À Ras Lanouf, une usine pétrochimique en feu après avoir essuyé des raids de l’aviation. La ville a été reconquise aux rebelles par les forces loyales à Mouammar Kadhafi. Mahmud Turkia/AFP
Après al-Uqaila sur la route côtière et la localité d'al-Bicher un peu plus à l'est, les forces gouvernementales ont atteint Brega, site pétrolier stratégique à quelque 240 km de Benghazi, ville où siège le Conseil national de transition regroupant l'opposition. Aux cris de « Allahou akbar », des dizaines de rebelles ont fui Brega à bord de véhicules transportant des batteries antiaériennes, en direction d'Ajdabiya. Ils se sont engagés à défendre vaillamment cette dernière ville « vitale » et « stratégique », car elle constitue le dernier verrou avant leur fief de Benghazi. « Les groupes terroristes fuient sous nos raids. Nous avons libéré Zawiyah, al-Uqaila, Ras Lanouf, Brega, et l'armée marche pour purger le reste des régions », a déclaré hier soir un porte-parole de l'armée libyenne, le colonel Milad Hussein.
À Benghazi, deuxième ville du pays à un millier de kilomètres à l'est de Tripoli, l'euphorie des premières semaines de la révolte a fait place à l'inquiétude. « Nous avons peur de ce qui va arriver, peur de bombardements », a déclaré Mohammad Gepsi, un ancien fonctionnaire. Toutes les lignes de téléphones portables étaient coupées, et les regards tournés vers l'étranger : « Les Occidentaux vont nous sauver. Avec l'aide de Dieu et avec l'imposition d'une interdiction de survol du pays, nous allons reprendre l'avantage », espérait Abdul Salam Elamari, un employé de bureau. Un petit-neveu de l'ancien roi Idris Ier, Ahmad al-Zoubair el-Senoussi, qui a passé 31 ans dans les geôles du régime, a appelé « le monde à aider, à apporter tout le soutien possible, aussi vite que possible ». « C'est nous qui combattrons, mais nous avons besoin de soutien », a déclaré ce septuagénaire.
Dans l'Ouest, les rebelles contrôlaient toujours Misrata, à 150 km à l'est de Tripoli, mais des tirs d'armes automatiques résonnaient aux abords de la ville, selon un habitant. « Nous allons purger cette ville bientôt », a assuré le colonel Hussein. À Tripoli, selon l'organisation Human Rights Watch, les forces gouvernementales répriment toute opposition « avec brutalité », à coups d'arrestations arbitraires, de disparitions forcées, voire de tortures. Des dizaines de manifestants anti-Kadhafi, de personnes soupçonnées d'avoir critiqué le régime ou fourni des informations à l'étranger, ont été arrêtés et le sort de beaucoup d'entre eux reste un mystère, a déploré HRW, citant des témoignages.
Par ailleurs, un responsable d'el-Qaëda, Abou Yahya al-Libi, a appelé les insurgés à poursuivre leur combat « sans hésitation et sans peur afin de plonger Kadhafi dans l'abysse de la souffrance », dans un enregistrement vidéo diffusé hier sur des sites islamistes. Il s'agit de la première réaction d'el-Qaëda depuis le début de l'insurrection le 15 février, que le colonel Kadhafi a régulièrement imputée au réseau d'Oussama Ben Laden.
En outre, pour la première fois depuis le début du conflit, un média étranger, la chaîne satellitaire qatarie al-Jazira, a annoncé la mort d'un de ses journalistes en Libye, un cameraman tué samedi dans une embuscade près de Benghazi.
Entre-temps, la communauté internationale semblait lente à agir. Après des réunions de l'OTAN et de l'Union européenne, qui n'ont abouti à aucune décision concrète, une rencontre ministérielle du G8 est prévue aujourd'hui à Paris. Sur le plan humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé hier avoir envoyé depuis la Jordanie sept camions chargés de nourriture et de médicaments vers Benghazi. Dix camions supplémentaires doivent partir mercredi et vendredi. La répression sanglante de la révolte a fait des centaines de morts et poussé à la fuite plus de 250 000 personnes. À la frontière tunisienne, des milliers de réfugiés fuyant le chaos continuaient à affluer. Entre 500 et 700 réfugiés ghanéens, pour la plupart sans papiers, se sont retrouvé bloqués dans la zone tampon entre les deux pays.
Enfin, la Compagnie pétrolière nationale libyenne a annoncé hier que les ports pétroliers étaient désormais « sûrs » et « opérationnels », et demandé aux sociétés étrangères de reprendre les exportations de brut.
(Source : AFP)


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