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Liban - Éclairage

Radicalisation... en attendant l’acte d’accusation

Pourquoi toute cette mobilisation ? C'est la question que se posent de nombreux Libanais en voyant - et en entendant - Saad Hariri ces derniers jours. Si on peut aisément comprendre son souci d'attirer un maximum de partisans pour le rassemblement du 13 mars, on se demande par contre pourquoi il continue à organiser des meetings à Tripoli et demain, peut-être, ailleurs. Concernant le rassemblement du 13 mars, il était clair que le Premier ministre chargé des affaires courantes avait besoin de montrer à tous ceux qui avaient prédit - ou qui souhaitaient - sa fin politique qu'il était toujours dans la course et même plus populaire que jamais, en dépit de la défection de certaines figures du 14 Mars, comme Walid Joumblatt, ou de certaines personnalités qu'il classait parmi les alliées, comme Nagib Mikati et Mohammad Safadi. Après la chute du gouvernement et la « Journée de la colère » qui a suivi, il devait réussir ce rendez-vous. Mais dans ce cas, pourquoi poursuivre la mobilisation à Tripoli ? Des sources proches du Courant du futur révèlent que cette démarche a été rendue nécessaire par la faible participation tripolitaine au rassemblement du 13 mars en dépit de la visite d'Ahmad Hariri dans la ville pour motiver les habitants. Les mêmes sources précisent que même si Saad Hariri place officiellement sa visite de trois jours dans la capitale du Nord sous le signe des remerciements aux habitants, son objectif officieux est de chercher à « reprendre la main » dans cette ville, après « la Journée de la colère » et l'accueil populaire chaleureux réservé au Premier ministre désigné lorsqu'il s'est rendu dans sa ville natale, il y a une dizaine de jours. En essayant de retrouver son bastion du Nord, Saad Hariri voudrait surtout priver Mikati de sa légitimité populaire et l'affaiblir au point de le pousser à renoncer à la fonction.
Car de nombreux analystes politiques estiment que l'objectif ultime de toute la démarche du 14 Mars reste le même : obtenir la démission de Mikati, qui ouvrirait la voie au retour de Saad Hariri à la tête du gouvernement, mais cette fois dans de nouvelles conditions.
Des sources de la majorité ajoutent que l'étape suivante pour le 14 Mars est la publication de l'acte d'accusation, pour « booster » son action et accélérer la démission de son rival. Toutefois, ces mêmes sources affirment que le plan prévu devra attendre car cette publication serait retardée. La remise par le procureur Bellemare d'une copie amendée au juge Fransen le 11 mars prolonge le délai accordé à ce dernier pour étudier les éléments nouveaux qui lui ont été remis. Les sources de la nouvelle majorité, convaincues de la politisation de l'acte d'accusation, affirment que la publication de celui-ci pourrait être reportée pour une période indéterminée. Ces sources précisent qu'aux yeux des États-Unis, l'acte d'accusation a un double objectif, le premier interne libanais et le second régional. Concernant le premier objectif, le gouvernement d'union nationale ayant démissionné, la publication de l'acte d'accusation ne provoquerait plus le bouleversement interne requis et ne changerait rien au rapport actuel des forces internes. De même, sur le plan régional, la publication de l'acte d'accusation est destinée à mettre en cause la Syrie et l'Iran. Or dans le climat actuel et avec les troubles un peu partout dans le monde arabe, la publication de cet acte ne pourrait que compliquer encore plus une situation déjà bien confuse. C'est pourquoi, estiment les sources du 8 Mars, la tendance serait donc à un report sans date limite. Dans ce cas, la volonté de Saad Hariri de mobiliser ses troupes ne serait pas pour l'instant suivie d'un véritable plan d'action et viserait uniquement à lui permettre de continuer à occuper la scène politique, dans l'attente du moment propice pour agir.
D'autres sources, plus ou moins indépendantes, estiment au contraire que la radicalisation des positions du 14 Mars est liée à une publication prochaine de l'acte d'accusation qui, en impliquant probablement des personnalités syriennes et iraniennes en plus des Libanais, permettrait d'accélérer le processus d'effritement de ces régimes dans le cadre de la vague actuelle de soulèvements populaires dans la région. Ces sources précisent que de nouvelles fuites laissent entendre que l'élément de preuve majeur n'est plus les communications téléphoniques mais consisterait dans des empreintes digitales relevées dans des lieux compromettants... Si cette version est vraie, la campagne de Saad Hariri sera doublement utile si l'acte d'accusation est publié rapidement alors que les tensions tant régionales - surtout entre chiites et sunnites - qu'internes sont exacerbées.
Reste encore une troisième possibilité, à savoir que l'acte d'accusation suive un processus purement juridique, indépendant des développements locaux et régionaux. Dans ce cas, la bataille du 14 Mars pour le retour de Saad Hariri au pouvoir et la justice internationale n'auraient aucun lien entre elles et suivraient des chemins tout à fait séparés. Peut-on encore y croire ?
Pourquoi toute cette mobilisation ? C'est la question que se posent de nombreux Libanais en voyant - et en entendant - Saad Hariri ces derniers jours. Si on peut aisément comprendre son souci d'attirer un maximum de partisans pour le rassemblement du 13 mars, on se demande par contre pourquoi il continue à organiser des meetings à Tripoli et demain, peut-être, ailleurs. Concernant le rassemblement du 13 mars, il était clair que le Premier ministre chargé des affaires courantes avait besoin de montrer à tous ceux qui avaient prédit - ou qui souhaitaient - sa fin politique qu'il était toujours dans la course et même plus populaire que jamais, en dépit de la défection de certaines figures du 14 Mars, comme Walid Joumblatt, ou de certaines personnalités qu'il classait parmi les alliées, comme Nagib Mikati et Mohammad Safadi....
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