Il n'aura fallu au collège électoral ecclésiastique que six jours, sur un délai de 15, pour faire son choix. Alors que 50 jours après sa désignation, le président Nagib Mikati peine encore à former son gouvernement. Essentiellement parce que les dirigeants du 8 Mars ne l'aident pas dans sa tâche. Bien au contraire même en ce qui concerne le général Michel Aoun qui maintient un haut plafond d'exigences quantitatives et qualitatives. La question étant de savoir si ses alliés, le Hezbollah et Amal notamment, vont se décider à tenter de l'amener à composition.
Ils y semblent en tout cas décidés. Car les cadres du 8 Mars, et leurs partenaires, estiment que désormais, la première riposte logique à l'impact certain du rassemblement souverainiste du 13 mars reste la mise sur pied rapide d'un cabinet animé par la nouvelle majorité. C'est le but de l'activité récente centrée sur la résidence de Walid Joumblatt à Clemenceau. Il y a reçu la visite d'une délégation du Hezbollah dirigée par Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du parti, puis de Gebran Bassil, bras droit du général Michel Aoun. Parallèlement, sayyed Hassan Nasrallah et le président Nabih Berry ont dépêché leurs conseillers respectifs, Hajj Hussein Khalil et le député Ali Hassan Khalil, auprès du président Mikati qui a en outre fait le point avec son allié de Tripoli, le ministre Mohammad Safadi. À la lumière du rassemblement dominical du 14 Mars et des discours qui y ont été prononcés. Il reste que la principale rencontre attendue doit mettre sous peu en présence le président du Conseil désigné et le général Aoun.
Des sources du 8 Mars reconnaissent que leur camp se trouve confronté à un défi considérable après l'important meeting commémorant le sixième anniversaire de la révolution du Cèdre, place des Martyrs. Elles soulignent la nécessité de relever le gant à travers la formation d'un cabinet capable, prêt à surmonter le double obstacle du refus de participation ainsi que de l'opposition acharnée du 14 Mars. Ainsi que le déclare Mohammad Raad, la nouvelle majorité tient, malgré le dos tourné du 14 Mars, à former une équipe empreinte d'un esprit d'unité nationale et de partenariat effectif. Il ajoute que la main du 8 Mars reste tendue au 14 Mars, le Hezbollah et d'autres pôles de la nouvelle majorité refusant l'option d'un cabinet monochrome. Pour une formule de rassemblement s'appuyant sur les composantes actives de la société. Ce qui rejoint les vues du chef de l'État qui a clairement fait savoir qu'il ne signerait pas le décret de constitution d'un gouvernement monochrome. Dès lors, les visiteurs de Verdun confirment que le président Mikati compte faire appel à des technocrates indépendants, en préservant, sur le plan politique, des parts à la nouvelle majorité ainsi qu'au président de la République et à lui-même.
Le communiqué du CCG
Cela étant, le Conseil de coopération du Golfe a proclamé son appui au président Mikati pour la formation rapide d'un gouvernement, en vue de consolider la stabilité du Liban, sur base de Taëf et de Doha. Des députés du 14 Mars pensent que la nouvelle majorité a mal lu ce communiqué qui appelle, en citant Taëf et Doha, à un partenariat effectif rejetant le gouvernement monochrome. La référence à Doha, précisent ces opposants, signifie en fait qu'en intégrant le 14 Mars au gouvernement, il faudrait lui concéder le tiers de blocage, comme cela avait été le cas après la conférence. Or le 8 Mars a refusé d'y souscrire, donc d'accepter un cabinet d'union nationale. Ces cadres ajoutent que le camp majoritaire n'a voulu voir dans la prise de position du Golfe qu'un soutien au président Mikati, et au 8 Mars, face à Saad Hariri et au 14 Mars, ce qui n'obéit pas à la logique de l'histoire. Qui veut que les Arabes modérés, les Saoudiens en tête, défendent le principe d'un Liban indépendant et souverain. D'autant qu'ils viennent d'intervenir physiquement à Bahreïn, ce qui a irrité l'Iran.
Il reste que le 8 Mars souligne la nécessité d'un gouvernement rapide pour faire face à l'agressivité croissante dont fait montre Israël, qui multiplie les transgressions maritimes et aériennes de la 1701, sous prétexte de préserver ses droits pétroliers en mer.
Un point de vue que Damas semble partager. Selon ses proches du cru, le régime syrien souhaiterait que le nouveau gouvernement libanais soit formé dès vendredi ou samedi. Il reste un point : le Hezbollah, pour faciliter la formation, et pour éviter quelques pièges, serait disposé à laisser sa part gouvernementale au président Nabih Berry et au général Michel Aoun.

