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Liban - Événement

Le 4e congrès du 14 Mars accouche d’un véritable programme politique

« Tous ensemble » contre le diktat des armes illégales...

On reconnaît, de g. à d., Georges Adwan, Nayla Moawad, Farid Makari, Saad Hariri, Farès Souhaid, Samir Frangié et Boutros Harb. Photo Marwan Assaf

C'est en présence de plus de 250 députés, ministres, chefs de partis, personnalités de la société civile, journalistes et cadres supérieurs que s'est tenu hier après-midi à l'hôtel Bristol le 4e congrès du 14 Mars afin de définir le plan d'action de la coalition souverainiste au cours de l'étape nouvelle dans laquelle s'engage le pays. L'ensemble des pôles du 14 Mars étaient présents, notamment le président Amine Gemayel, le Premier ministre sortant, Saad Hariri, le vice-président de la Chambre, Farid Makari, et MM. Fouad Siniora, Samir Geagea, Dory Chamoun, Carlos Eddé, ainsi que les députés et ministres du 14 Mars.
Le leitmotiv de cette rencontre a été sans conteste le refus de la tutelle des armes du Hezbollah et l'attachement aux constantes nationales de la révolution du Cèdre et à la légalité internationale, plus particulièrement le Tribunal spécial pour le Liban. Le coordinateur du secrétariat général du 14 Mars, Farès Souhaid, a ouvert la séance par une courte allocution dans laquelle il a rappelé les débuts de la révolution du Cèdre, au printemps 2005, à l'occasion des réunions qui se tenaient au Bristol. Il a évoqué à cette occasion les agissements du régime syrien à l'égard du Liban et le comportement du pouvoir sécuritaire libano-syrien, évoquant le souvenir des martyrs de la révolution du Cèdre. Il a également rendu un hommage marqué au patriarche Nasrallah Sfeir, affirmant en outre que le 14 Mars s'opposera à la tutelle des armes du Hezbollah de la même façon qu'il s'était opposé à la tutelle syrienne, obligeant les troupes de Damas à se retirer du Liban.

La précision de Geagea
L'ancien député Samir Frangié a ensuite dirigé le débat qui a porté sur la teneur du document de travail définissant la ligne de conduite politique que suivra le 14 Mars au cours de la prochaine étape (voir par ailleurs). Plusieurs personnalités présentes, dont notamment MM. Dory Chamoun et Carlos Eddé, ont souligné sur ce plan la nécessité de traduire par une action concrète, continue et soutenue dans le temps la teneur du document politique. Le député Robert Ghanem a préconisé de donner au bloc parlementaire du 14 Mars le label « Liban d'abord », tandis que le député Okab Sakr réclamait quelques amendements de forme afin de tenir compte de la sensibilité chiite.
M. Samir Geagea a souligné de son côté que le document de travail en question représente non pas un simple communiqué ou une déclaration conjoncturelle, mais plutôt un véritable programme de travail et un plan d'action continu pour la prochaine étape. Le leader des Forces libanaises a d'autre part souligné que la priorité absolue au stade actuel est la lutte contre les armes du Hezbollah, soulignant dans ce cadre qu'il est erroné d'établir la distinction entre la « résistance » et les « armes illégales dirigées vers l'intérieur ». M. Geagea a précisé dans ce cadre qu'il fallait soutenir l'option de la résistance mais à condition qu'elle soit du seul ressort de l'État et de l'armée, et non pas d'un parti. « Même si les armes du Hezbollah ne sont pas dirigées vers l'intérieur, elles constituent un danger pour le pays car elles exposent le Liban à des agressions en cas de conflit entre Israël et l'Iran », a déclaré M. Geagea.
M. Hariri a souligné, pour sa part, que la teneur du document de travail ne pourra en aucun cas faire l'objet de compromis ou d'un quelconque marchandage avec le camp adverse, relevant en outre qu'il ne fallait pas exclure que le 14 Mars organise de nouveaux rassemblements populaires au cas où le gouvernement en gestation s'emploierait à torpiller le tribunal international.
Plusieurs orateurs ont réclamé dans ce contexte que les actions concrètes et conjointes entre les diverses composantes du 14 Mars soient renforcées et rendues systématiques.

