À Abidjan, les accrochages entre les forces loyales à Laurent Gbagbo et celles fidèles à Alassane Ouattara ont été violents, hier. Jean-Philippe Ksiazek/AFP
« Cela risque de prendre quelques jours », admettait hier Issiaka Wattao, commandant des soldats de Ouattara cantonnés dans une gare de péage désaffectée située à une vingtaine de minutes d'Abidjan. « Mais nous irons jusqu'au bout. Pas question de battre en retraite », assurait-il.
Corinne Dufka, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest pour Human Rights Watch, a cité des témoignages selon lesquels de nombreux civils auraient été tués par des « snipers » pro-Gbagbo dans les quartiers de Treichville et Port-Bouët. Médecins sans frontières a, pour sa part, indiqué avoir traité 80 personnes blessées par balles au cours des deux derniers jours. Une Suédoise employée de l'ONU a par ailleurs été tuée par balle jeudi soir à Abidjan, selon le ministère suédois des Affaires étrangères, et à Yamoussoukro, capitale politique, un professeur français a été tué par balles dans son hôtel dans la nuit de jeudi à vendredi, sans que l'on sache si sa mort est liée aux combats dans le pays, ont indiqué des sources françaises.
Dans ce contexte de violences et de pillages, quelque 150 ressortissants français et 350 étrangers d'autres nationalités, dont des Libanais, ont été accueillis depuis jeudi soir sur le camp de Port-Bouët de la force française Licorne à Abidjan, selon l'état-major des armées françaises à Paris. En soirée, le ministère français de la Défense a indiqué que la force française Licorne, présente à Abidjan avec pour mission de soutenir l'Opération de l'ONU en Côte d'Ivoire et assurer la sécurité des Français et étrangers en temps de crise, a été portée de 900 à 1 100 soldats.
Appels à quitter le pouvoir lancés à Gabgbo
Les combats très intenses entre les militaires fidèles au président sortant et les Forces républicaines d'Alassane Ouattara, reconnu président par la communauté internationale, ont débuté jeudi soir à Abidjan, la métropole ivoirienne constituant l'ultime objectif des forces pro-Ouattara. Des combats qui ont débuté au quatrième jour d'une offensive lancée lundi par les Forces républicaines qui contrôlaient le nord du pays depuis 2002. Offensive foudroyante vers le Sud visant à mettre un terme à la crise née du scrutin présidentiel contesté du 28 novembre ayant fait, selon l'ONU, près de 500 morts, essentiellement des civils. Dans Le Figaro, Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique et ancien directeur de La Lettre du Continent, souligne que l'offensive des forces pro-Ouattara « témoigne d'un professionnalisme étonnant » et juge « vraisemblable que des conseillers militaires français et américains aient participé à la conception de cette opération ».
Dans ce contexte de violence, les appels à quitter le pouvoir lancés à M. Gabgbo se sont multipliés, de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) au secrétaire général de l'ONU, à la France et aux États-Unis. « La France appelle M. Laurent Gbagbo (...) à se retirer immédiatement, à faire cesser les violences et à céder le pouvoir pacifiquement au président Ouattara », a déclaré l'Élysée à l'issue d'une réunion hier. Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU à Abidjan a même offert à M. Gbagbo de « faciliter son départ si tel était son souhait ». « Il faut que Laurent Gbagbo se rende pour éviter un bain de sang », avait déjà averti jeudi soir Guillaume Soro, Premier ministre de M. Ouattara.
Mais un des porte-parole de Laurent Gbagbo a répété que ce dernier n'« abdiquerait pas ». Il « ne démissionnera » pas et « il n'en sortira pas vivant », a assuré un de ses amis les plus proches, l'ancien responsable socialiste français Guy Labertit. Hier soir, un porte-parole du gouvernement de M. Gbagbo a affirmé que celui-ci était « à sa résidence (d'Abidjan) avec toute la famille réunie » et que « toute tentative de recherche de solution par la force est sans issue ». À Paris, l'un des conseillers du président sortant, Alain Toussaint, a indiqué que Gbagbo se trouvait en Côte d'Ivoire « dans un endroit sécurisé » et qu'il pourrait « s'exprimer demain (samedi) ou après-demain » à la radio ou à la télévision dans le sens du dialogue. Laurent Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, ne s'est pas exprimé publiquement depuis des semaines. Il n'a pas non plus été vu en public depuis jeudi.
Les forces pro-Ouattara ont en outre dit avoir pris au début des combats la télévision d'État, symbole du régime, le privant ainsi d'un moyen de communication essentiel. Le signal était interrompu depuis jeudi soir.
Dans cette guerre, le camp Ouattara n'est pas exempt de critiques : l'ONU craint de « graves violations des droits de l'homme » commises par les forces pro-Ouattara, en particulier dans l'ouest du pays.
(Source : agences)

