À Abidjan, où patrouillaient encore hier les partisans de Laurent Gbagbo, les habitants restaient terrés chez eux. En soirée, le gouvernement Ouattara ordonnait la fermeture de toutes les frontières ivoiriennes. Luc Gnago/Reuters
Abidjan en proie, hier soir, à la peur. Abidjan où des tirs à l'arme lourde ont été entendus près d'un important camp de la gendarmerie fidèle au président sortant. Des rafales d'arme automatique étaient aussi signalées par intermittence, notamment dans le quartier du Plateau, qui abrite le palais présidentiel, alors que certains quartiers de la ville étaient livrés à des pillages. Des soldats de la force française Licorne (900 hommes) sont d'ailleurs intervenus à la suite de pillages dans un quartier sud de la ville où habitent des ressortissants européens, notamment français, et qui abrite de nombreux commerces. Dans ce contexte, et alors que la ville était hérissée de barrages de jeunes pro-Gbagbo, la plupart des habitants préféraient rester chez eux dans la crainte d'une bataille finale dans cette métropole d'au moins quatre millions d'habitants. « On s'est enfermés dans la chambre, ça tire très fort puis ça s'arrête », a raconté à l'AFP, la gorge nouée par l'angoisse, une habitante de Cocody (Nord), quartier chic abritant la résidence de Laurent Gbagbo et la télévision d'État RTI.
Amnesty International a mis en garde contre un risque de « violations massives des droits de l'homme » au moment où les forces d'Alassane Ouattara entreraient à Abidjan, « au bord du chaos ». À l'heure de mettre sous presse, M. Gbagbo entretenait encore le mystère sur ses intentions, livrer bataille ou se retirer. La Maison-Blanche, qui a de nouveau appelé Gbagbo à quitter le pouvoir, a demandé aux deux camps de faire de la protection des civils « leur principale priorité ».
La femme de Gbagbo fait de la résistance
Selon une source diplomatique occidentale, « l'avancée des forces de Ouattara a été étonnamment rapide » et il « reste à savoir si (...) le camp Gbagbo comprend que le jeu est fini ou s'il préfère jouer Fort Alamo ». « Nous savons que l'entourage de Gbagbo est pour une renonciation » mais « sa femme semble s'y opposer », a ajouté cette source, jugeant que « les sanctions (contre Gbagbo) ont fait leur effet. Il n'a payé personne en fin de mois ». Et la guerre psychologique n'était pas en reste, Alassane Ouattara allant jusqu'à promettre que l' « intégrité physique » de Laurent Gbagbo serait préservée s'il se rendait, selon l'ambassadeur de Côte d'Ivoire en France nommé par M. Ouattara, Ally Coulibaly.
Depuis le début de la crise post-électorale fin novembre, qui a fait près de 500 morts selon le dernier bilan de l'ONU, M. Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, a résisté aux sanctions internationales, tant politiques qu'économiques, avant que son régime ne vacille sous l'effet de la pression militaire et d'une défection de poids. Le chef d'état-major de l'armée, le général Philippe Mangou, s'est réfugié mercredi soir à la résidence de l'ambassadeur sud-africain à Abidjan. D'autres généraux se sont ralliés à Alassane Ouattara, a affirmé sur la télévision France 24 Guillaume Soro.
Dans la journée, le chef de l'ONU en Côte d'Ivoire, Choi Young-jin, avait annoncé que le blocus de l'hôtel du Golf à Abidjan - qui servait de base à Alassane Ouattara depuis l'élection présidentielle du 28 novembre - avait été levé. « Les 50 000 policiers et gendarmes armés ont tous quitté Gbagbo. Il n'y a que les forces spéciales de la garde républicaine et les Cecos (commandos de forces spéciales) » qui restent, a-t-il déclaré sur France-Info. En soirée, un responsable de l'ONU annonçait que le commandant en chef de l'aéroport d'Abidjan, à la tête d'une centaine de soldats, avait remis le contrôle de l'aéroport aux forces des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) pacifiquement.
Au quatrième jour d'une offensive éclair, les troupes de M. Ouattara présentes dans la moitié nord depuis 2002 avaient pris le contrôle de la grande majorité du pays, sans rencontrer de résistance majeure sauf dans quelques villes de l'Ouest, région natale de M. Gbagbo. Depuis le début de l'avancée lundi, les troupes de M. Gbagbo, sauf exceptions locales, ont officiellement opéré vers Abidjan un « repli » tactique. Au fil des jours, les principales villes du pays sont tombées aux mains des combattants pro-Ouattara, souvent à bord de pick-up surmontés de mitrailleuses : la capitale politique Yamoussoukro (centre) mercredi, et hier le premier port d'exportation de cacao au monde, San Pedro (Sud-Ouest).
(Source : agences)


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