Manifeste : les pôles et les cadres du camp souverainiste se mobilisent à fond, à coups d'appels pressants et de déclarations combatives, pour rassembler dimanche des masses considérables déferlant du Nord, de la Békaa, de la capitale, de la Montagne, mais aussi du Sud. En proclamation, rouge sur blanc, de la poursuite, de la relance, de la révolution du Cèdre. Dans le respect de la justice et de la vérité comme de la démocratie, attaquées par la spoliation.
Manifeste : les préparatifs intensifiés portent également sur ce discours politique fondamental, réparti en tranches, en thèmes entre les orateurs, qui doit constituer le coup d'envoi d'une nouvelle phase de lutte d'essence et de portée nationales.
Avec un objectif clair que résume la devise « Le peuple veut la chute de l'armement » hors légalité. Un député du groupe Liban d'abord explique à ce propos que « l'on ne peut édifier un État tant que des armes illicites restent entre les mains des gens et s'imposent à la vie politique en dominant l'autorité publique. La logique de l'État ne peut coexister avec la logique du mini-État armé dont les titulaires s'arrogent le droit de décider de la guerre et de la paix en servant un agenda régional qui n'a aucun rapport avec l'intérêt national libanais. Ce que les parties armées en question reconnaissent. »
Un cadre du 14 Mars confirme que lors du rassemblement des masses, il va être donné lecture d'un document politique ayant pour titre « Soutien à l'État fort et juste : programme d'action pour en poser les fondements ». Les efforts seront centrés sur la défense, la réhabilitation de la Constitution et des lois en vigueur. Les speechs vont se partager entre les thèmes de l'État souverain, de la légalité et du règne de la loi.
Du côté du 8 Mars, on guette les développements et les bouleversements extérieurs qui pourraient avoir des effets sur le plan local. On reste également à l'affût du meeting que le 14 Mars organise dimanche. Les prosyriens y voient une tentative de limiter les dégâts après la lourde défaite essuyée à la suite de l'éviction de Saad Hariri et de la désignation de Nagib Mikati. Ils ajoutent que le 14 Mars espère visiblement que le rassemblement de foules considérables aurait un impact politique aussi fort que durable, ce qui n'est pas certain. Surtout que la devise de mobilisation, « Le peuple veut la chute de l'armement », n'a pas de portée effective. Et ne reste, toujours selon les prosyriens, que simples propos en l'air. Auxquels ils comptent répondre en appelant à l'arrêt de tout rapport avec le TSL et à l'abrogation du protocole conclu avec cette instance.
On note, en outre, que des groupements de jeunes ont défilé récemment à Beyrouth pour brandir une banderole proclamant que « le peuple veut la chute du système confessionnel », en réponse au slogan du 14 Mars. Une prestation s'appuyant sur des appels lancés sur Facebook qui ont touché des secteurs de la société civile favorables à l'État laïc. Mais certains organisateurs ont cru s'apercevoir que des groupuscules gauchistes s'infiltraient pour manipuler l'opération. Et ces cadres ont rectifié le tir en précisant que le mouvement n'est pas ponctuellement politisé au profit d'un camp ou d'un autre. Mais qu'il propose un réexamen en profondeur du système. Toujours est-il qu'après ces péripéties, l'initiative des jeunes a perdu de son élan.
De son côté, le président Nagib Mikati poursuit des efforts en vue d'un gouvernement qui rassemble les forces actives du pays et permette à toutes les franges d'assumer leur part de responsabilité nationale. Il n'a donc pas, pas encore, renoncé à concilier les deux projets du 8 Mars et du 14 Mars. Il estime en effet qu'il se trouve suffisamment de dénominateurs communs pour opérer une jonction entre les deux camps. Il veut promouvoir le dialogue, au sein du comité national, sur les points litigieux, la stratégie de défense en tête. À son avis, les protagonistes finiront par comprendre que le Liban ne se gouverne que par l'entente. Donc que le partenarial s'impose derechef.

