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Liban - Coups D’Épingle

Art pour art

Le général Michel Aoun sait parfaitement que l'argumentation qu'il a développée mardi sur la légitimité des armes du Hezbollah ne tient pas la route. Il le sait parce qu'il lui est arrivé, à lui aussi, de combattre avec virulence cette argumentation.
Il sait très bien qu'on ne peut pas, qu'on n'a pas le droit de retourner le bon sens au point de considérer ceux qui portent des armes comme des serviteurs de la paix civile et ceux qui sont désarmés comme des « incitateurs à la discorde ». Il est pourtant vrai que dans un pays où l'habitude d'inverser les normes est devenue une seconde nature, on a même vu un Nagib Mikati se donner ce droit, pour d'évidentes raisons politiciennes ; un Mikati qui, en d'autres lieux, d'autres temps et d'autres circonstances, serait un parangon de modération et de sérénité.
Michel Aoun sait parfaitement que tous les fondements de cette argumentation reposent sur une imposture masquant une idéologie politico-religieuse qu'il ne partage aucunement et contre laquelle il mobiliserait jusqu'au dernier de ses partisans s'il se retrouvait seul face à elle. Il le sait et, pourtant, il s'y résigne, parce que le combat qu'il mène ne se livre pas au grand jour et qu'il a son code secret.
Mais croit-il vraiment lui-même à ce combat qu'il n'a rejoint qu'il y a quelques années, à cette alliance des minorités qui est la négation de l'entité libanaise et de son corollaire immédiat, l'État libanais ? N'y a-t-il pas quelque chose qui, dans ce domaine, distingue la démarche du général de celle des autres porte-voix de cette alliance à la fois infra et supra-étatique, de Hassan Nasrallah à Élie Ferzli, en passant par Nabih Berry et Sleimane Frangié (et occasionnellement Walid Joumblatt) ?
Le cas du général ne tient-il pas plutôt d'une équation plus intrinsèquement politicienne et liée à des traits personnels hors normes ? N'ayant pu être le chef (des chrétiens) ici, n'a-t-il pas voulu l'être là ? Ne donne-t-il pas l'impression de quelqu'un qui cherche non pas à mener un combat bien déterminé, mais plutôt à être le meneur d'un combat, n'importe lequel, et qui donc prend ce qu'on lui laisse ?
Si ces questions méritent d'être posées, c'est précisément à cause de l'acharnement et de la fougue dont Michel Aoun faisait preuve lorsqu'il conduisait lui-même le combat de l'entité et de l'État libanais contre l'alliance des minorités.
D'aucuns diront quand même que ce questionnement est injuste et que le général n'a rien d'un opportuniste. Non, en effet, il n'a rien d'un opportuniste ordinaire. Tout en lui est extraordinaire. Même le souffle révolutionnaire que nombre d'admirateurs lui prêtent se distingue fondamentalement de ses prédécesseurs en ce domaine. Danton, Robespierre, Lénine et Mao, pour ne citer que les plus célèbres, avaient un programme, bon pour les uns, mauvais pour les autres, mais qui disait par avance non seulement ce qu'il faudra détruire, mais aussi par quoi il faudra le remplacer.
Son programme à lui se divise en deux volets : le premier, écrit, est un manifeste d'économie libérale qui n'a presque rien à ajouter - ni à retrancher - au haririsme économique ; le second, oral, est une interminable litanie d'insultes contre l'adversaire, accusé d'être un menteur, un voleur et un traître...
Certes, il reste la « société résistante », le projet de stratégie défensive présenté à la conférence de dialogue national et qui se propose tout bonnement de faire du peuple libanais tout entier une force d'appoint au service de l'idéologie et du projet iraniens dans la région ; mais une force d'appoint qui a ceci de particulier : c'est elle qui prend tous les coups !
Ce réjouissant projet, par certains aspects similaire à celui que le colonel Kadhafi met en œuvre à l'heure actuelle en Libye, n'est en réalité qu'un immense effort de synthèse artificielle déployé par le général pour justifier a posteriori son alliance avec le Hezbollah. Et s'agissant de cette alliance, peut-on ne pas constater sa dérive fusionnelle, au point où le parti de Dieu en est arrivé à réussir le tour de force de pouvoir s'exprimer - et diffuser ses ukases - en dormant ?...
... Ou en faisant semblant de dormir, comme c'est le cas actuellement, pour ne pas gêner les tractations en complet veston de M. Mikati, dont le pari est de réussir pour son gouvernement une impossible alchimie : comment satisfaire le Hezbollah en restant « fréquentable » ?
Mais ce qu'il faut savoir, c'est que cette idylle fusionnelle est à double tranchant, car à force de faire pareil, on finira bien par supprimer dans la perception d'autrui toute distinction d'identité entre Michel Aoun et le parti de Dieu. En effet, les efforts titanesques que déploie le Hezbollah pour ne pas répondre aux slogans du 14 Mars seraient totalement vains dès lors que c'est son clone qui parle...
... Et qui parle tant et si bien qu'on pourrait se demander, selon la même logique, s'il ne fait pas tout pour aider le 14 Mars...
Le général Michel Aoun sait parfaitement que l'argumentation qu'il a développée mardi sur la légitimité des armes du Hezbollah ne tient pas la route. Il le sait parce qu'il lui est arrivé, à lui aussi, de combattre avec virulence cette argumentation. Il sait très bien qu'on ne peut pas, qu'on n'a pas le droit de retourner le bon sens au point de considérer ceux qui portent des armes comme des serviteurs de la paix civile et ceux qui sont désarmés comme des « incitateurs à la discorde ». Il est pourtant vrai que dans un pays où l'habitude d'inverser les normes est devenue une seconde nature, on a même vu un Nagib Mikati se donner ce droit, pour d'évidentes raisons politiciennes ; un Mikati qui, en d'autres lieux, d'autres temps et d'autres circonstances, serait un parangon de modération et de sérénité.Michel Aoun...
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