Atteinte diabétique de la rétine.
46 000 en 2000 à 400 000 en 2030, avec une augmentation de 70 % de la prévalence.
Le diabète, « phénomène endémique dans les pays en fort développement économique ou nouvellement industrialisés », d'après la FID, est accompagné de nombreuses complications. Il constitue en fait l'une des premières causes de malvoyance et de cécité dans les pays occidentaux, ainsi que la première cause de cécité dans la population active, chez les personnes âgées de moins de 65 ans.
En raison de ce problème sans cesse croissant dans le monde et, « plus particulièrement dans la région », un symposium sur la rétine a été organisé récemment à Beyrouth. Il a réuni quatre spécialistes de renommée mondiale (Alexandre Assi à Beyrouth, Chris Canning de Dubaï, Stratos Gotzaridis d'Athènes et Adnan Tufaïl de Londres), avec, à l'ordre du jour, les problèmes de la rétinopathie diabétique et les progrès dans la prise en charge des patients.
« Le diabète peut entraîner une malvoyance par atteinte du cristallin (formation d'une cataracte) et de la rétine (rétinopathie diabétique) », explique le Dr Alexandre Assi, chirurgien ophtalmologiste. Dans le premier cas, la malvoyance est réversible. La cataracte, « qui progresse relativement rapidement chez les patients diabétiques », est ainsi soignée « chirurgicalement par extraction du cristallin opacifié et insertion d'un implant intraoculaire », poursuit-il.
La rétinopathie diabétique est plus problématique. Elle touche 30 à 40 % des patients, sachant que le risque de développer une rétinopathie augmente avec la durée et le mauvais contrôle du diabète.
Asymptomatique à ses débuts, la rétinopathie diabétique continue à être diagnostiquée à un stade avancé. Les chiffres montrent que près de 80 % des malades souffrent de rétinopathie après quinze ans de diabète. Cinq ans après l'apparition de la rétinopathie, 35 % des patients souffriront de malvoyance et près de 2 % d'entre eux de cécité.
Deux processus de malvoyance
Deux processus sont à l'origine de la malvoyance dans la rétinopathie diabétique. « Le premier est dû à une ischémie de la rétine ou défaut d'oxygénation des tissus rétiniens, souligne le Dr Assi. L'excès chronique de glucose dans le sang entraîne tout au long de la vie du diabétique des altérations biochimiques progressives de la paroi des capillaires ou petits vaisseaux rétiniens, entraînant à terme leur occlusion et privant le tissu rétinien central et périphérique de l'oxygène dont il a besoin. »
Et le Dr Assi d'ajouter : « Une rétine qui ne reçoit pas assez d'oxygène sécrète des facteurs de croissance stimulant la production de nouveaux vaisseaux à la surface de la rétine. Ceux-ci sont fragiles et redoutables, car ils peuvent se rompre et saigner dans le corps vitré de l'œil, entraînant une baisse brutale de l'acuité visuelle. Ils peuvent aussi causer des problèmes plus graves, tels qu'un décollement tractionnel de la rétine ou un glaucome néovasculaire. »
Le deuxième mécanisme est l'œdème maculaire. « Dans ce cas, l'excès chronique de glucose dans le sang entraîne une hyperperméabilité de la paroi des capillaires rétiniens, indique le Dr Assi. Les liquides sanguins contenus dans ces capillaires passent alors, d'une manière anormale, dans le tissu rétinien avoisinant. L'accumulation de ce liquide dans le centre de la rétine (macula) provoque un dysfonctionnement des cellules rétiniennes et donc, progressivement, une baisse de l'acuité visuelle. L'œdème maculaire est aujourd'hui la principale cause de malvoyance chez les patients diabétiques. »
Amélioration de la vision ?
Le traitement de la rétinopathie diabétique repose essentiellement sur le laser et les nouvelles injections intraoculaires. Le laser consiste « à appliquer des impacts de laser pour détruire la rétine périphérique mal vascularisée et stopper la production de néovaisseaux anormaux », précise le Dr Assi. « Ce traitement est aussi appliqué au centre de la rétine afin de diminuer l'œdème maculaire, dit-il. Pratiqué à temps, ce traitement extrêmement efficace peut réduire de 90 % le risque de cécité, surtout dans les cas de rétinopathie proliférante. »
Le deuxième traitement de la rétinopathie diabétique consiste « à injecter dans le corps vitré des molécules capables de réduire la sévérité de l'atteinte rétinienne et le risque de complications ». La récidive après deux à trois mois est de règle et nécessite souvent de nouvelles injections répétées d'une manière régulière.
« Les dernières études datant de 2010 montrent qu'un traitement de plusieurs mois, combiné au laser et aux injections intraoculaires, peut même améliorer la vision, explique le Dr Assi. Ce traitement doit être accompagné, bien entendu, d'un contrôle étroit du diabète, de l'hypertension artérielle et de l'hyperlipidémie. » Au Liban, tous les patients ne peuvent pas bénéficier d'un tel traitement, en raison du coût élevé des injections et du laser, qui ne sont malheureusement pas entièrement couverts par les assurances maladie ou les tiers-payants publics.
Et le Dr Assi de conclure : « Outre l'aspect financier du traitement, le principal problème identifié au Liban reste la négligence des patients qui ne se font pas examiner les yeux d'une manière régulière. Et s'ils se décident à le faire, il est souvent trop tard. Or lorsqu'un patient perd de la vision en raison de la rétinopathie diabétique, celle-ci est parfois irrécupérable. On essaie de tout faire pour arrêter la progression de la pathologie mais, malheureusement, on ne peut pas toujours rendre au patient la vision qu'il a perdue. Il est donc impératif de se prendre en main et de se faire examiner les yeux et la rétine dès que le diabète est diagnostiqué et cela pour éviter les risques de cécité. Il est également impératif que l'hypertension artérielle soit bien contrôlée, ainsi que les taux du sucre et du cholestérol dans le sang pour prévenir et diminuer le risque de développer une rétinopathie diabétique ou, si celle-ci existe déjà, pour ralentir sa progression et réduire l'incidence des complications. »
Grâce aux récents progrès de la chirurgie de la cataracte et de la rétine et au traitement continu au moyen des nouvelles injections intraoculaires, il est désormais possible d'améliorer la vision chez un grand nombre de patients. Il reste que ces derniers doivent remplir leur part du contrat et ne pas se laisser aller en négligeant le check-up régulier des yeux.

