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Liban - Catastrophe Naturelle

Tsunamis en Méditerranée : entre calculs des risques et analyse du passé

Le tsunami dont le monde a été témoin en direct du Japon nous rappelle que des événements similaires, bien que d'une ampleur différente, sont possibles en Méditerranée.

La terrible vague déferlant sur Sandaï. Photos DR

D'immenses vagues balayant des villages entiers, des maisons et des voitures entraînées par l'eau, comme s'il s'agissait de vulgaires jouets, des dizaines de milliers de vies perdues : le tsunami qui a frappé la région de Sandaï au Japon est pratiquement le premier que les yeux ébahis du monde entier découvrent en direct. Selon Alexandre Sursock, directeur du Centre de géophysique du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), ce tsunami peut apprendre beaucoup de leçons à tout le reste des pays.
« Il est déjà frappant que le pays le plus expérimenté au niveau de la science de sismologie, et le mieux équipé en technologies modernes, ait été si pris de court par une catastrophe d'une telle ampleur, dit-il. Il faut préciser que la zone touchée avait déjà été rasée par un tsunami en 1850, d'où le fait qu'elle est plate comme la main. Les constructions se trouvaient sur les sédiments de ce premier tsunami. »
Selon le scientifique, la fréquence accrue des très grands tremblements de terre ces dernières années pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. « Il est vrai que la sismologie est une science qui étudie surtout ces événements majeurs, mais nous ne savons toujours pas pourquoi leur fréquence est inattendue, dit-il. Il y a eu le séisme et le tsunami en Indonésie fin 2004, puis le Chili en 2009, et maintenant le Japon. Y aurait-il un changement quelconque dans la nature ? Est-ce le signe qu'une période de calme géologique relatif de quelque 5 000 ans touche à sa fin ? Nous ne sommes sûrs de rien. »
M. Sursock affirme cependant que ce dernier tsunami au Japon fournira beaucoup d'enseignements en matière de catastrophes similaires, parce que c'est le mieux documenté, et qu'il sera longuement étudié par les sismologues. La Méditerranée, selon lui, est une des régions qui devraient bénéficier de ces enseignements parce qu'elle est une zone à risques. « Le pourtour de la Méditerranée s'est épanoui à travers les âges, bien que ce soit une région dangereuse, souligne-t-il. Les événements dévastateurs y sont rares, d'où la difficulté d'y maintenir une culture de prévention de génération en génération. »
Quels seraient donc les risques d'un tsunami aussi destructeur que celui du Japon en Méditerranée ? « La Méditerranée ne peut pas produire un tremblement de terre aussi puissant que celui qui a frappé cette zone du Pacifique, explique M. Sursock. En effet, au cours de ce dernier séisme qui a frappé le Japon, la croûte terrestre s'est brisée sur une largeur d'une centaine de kilomètres et une longueur de 500 kilomètres. La superficie impliquée est donc énorme. En Méditerranée, nous ne sommes pas exposés au même danger, mais les études menées sous l'égide d'un groupe d'experts de l'Unesco dans la région montrent que de plus faibles tremblements de terre, probablement à partir de 6,5 degrés sur l'échelle de Richter, peuvent provoquer des vagues élevées. Toutefois, depuis que ce groupe se penche sur la séismicité dans la région, il y a eu cinq alertes qui n'ont pas produit de vagues déferlantes. »