Les Libanais pionniers
C'est le « martyr-vivant », le député du Chouf Marwan Hamadé, qui a lu le document politique final des assises du Bristol ; un document aux allures de véritable programme que la nouvelle minorité entend appliquer d'ici aux prochaines législatives dans son esprit comme dans sa lettre.
Le 14 Mars commence par un clin d'œil aux peuples arabomusulmans : « Au printemps 2005, en mettant un terme à la tutelle sécuritaire et politique, les Libanais ont les premiers pavé la voie, dans le monde arabe, à un changement pacifique et démocratique, loin des putschs militaires, des intifadas armées ou des ingérences étrangères... Dès le premier instant, le mouvement indépendantiste s'est employé à restructurer le pouvoir grâce aux urnes et les résultats des législatives ont prouvé la capacité des jeunes de la place de la Liberté à redonner le pouvoir au peuple, à assurer la primauté des institutions constitutionnelles comme garantes de la stabilité », a lu Marwan Hamadé, rappelant que la main était dès le départ tendue à toutes les factions politiques « pour une osmose de tous dans l'État et le respect par tous de la Loi fondamentale, loin de tout monopole du pouvoir ».
« Sauf que les autres, et notamment le Hezbollah, ont refusé d'accepter la fin de la tutelle et les résultats des législatives ; ils s'en sont alors pris au mouvement indépendantiste, aidés par des pôles régionaux, dans le but de dynamiter le système démocratique et en essayant d'imposer le concept du Liban-scène de guerre permanente et celui des armes du Hezb comme primant sur l'identité du Liban et son unité, sur l'État, sur les libertés, la stabilité, la prospérité, la loi, la justice », dénonce le document du 14 Mars.

« Agrippé à l'État »...
Et Marwan Hamadé de rappeler les innombrables avanies subies par le 14 Mars : les obstacles placés sur le chemin du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) ; la vague d'assassinats qui a frappé « les symboles de l'indépendance » ; le sit-in du 8 Mars au centre-ville pendant plus de dix-huit mois ; la campagne d'accusations de traîtrise en tous genres, « sans précédent et destinée à diviser les Libanais » ; les lignes rouges imposées contre l'armée dans la guerre de Nahr el-Bared ; le verrouillage du Parlement comme soulèvement contre le système républicain parlementaire du Liban ; la détermination à faire perdurer la vacance à la première présidence, et, enfin, « l'annexion de Beyrouth et le retournement des armes contre la Montagne », dans une allusion aux événements de mai 2008, tout cela ayant provoqué « une incapacité du pouvoir politique à s'occuper des doléances des gens ».
« Malgré tout cela, le mouvement indépendantiste a résisté, agrippé à l'État, à la Constitution et au principe de l'étendue du pouvoir de l'État sur l'ensemble du territoire libanais. Nous avons ainsi pu confectionner un véritable cocon de stabilité : la résolution 1701 destinée à protéger le Liban d'Israël, le TSL, la victoire aux législatives de 2009, etc. », rappelle le 14 Mars. « Et encore une fois, le 8 Mars a refusé ces résultats et exigé le tiers de blocage au sein du gouvernement, fort de ses armes pour paralyser le pays et ses institutions, imposer ses points de vue et donner le choix aux Libanais entre justice et paix civile », ajoute le texte.

Face aux risques, les 7 constantes
« Le sixième anniversaire du mouvement indépendantiste libanais tombe en plein dans les révoltes en faveur de la démocratie qui secouent le monde arabe, basées sur la liberté, la dignité et la justice », poursuit le document du 14 Mars, relevant les similitudes entre la révolution du Cèdre et les appétits pour le changement des peuples arabes aujourd'hui. « Les Libanais, encore moins aujourd'hui, ne peuvent accepter un retour de leur pays en arrière, un retour de la pensée unique et du monopartisme, un retour de l'oppression et des armes. Le Liban fait actuellement face à de graves dangers qui menacent son existence, son identité, son avenir. Ainsi risque-t-il de perdre de nouveau son indépendance et de retourner aux divisions communautaires et sectaires, terreaux idéaux pour le retour des tutelles ; il risque de voir la démocratie étouffée et la pensée unique s'imposer ; il risque de faire face à une dégringolade substantielle du niveau de vie des Libanais, qui pourraient dépendre comme avant des aides de tel ou tel parti ; il risque d'être entraîné dans les spirales d'un axe étranger à l'heure où les peuples arabes récupèrent leur liberté de décider pour eux-mêmes ; il risque de s'extraire de la légalité internationale et il est de notre responsabilité à tous de faire face à ces dangers », a martelé Marwan Hamadé.
Et d'énumérer les constantes que l'alliance du 14 Mars s'engage solennellement à protéger et défendre :
- Un : « l'attachement indéfectible » à l'accord de Taëf (souveraineté, indépendance, patrie définitive, unité nationale, respect de ses engagements arabes et internationaux ; système parlementaire démocratique ; système économique libre ; développement durable ; refus de trier les Libanais en fonction de leur appartenance ; refus de toute division ou implantation ; charte de coexistence comme source de tout pouvoir ; parité islamo-chrétienne, etc.).
- Deux : la défense de la souveraineté menacée du Liban « en confiant cette mission au seul État, aux quatre coins du pays, y compris en ce qui concerne les armes palestiniennes hors et dans les camps ». En finir, aussi, « avec l'hérésie selon laquelle la défense du Liban est la spécialité d'un parti et qui divise les Libanais en deux : cela corrompt le concept de partenariat national, menace la coexistence et sape la crédibilité des institutions ».
- Trois : défendre « le droit des Libanais à jouir d'un État digne d'eux, un État du citoyen, un État civil et moderne, débarrassé des conflits interconfessionnels, capable d'assurer les libertés fondamentales ; un État où prévaut la loi, où la séparation des pouvoirs est sacralisée, où la justice est totalement indépendante, où les administrations sont bâties sur la compétence et le mérite ».
- Quatre : la défense des « libertés » des Libanais, de leur droit de vivre dans une société « moderne et ouverte, sans que la religion ne soit utilisée à des fins politiques ou pour façonner des identités autarciques, et qui respecterait la femme et l'homme pour leur valeur intrinsèque ».
- Cinq : renforcer « la confiance dans le système politique », et renforcer » la stabilité et la sécurité pour encourager les investissements au lieu de provoquer leur fuite à l'étranger, ce qui ne pourra que booster l'économie et l'emploi « .
- Six : défendre « le droit des jeunes à participer au dessin d'un nouveau monde arabe, pluraliste et démocratique ; un monde arabe libéré et à même de protéger ses intérêts stratégiques ; un monde arabe solidaire, capable d'imposer une solution juste au conflit israélo-palestinien ».
- Sept : la « détermination » à défendre la justice et le TSL et « à faire nôtre chacune de ses décisions : c'est grâce aux Libanais que le TSL a pu voir le jour ».
L'alliance du 14 Mars s'est ainsi engagée à se battre pacifiquement et démocratiquement en faveur de ces sept points, à travers ses députés et leurs alliés, les partis politiques, les forces politiques indépendantes et la société civile.

