Certes, on ne peut occulter le lancement, par l'association Kafa, soutenue par l'Union européenne, d'une campagne médiatique pour sensibiliser la population à la discrimination envers la femme libanaise au niveau de son statut civil. Pas plus qu'on ne peut faire l'impasse sur le lancement par l'UNFPA, en collaboration avec le ministère des Affaires sociales et la société civile, de quatre études sur la violence faite aux femmes.
Mais les femmes libanaises n'ont pas vraiment de quoi tirer fierté de leur action, ce jour-là. Surtout les jeunes, qui se disent militantes, mais qui n'ont même pas été fichues de braver la pluie pour donner du poids aux deux manifestations féministes maigrichonnes qui se sont déroulées en fin d'après-midi. Car c'est bien en fin d'après-midi, à la tombée de la nuit, qu'ont défilé les féministes, dont certaines déguisées en hommes. Après leur travail, après leur shopping, en fin de liste de leurs priorités, quoi ! Et sans la moindre synchronisation.
Allez comprendre pourquoi !
Piètre tableau qu'elles ont donné de leur capacité à défendre la cause de la femme libanaise ; de leur détermination à faire entendre sa voix et ses revendications. Désolante scène que ces quelques dizaines de femmes seulement, ici ou là, qui n'ont réussi à convaincre personne. Car pas vraiment déterminées à remuer ciel et terre pour obtenir leurs droits, pas même unies pour leur cause, incapables de mobiliser Madame et Monsieur Tout-le-Monde.
Est-elle seulement consciente, la femme libanaise, des conséquences de son inertie sur son avenir familial et professionnel ? Des mille et une discriminations qu'elle devra continuer à subir au quotidien, dans son mariage, dans son divorce, dans son héritage, dans son travail, dans sa chair même, sans parler des répercussions sur ses
enfants ? Visiblement pas.
Qu'espère-t-elle donc ? Obtenir ses droits sur un plateau d'argent en attendant que d'autres se démènent pour elle ? Compte-t-elle sur l'homme pour lui concéder des semblants de droits, quelques concessions par-ci par-là, histoire de lui rabattre le caquet pour quelques années encore ?
Ou est-elle trop engagée à soutenir tel ou tel homme politique pour s'intéresser sérieusement à sa propre liberté et sa dignité ; à ses droits, tout simplement ?
Et dire qu'au Japon, la plus importante société de courtage financier, Nomura, a annoncé, à l'occasion de la journée internationale de la femme, la nomination d'une femme au poste de directeur financier. En Italie aussi, les femmes étaient à l'honneur ce 8 mars : les musées publics et les sites archéologiques leur ont ouvert leurs portes gratuitement. En Bulgarie, également, les femmes se sont vu offrir des fleurs, qui par leurs collègues, qui par leurs époux, qui par leurs fils.
Mais au Liban, on en est encore à se demander comment faire parvenir le message pour mobiliser une gent féminine passive et désintéressée et pour impliquer l'homme qui n'en a que faire des gesticulations féministes.
Un véritable gâchis !

