Les débris d’un avion abattu samedi par les insurgés libyens près de Ras Lanouf. Malcolm Webb/AFP
Des tirs nourris d'armes automatiques ont retenti dans le centre de Tripoli pour célébrer, selon les autorités, la reprise par le régime de ces villes. Les voitures ont klaxonné partout dans la ville et des habitants ont accroché des drapeaux libyens aux rebords des fenêtres.
Mais les insurgés ont immédiatement contesté la reprise des trois villes. Selon des journalistes de l'AFP sur place et les insurgés, Ras Lanouf était toujours contrôlée hier matin par ces derniers. Dans la matinée, les forces prorégime ont cependant mené deux raids, sur un camp de rebelles et sur un poste de contrôle, apparemment sans faire de blessés.
Les insurgés libyens ont également contesté la reprise de Tobrouk. « La région allant d'Ajdabiya à la frontière égyptienne est sous notre contrôle », a assuré Fateh Faraj, un membre du conseil des insurgés à Tobrouk, joint par téléphone.
Les insurgés libyens ont également repoussé un assaut sur Misrata, à 200 km à l'est de Tripoli. Avec l'emploi de chars et de l'artillerie, c'était l'assaut le plus violent mené jusqu'ici par les pro-Kadhafi pour reprendre le contrôle de la ville. Des témoins ont déclaré que l'assaut avait été mené par des unités de la milice dirigée par Khamis Kadhafi. Un médecin a fait état de 18 morts, dont un bébé, dans les affrontements. « Les attaques ont été horribles », a déclaré un habitant à Reuters. « Les révolutionnaires ont capturé vingt soldats et pris un char. La ville est totalement contrôlée par les jeunes », a ajouté un autre témoin. En début de soirée, la ville était calme, mais des groupes rebelles continuaient de ratisser certains quartiers à la recherche d'éventuels combattants kadhafistes, présentés comme des « mercenaires ».
Malgré ces prises de position, des combats ont forcé les insurgés à se retirer de Ben Jawad, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Ras Lanouf et d'où ils avaient espéré avancer jusqu'à Syrte, ville natale du numéro un libyen, une centaine de kilomètres plus à l'ouest. À 03h00 du matin, les pro-Kadhafi « ont expulsé femmes et enfants et ont occupé leurs maisons », a raconté un insurgé, Fathi al-Gadaf. Des femmes ont prévenu les insurgés par « des gestes de la main, des signes. Certains soldats cachés ont alors lancé l'embuscade ». Selon un médecin, les combats ont fait deux morts et une trentaine de blessés, dont un journaliste français.
Face aux violences des combats, l'ONU a demandé un « accès urgent » aux victimes « blessées et mourantes » des bombardements.
Malgré les affrontements et au 20e jour d'insurrection, le colonel Mouammar Kadhafi s'est déclaré favorable à l'envoi d'une commission d'enquête « des Nations unies ou de l'Union africaine » pour évaluer la situation. Il a également de nouveau brandi les spectres d'el-Qaëda et d'une immigration massive en Europe. Son fils, Seif al-Islam, lui a fait écho, mettant l'Europe en garde, assurant que sans son aide, la Libye risquait de devenir « une Somalie de la Méditerranée », dans un entretien diffusé dimanche soir par la chaîne de télévision France 2. « Il y aura des pirates au large de la Sicile, de la Crète, ou de Lampedusa. Il y aura aussi des millions de migrants, la terreur sera à votre porte », a-t-il ajouté.
Sur le plan politique, les insurgés continuaient de s'organiser. Le Conseil national créé le 27 février par l'insurrection s'est réuni samedi pour la première fois et s'est déclaré « le seul représentant de la Libye ». Mais une « équipe diplomatique britannique » venue à Benghazi afin d'y établir des contacts avec l'opposition a rencontré quelques embûches. Londres a confirmé qu'une « petite équipe diplomatique » britannique se trouvait à Benghazi. Selon l'opposition libyenne, un diplomate et des militaires britanniques ont été arrêtés après leur arrivée dans une zone contrôlée par les insurgés et se trouvent désormais « en sécurité ».
Toujours sur le plan diplomatique, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a souhaité que Mouammar Kadhafi engage « tout de suite » un « processus de réconciliation avec son peuple », tout en relevant que le peuple n'allait probablement pas l'accepter.
La France a salué de son côté le Conseil national, apportant son « soutien aux principes qui l'animent et aux objectifs qu'il s'assigne ». Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a cependant estimé qu'une intervention militaire aurait des « effets négatifs » et s'est prononcé en faveur d'une zone d'interdiction aérienne pour empêcher les bombardements.
À l'ONU, des diplomates ont annoncé hier que la commission des sanctions sur la Libye tiendrait sa première réunion dans les prochains jours et serait présidée par le Portugal.
Sur le plan humanitaire, plus de 191 000 personnes ont fui à ce jour les violences et environ 10 000 personnes déplacées se dirigeaient vers la frontière égyptienne, selon l'ONU. L'Union européenne a par ailleurs envoyé une équipe à Tripoli pour évaluer sur place les besoins humanitaires, a annoncé la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, avant un sommet des dirigeants de l'UE prévu vendredi pour examiner la situation en Libye.
(Source : agences)

