Laurent Fabius lors de sa conférence de presse, hier. Photo Michel Sayegh
« Les choses bougent tellement dans la région qu'il est arrogant et imprudent d'en savoir les conséquences », affirme d'emblée M. Fabius. Mais d'une manière générale, « dans la mesure où ces mouvements vont vers la liberté, la dignité et le respect des droits de la personne, ils sont positifs », ajoute-t-il, tout en n'excluant pas l'existence de problèmes : « Dans beaucoup de pays, l'opposition a été éradiquée, sans oublier la dimension tribale, comme en Libye et au Yémen », dit-il.
M. Fabius note ainsi le fait que les mouvements de contestation dans les pays arabes sont nés d'eux-mêmes, avec la participation de la jeunesse, de la bourgeoisie quand celle-ci existe, et ce pour dénoncer la corruption, le chômage, etc. D'où l'élément positif dans ces contestations. Il observe également que ces mouvements ne se sont pas faits autour d'un mot d'ordre contre un ennemi extérieur, comme les États-Unis ou Israël, par exemple. « Globalement, ces mouvements vont dans un sens positif, a-t-il souligné. Ce qui se passe dans le monde arabe dans le sens large est à la fois surprenant et positif, surtout que toutes les femmes et tous les hommes ont le droit au respect de leur dignité », ajoute-t-il. Mais il admet qu'il faut rester très attentif pour que « personne ne confisque la liberté qui vient d'être conquise ». C'est donc aux populations elles-mêmes de faire attention, poursuit-il. Laurent Fabius réfute en outre l'argument de la menace islamiste pour interdire une ouverture vers la liberté, « parce qu'on ne peut pas éviter tous les risques possibles et imaginables, et maintenir des gens au pouvoir pendant 40 ans, accepter la corruption, etc. »
Concernant la Libye, M. Fabius a affirmé qu'il a été parmi les premiers à appeler à saisir l'ONU pour imposer une « no fly zone ». Il s'est en outre réjoui de la décision du Conseil de sécurité, tout en regrettant qu'elle ait été un peu tardive. « Si la résolution avait été adoptée plus tôt, la situation des insurgés aurait été meilleure », ajoute-t-il. « La question maintenant est de savoir vers où va-t-on ? Je vois mal comment la sécurité des civils et le respect de la démocratie pourraient être assurés avec la présence de Kadhafi au pouvoir », déclare Laurent Fabius qui craint par ailleurs des défections du côté de la coalition internationale. Selon lui, « il faut se préparer à une action de longue haleine ».
M. Fabius revient en outre sur la légitimité des frappes occidentales. « Il y a des situations extrêmes dans lesquelles il faut intervenir. Et dans le cas libyen, la population était menacée dans son existence même », estime-t-il. Selon M. Fabius, « on ne peut pas intervenir partout. Il y a des degrés différents ». Et citant Jean Jaurès, il ajoute : « Le courage est d'aller vers l'idéal et de comprendre le réel. »
Concernant la Syrie, M. Fabius a souhaité que des réformes réelles interviennent.
« En bon laïc, je suis comme saint Thomas. Je ne crois que ce que je vois. Et je propose de donner comme définition au réformateur, celui qui fait des réformes », ajoute-t-il.
M. Fabius aura des entretiens aujourd'hui avec plusieurs dirigeants libanais, espérant que sa visite contribuera à alimenter l'excellente relation entre le Liban et la France.

