vers l'est. L'armée régulière se rapprochait en fin d'après-midi d'Ajdabiya, selon des informations non confirmées. « Il n'y a pas de révolution sans revers », a déclaré à l'AFP le porte-parole du Conseil national de transition (CNT), organe représentatif des rebelles. « Mais le peuple vaincra. Kadhafi ne peut pas diriger la Libye avec sa grosse machine, ses milices et ses mercenaires... Nous sommes déterminés à combattre ce tyran, et soit on le chassera, soit il dirigera un pays vide », a-t-il ajouté. L'OTAN a mené un raid aérien hier matin à une trentaine de km à l'est de Brega, où il a détruit deux pick-up des forces loyalistes venant de l'ouest qui avaient effectué une incursion dans le secteur déserté. Le raid n'a pas fait de victimes. Revenant sur la mort de 13 Libyens - 4 civils et 9 rebelles - vendredi dernier près de Brega, suite à une frappe aérienne d'un avion de l'OTAN qui se croyait attaqué, l'Alliance a estimé qu'elle n'avait aucune responsabilité dans ce « malheureux accident ». La priorité affichée de l'OTAN est désormais Misrata, 3e ville du pays assiégée depuis plus de 40 jours par les forces de M. Kadhafi. Plus de 200 personnes y ont trouvé la mort selon les rebelles. Les avions de l'OTAN ont effectué 14 bombardements lundi, a indiqué un responsable, y compris sur des défenses antiaériennes et des blindés des forces pro-Kadhafi dans la région de Misrata. En outre, l'Alliance a affirmé que l'armée loyaliste avait perdu le tiers de son potentiel après 17 jours de bombardements de la coalition internationale.
Par ailleurs, un pétrolier a accosté hier à Tobrouk, selon Michelle Bockmann, experte des marchés pour Lloyd's List Intelligence, une publication basée à Londres. Il doit charger aujourd'hui la première cargaison de pétrole effectuée par la rébellion libyenne depuis l'arrêt total des exportations du pays, ce qui permettrait de financer l'insurrection contre le colonel Kadhafi. L'Union européenne a indiqué qu'elle ne trouvait rien à redire à l'achat de pétrole libyen, tant que les recettes de ces transactions ne profitent pas au régime de M. Kadhafi.
L'ONU a de son côté relevé à 310 millions de dollars son appel de fonds pour la Libye devant lui permettre d'aider 1,5 million de personnes réfugiées ou déplacées, selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU. Parallèlement, le gouvernement américain a indiqué hier que la guerre en Libye a coûté à l'US Air Force quelque quatre millions de dollars par jour, un montant qui devrait fondre après le retrait des avions de combat engagés dans le pays.
Pour sa part, le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a affirmé hier que le meurtre de civils en Libye était un « plan prédéterminé » préparé par le gouvernement de Mouammar Kadhafi avant le début des révoltes. En outre, le diplomate Chris Stevens, émissaire des États-Unis auprès de la rébellion libyenne, est arrivé à Benghazi où il a entamé des consultations avec le Conseil national de transition, a annoncé hier soir un porte-parole de la diplomatie américaine. Les discussions portent sur l'aide humanitaire et « les aspirations démocratiques » des opposants. Enfin, la Turquie a appelé le régime de Mouammar Kadhafi à « un cessez-le-feu immédiat » et à une « transformation politique » lors d'une visite lundi à Ankara d'un émissaire libyen, a indiqué hier un diplomate turc. Ankara, qui s'efforce de jouer les intermédiaires dans le conflit, a toutefois dépêché des navires de guerre au large de la Libye, dans le cadre de la mission de l'OTAN destinée à faire respecter l'embargo sur les armes imposé à Tripoli.
(Source : AFP)