« Aucun compromis, aucun renoncement » ...
Et de s'adresser enfin aux Libanais, « de l'extrême Sud à l'extrême Nord en passant par Beyrouth, la Montagne et la Békaa » : « Aucune cause n'est plus noble que l'existence du Liban et la coexistence des Libanais. Voilà pourquoi nous réaffirmons notre attachement au Liban du pluralisme, des libertés, de la démocratie, de l'État de droit, de la loi, de la Constitution ; notre attachement à soutenir la cause palestinienne, notamment par le droit au retour ; notre attachement à la souveraineté de l'État sur l'ensemble du Liban et à la solidarité avec l'État pour la libération des parcelles de territoire encore occupées ; notre attachement aux résolutions internationales ; notre attachement à la diversité religieuse, intellectuelle, politique, à la nécessaire soumission de chaque Libanais à la loi libanaise, à ce refus absolu de mini-États ; notre attachement aux valeurs républicaines, à la justice, à une économie prospère... Nous refusons le chantage paix et sécurité contre liberté, justice et vérité, et parce que nous sommes convaincus que le Liban est une patrie définitive pour tous ses fils, nous appelons les Libanais, quelle que soit leur appartenance géographique, religieuse ou politique, à faire face ensemble au complot visant à dynamiter la formule civilisée libanaise et à dynamiter les rêves des Libanais. Œuvrons ensemble sur un chantier national à même de consacrer l'unisson autour de nos constantes ; le Liban est à tous ses fils et toute tentative de phagocyter l'autre est nécessairement vouée à l'échec. »
Et de conclure : « Retrouvons-nous dimanche dès 10 h avec le seul drapeau libanais, place de la Liberté, où la voix du peuple sera plus forte que celle des armes ! Chers Libanais, ce document politique sera imperméable à tout compromis, toute compromission et tout renoncement, parce que nous refusons la discorde, parce que nous voulons défendre le Liban. »
C'est en présence de plus de 250 députés, ministres, chefs de partis, personnalités de la société civile, journalistes et cadres supérieurs que s'est tenu hier après-midi à l'hôtel Bristol le 4e congrès du 14 Mars afin de définir le plan d'action de la coalition souverainiste au cours de l'étape nouvelle dans laquelle s'engage le pays. L'ensemble des pôles du 14 Mars étaient présents, notamment le président Amine Gemayel, le Premier ministre sortant, Saad Hariri, le vice-président de la Chambre, Farid Makari, et MM. Fouad Siniora, Samir Geagea, Dory Chamoun, Carlos Eddé, ainsi que les députés et ministres du 14 Mars. Le leitmotiv de cette rencontre a été sans conteste le refus de la tutelle des armes du Hezbollah et l'attachement aux constantes nationales de la révolution du Cèdre et à la légalité...
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