Le patriarche Sfeir ne démissionne donc pas. À 90 ans, il transmet sa crosse de pasteur à plus jeune, à plus vaillant physiquement. Mais la charge de pasteur est avant tout celle d'un homme de prière et, sur ce plan, le patriarche devrait se réjouir du temps supplémentaire qu'il va pouvoir consacrer à cette activité. Prier, en effet, est une action, même si dans son essence cette action implique cet élément de passivité qu'est l'abandon à la volonté de Dieu, à sa grâce transformante.
Prier est une action, et l'épreuve peut être rude. Les consolations ne sont pas toujours au rendez-vous de la prière. Le combat spirituel est en effet le lot de tous les chrétiens, des plus petits aux plus grands. Et même, plus grands, plus forts, plus mûrs sont ces fidèles, plus grand est le combat. C'est en effet au nom de toute l'Église, dont il porte le « souci », que le saint combat. Il n'est pas à l'abri des assauts du doute, de la rancœur, de l'affaissement et de l'ennui. Ce que les Pères de l'Église appellent « acédie ».
Et puis le cœur d'un pasteur n'est jamais au repos. Il est inquiet ; toujours aux aguets. Il bat au rythme du cœur de Jésus : systole pour les justes, diastole pour les pêcheurs, comme Gertrude d'Helfta, cette grande sainte du XIIIe siècle, témoin vivant de ce prodige, nous l'apprend. Jésus lui a fait entendre le battement de son cœur, qu'il a reçu de Marie dans son corps d'homme, et qui bat désormais pour toujours, mystère de la foi, dans son corps glorieux de Ressuscité.
Enfin, un pasteur est un prêtre, un intercesseur. Quand l'Église consacre un prêtre, celui-ci l'est « à jamais, selon l'ordre de Melchisédech », le roi de justice. Ce rôle ne s'éteint pas avec l'extinction d'un ministère particulier, fût-il celui de chef de l'Église. Il persiste à jamais, et l'on pourrait même dire de plus belle, jusqu'à la consommation des âges.

