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Nos lecteurs ont la parole

Jérusalem et le labyrinthe

Wassim HENOUD
En mai 1967, des amis invitèrent mon père à se joindre à eux pour visiter Jérusalem. Étant enseignant, il leur demanda de repousser le voyage jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ils durent partir sans lui, et la guerre de juin de cette année aidant, mon père quitta cette vie sans avoir jamais pu visiter la Ville sainte ; une amertume qu'il tut, mais qui ne cessa de me hanter.
Depuis, beaucoup d'amis étrangers m'ont raconté l'expérience d'extase spirituelle qu'ils ont vécue en parcourant Jérusalem sur les pas du Christ. Je pouvais difficilement leur reprocher de visiter la cité divine qui ploie sous la botte israélienne ; en fait, j'avoue que je les enviais.
À Chartres, à l'ouest de Paris, se dresse une des plus belles cathédrales qu'il m'ait été donné de visiter. À l'entrée, sur les pavés, se déroule un superbe labyrinthe. Il est le centre de beaucoup d'études savantes, mais le commun des mortels le connaît sous le nom de « Chemin de Jérusalem » car au temps des croisades, nombreux étaient ceux qui, ne pouvant aller en Terre sainte, parcouraient le labyrinthe par substitution, faute de pouvoir partir. Son parcours, fait à genoux, prenait autant de temps que de marcher une lieue, d'où son autre nom : « la Lieue » (site Web de la cathédrale)
Mais la copie, aussi belle soit-elle, ne vaudra jamais l'original, l'édulcorant ne rivalisera jamais avec le miel, ni l'ersatz avec le café.
Les sionistes l'ont si bien compris que, 75 ans avant que ne puisse éclore la graine qu'ils désiraient, ils avaient déjà en Palestine l'équivalent de la superficie du réduit chrétien en 1988, mais aussi de vastes terres en Argentine. Par une ambition servie par une foi sans faille, c'est sur le Levant que se porta leur choix, et ils nous ont, pour notre grand malheur, arraché les Lieux saints.
Aujourd'hui, la foi en eux-mêmes renaît chez les chrétiens du Liban et chez les maronites en particulier. Ils n'ont aucune ambition territoriale façon sioniste car, contrairement à cette diaspora juive regroupée en Palestine, ils sont chez eux partout où leurs grands-parents ont établi leur présence. Ils sont surtout en paix avec eux-mêmes. Chez eux, plus de mentalité ni de complexe du ghetto où s'amasserait un peuple élu. Qui, des petits chefs d'enclos où ils s'enferment, pourra décemment leur disputer leur gloire renaissante ?
Le 9 février 2011, 12 000 pèlerins libanais et 3 000 syriens, toutes confessions confondues, se sont rencontrés à Brad pour célébrer le culte de saint Maron. Ça se passait à 45 minutes d'Alep, dans un hameau d'une terre désolée, que saint Maron sanctifia par une vie de prières et de service, il y a déjà seize siècles. J'ai eu l'honneur et la joie infinie de me joindre à eux. J'ai eu droit ainsi à une bonne vieille messe maronite, superbement bien chantée. L'autel était recouvert de calices remplies d'hosties à ras bord - 15 000 communiants, ce n'est pas peu. Je suis même certain qu'il y a eu ce 9 février plus de gens qui ont célébré la fête de saint Maron à Brad que dans toutes les églises maronites réunies.
Je conserve en moi le souvenir exquis de la première vraie célébration de la Saint-Maron à laquelle il m'ait été donné d'assister en un demi-siècle. Et de tout cœur, je remercie le général Michel Aoun qui, par sa foi inébranlable, a déplacé la montagne de nos peurs et de nos appréhensions pour nous amener à revenir de nouveau fouler les terres de nos ancêtres. Quand à ceux qui le dénigrent, je leur souhaite de se joindre à nous l'année prochaine. Qui sait, tels d'innombrables saint Paul, ils pourraient être touchés par la grâce.
Wassim HENOUD
En mai 1967, des amis invitèrent mon père à se joindre à eux pour visiter Jérusalem. Étant enseignant, il leur demanda de repousser le voyage jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ils durent partir sans lui, et la guerre de juin de cette année aidant, mon père quitta cette vie sans avoir jamais pu visiter la Ville sainte ; une amertume qu'il tut, mais qui ne cessa de me hanter.Depuis, beaucoup d'amis étrangers m'ont raconté l'expérience d'extase spirituelle qu'ils ont vécue en parcourant Jérusalem sur les pas du Christ. Je pouvais difficilement leur reprocher de visiter la cité divine qui ploie sous la botte israélienne ; en fait, j'avoue que je les enviais.À Chartres, à l'ouest de Paris, se dresse une des plus belles cathédrales qu'il m'ait été donné de visiter. À l'entrée, sur les pavés, se déroule un superbe...
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