Des véhicules appartenant aux forces loyales à Kadhafi frappés de plein fouet lors d’un raid aérien mené par la coalition.Goran Tomasevic/Reuters
La première phase de frappes aériennes est « un succès » et a permis d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, a déclaré hier le plus haut gradé américain, l'amiral Michael Mullen, assurant que les pro-Kadhafi n'avançaient plus vers le fief des insurgés, Benghazi, situé à un millier de km à l'est de Tripoli. La coalition, avec à sa tête les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, était passée à l'offensive samedi en bombardant par air et par mer des objectifs militaires libyens. L'intervention a débuté par une frappe aérienne française à samedi à 16h45 GMT.
Sur le terrain, les forces de la coalition ont poursuivi hier l'opération militaire, baptisée « Aube de l'Odyssée » par le Pentagone. L'Italie, la Belgique et l'Espagne ont annoncé leur participation à l'opération, le Qatar étant le premier pays arabe à s'y joindre avec quatre avions. La France a fait appareiller hier du port méditerranéen de Toulon son porte-
avions Charles-de-Gaulle.
Après la première vague de frappes contre les défenses antiaériennes et des blindés près des lignes des insurgés, la prochaine étape consistera, selon l'amiral Mullen, à attaquer les lignes de ravitaillement des pro-Kadhafi pour limiter leur capacité à se battre. « Ses forces sont plutôt éparpillées entre Tripoli et Benghazi et nous allons essayer de couper le soutien logistique à partir de demain », a précisé l'amiral. Les frappes n'ont pas pour objectif de « chasser Kadhafi du pouvoir » mais de « protéger les civils » libyens, a assuré M. Mullen. Il a précisé que les États-Unis « surveillaient de très près » les stocks de gaz moutarde en possession du colonel Kadhafi estimant qu'il « pourrait faire beaucoup de dégâts avec ».
En soirée, le système de défense antiaérienne déployé à Tripoli est entré en action, notamment dans le secteur de la résidence-caserne du colonel Kadhafi à Bab al-Aziziya, dans le sud de la capitale. À l'ouest de Benghazi, des frappes contre des véhicules militaires des forces de Kadhafi ont eu lieu hier à l'aube.
En soirée, le porte-parole de l'armée libyenne a annoncé un nouveau cessez-le-feu alors que le dirigeant libyen avait assuré samedi qu'une telle mesure n'était plus à l'ordre du jour en raison de l'offensive de la coalition.
« Nous sommes les victorieux, vous êtes les vaincus. Nous ne nous replierons pas du champ de bataille », avait proclamé dans la matinée le dirigeant libyen, au pouvoir depuis près de 42 ans, dans un message sonore, le deuxième depuis le début de l'opération militaire internationale, lancée en vertu de la résolution 1973 de l'ONU adoptée jeudi soir. « Nous avons du souffle. Nous allons vous combattre. Nous ne vous laisserons pas notre terre », a poursuivi le colonel Kadhafi, engagé dans un bras de fer avec la communauté internationale et prévoyant une « longue guerre ».
Un de ses fils, Seif el-Islam, a cependant exclu hier d'abattre des avions civils en Méditerranée. « Ce n'est pas notre objectif », a-t-il déclaré, interrogé sur les menaces proférées la veille par son père qui avait juré de s'attaquer à « tout objectif civil ou militaire » en Méditerranée.
L'intervention militaire était souhaitée par l'opposition libyenne, surtout depuis la reprise ces derniers jours par les forces gouvernementales de plusieurs villes sous contrôle des rebelles.
« L'usage de la force n'était pas l'option qui avait notre préférence », avait déclaré le président américain Barack Obama. « Mais nous ne pouvons pas rester les bras ballants quand un tyran dit à son peuple qu'il sera sans pitié. »
Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a toutefois critiqué les bombardements estimant qu'ils s'écartaient « du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne ».
La Russie et la Chine ont regretté l'intervention, le Japon apportant en revanche son soutien à l'attaque. Le comité de l'Union africaine sur la Libye a appelé à cesser les hostilités tout comme le président vénézuélien Hugo Chavez et le Bélarus.
Alors que l'opération militaire semblait imminente samedi, les forces de M. Kadhafi avaient attaqué Benghazi. Plus de 90 personnes ont été tuées, selon des sources hospitalières.
Enfin, la chaîne de télévision du Qatar al-Jazira a affirmé que quatre de ses journalistes étaient détenus par les autorités à Tripoli. Deux journalistes de l'AFP sont portés disparus depuis vendredi soir.
(Source : agences)