Séismes historiques : ce que disent les chroniques
Le dernier tsunami à avoir frappé le Liban a eu lieu en 1856, indique Alexandre Sursock. « Il était originaire de Kios, une île grecque près de Rhodes, poursuit-il. Il avait affecté tout le bassin oriental de la Méditerranée, tout particulièrement Alexandrie. Nous n'avons pas beaucoup de données sur le littoral libanais, mais certains chercheurs parlent de dégâts à Damour et à Saïda. »
Il explique que le plus grand danger pour la Méditerranée orientale viendrait de séismes au niveau du cercle égéen, au large de la Crète ou de Chypre. De quel système d'alerte disposons-nous ? « Il y a un système d'alerte régional qui se met en place, répond-il. L'Unesco a demandé aux pays de créer des centres nationaux d'alerte aux tsunamis, mais la finalisation de ce projet bute encore sur des obstacles politiques. Toutefois, au Liban, notre centre de géophysique reçoit les alertes à temps. Le problème, c'est de savoir à qui transmettre l'information rapidement, alors que la Défense civile se trouve sans directeur général actuellement. Il faudrait, par ailleurs, installer un système d'alerte de la population composé de sirènes, d'écrans de télévision sur les routes, de systèmes de fermeture automatique des grandes industries... »
Le directeur du Centre de géophysique souligne qu'« il faudrait, au Liban, se soucier d'un tsunami en Méditerranée sans s'alarmer outre mesure, puisque le plus dangereux, qui viendrait de Rhodes, nous donnerait un délai de 80 minutes avant d'arriver sur nos côtes ». « Mais la nature peut toujours nous démentir », ajoute-t-il. Que doit-on faire sur le littoral en cas d'alerte ? « Il devrait suffire aux habitants de monter aux étages supérieurs pour se protéger, dit-il. Un tsunami causerait toutefois des dommages dans les ports et l'aéroport ».
Certains récits historiques parlent de tsunamis dévastateurs, notamment celui qui aurait suivi le célèbre tremblement de terre de 551 qui a détruit Beyrouth. « À l'époque, Beyrouth était une ville très importante dans le monde byzantin, explique Sursock. Sa destruction a donc pris de l'ampleur dans les chroniques historiques, sachant que le témoin contemporain le plus direct se trouvait en Alexandrie. On n'est donc pas sûr de la thèse du tsunami, d'autant plus qu'aucun récit de destruction d'autres villes sur le littoral libanais n'a été relaté. »
« La montagne libanaise est très compliquée, poursuit-il. Voilà pourquoi, à mon avis, on ne peut pas déterminer de cycle de fréquence des grands tremblements de terre dans cette région. Dans l'Antiquité, Poséidon, dieu de la mer, était le dieu de cette partie du monde. Les tremblements de terre marins étaient une manifestation de ses colères, selon les croyances de l'époque. Or les textes montrent que les populations vivaient dans une hantise de ces événements. Ceux-ci auraient-ils été plus fréquents qu'aujourd'hui ? Sur un autre plan, en 1202 a eu lieu le dernier grand séisme sur la faille de Yammouné (d'une longueur de 200 kilomètres, sous le Mont-Liban). Bien que ce fût un tremblement terrestre, il aurait produit un tsunami, mais personne ne s'y est encore intéressé de près. »
M. Sursock insiste sur le fait que les séismes ne peuvent être prévus à l'avance, démentant les informations diffusées de temps à autre sur l'imminence d'un séisme d'envergure. Il confirme cependant le risque sismique au Liban et dans la région. « Le plus important, quand on parle de séismes, c'est de prévoir des mesures pour faire face aux conséquences économiques et sociales, dit-il. Une chose est sûre, nous nous retrouverons tous plus pauvres au prochain événement de cette ampleur. La seule façon de se protéger réellement est d'inclure, dans les polices d'assurance individuelles et au niveau national, le risque sismique. »
D'immenses vagues balayant des villages entiers, des maisons et des voitures entraînées par l'eau, comme s'il s'agissait de vulgaires jouets, des dizaines de milliers de vies perdues : le tsunami qui a frappé la région de Sandaï au Japon est pratiquement le premier que les yeux ébahis du monde entier découvrent en direct. Selon Alexandre Sursock, directeur du Centre de géophysique du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), ce tsunami peut apprendre beaucoup de leçons à tout le reste des pays.« Il est déjà frappant que le pays le plus expérimenté au niveau de la science de sismologie, et le mieux équipé en technologies modernes, ait été si pris de court par une catastrophe d'une telle ampleur, dit-il. Il faut préciser que la zone touchée avait déjà été rasée par un tsunami en 1850, d'où le fait...
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