Le chanteur libano-américain Madhat Saadeh au volant d’une Lamborghini flambant neuve.
Le parcours de Madhat est comme nombre de Libanais, « international » : né au Koweït, il revient au Liban à l'âge de 6 ans après le décès de son père. Il s'installe avec sa mère, ses frères et sœurs au Ftouh Kesrouan, où vivait sa tante paternelle mariée à un homme de la région, de la famille Kabalan. C'est là qu'il fit ses débuts, avec ses cousins, dans la chanson, du haut des collines surplombant les villages de la région. Au plus fort de la guerre du Liban et alors qu'il avait à peine vingt ans, sa famille quitta le pays au début des années 1980 pour s'installer en France.
Lui-même continua pour New York où il étudia l'informatique, fondant sa propre société. Mais encouragé par ses amis libanais et arabes charmés par sa voix, il s'orienta vers le domaine de la chanson. Il ouvrit ainsi, au pied de l'Empire State Building, un restaurant de cuisine italienne, « Romantica », transformé tous les soirs en boîte de nuit pour les « fans » de la chanson arabe. Et il aimait se retirer quelques semaines par an dans sa villa à South Beach à Miami, accolée à celle du grand couturier italien Gianni Versace.
Nouveau tournant un 11 septembre
Madhat raconte : « Je me souviens encore du 11 septembre 2001 qui me hante : j'ai été réveillé par mes amis subitement, et je vis un spectacle de désolation tout autour de l'immeuble où j'habitais au cœur de Manhattan. Nous sommes montés au 42e étage et avons assisté en direct à la collision du deuxième avion contre la seconde des tours jumelles. Ce qui est étonnant, c'est qu'il y avait des personnes sous le pont qui filmaient tranquillement ce spectacle d'horreur. »
Il ferma alors son restaurant et rentra au pays, où il rencontra une jolie fille de son village natal, Maryam Chehab, qui devint par la suite la chanteuse Melissa. Il voyagea de nouveau avec elle aux États-Unis et s'installa entre San Diego et Los Angeles, où ils vécurent ensemble trois ans. Ils eurent un enfant, Amadou, avant de divorcer, puis Madhat épousa une Libanaise de Nabatiyeh qui l'accompagne aujourd'hui dans sa vie, et de laquelle il obtint également un garçon, Amir. Quant à Melissa, elle rentra au Liban où elle se produit aujourd'hui régulièrement, ainsi que dans les pays du Golfe.
«Chanteur de l'amour et du bonheur », « voix de la montagne » ou « roi de la dabké », les surnoms ne manquent pas pour qualifier Madhat Saadeh. Il est connu pour son tube Ah el-Hikaya et se consacre entièrement à sa carrière de chanteur en Californie, après avoir travaillé quelques années dans le domaine de la vente au siège de la compagnie Mercedes, à Newport Beach. Il participe à de nombreux festivals arabes et anime des journées paroissiales dans des églises maronites ou coptes à Los Angeles, San Diego, Michigan, New York ou Chicago. Il chante également au Mexique, en Colombie et dans d'autres pays voisins. Voyageant régulièrement en Égypte, où il avait séjourné plusieurs fois pour parfaire son art musical, il prépare un nouvel album aux sonorités espagnoles.
« Celui qui veut acheter ma terre n'est pas meilleur que moi pour y vivre ! »
Rencontré le mardi 1er mars sur le vol Beyrouth-Paris, nous étions assis dans l'avion côte à côte par une heureuse coïncidence. Madhat se confie : « Alors que je me trouvais en Californie, j'ai été contacté il y a une semaine par un riche investisseur libanais voulant agrandir sa propriété à Jiyeh, zone en pleine expansion au sud de Beyrouth. Il m'a proposé un prix très attrayant pour la petite parcelle en bord de mer que j'avais acquise il y a cinq ans. Arrivant au Liban pour la vendre, j'ai voulu y mettre les pieds une dernière fois et là, j'ai réalisé en voyant ma terre, en la touchant, en la flairant, qu'elle valait bien mieux que celles des côtes californiennes, considérées comme les plus belles du monde. Je me suis décommandé auprès de l'acheteur qui n'a rien compris à ma décision, et me voilà dans l'avion dans l'espoir de revenir bientôt construire une villa. Celui qui veut acheter ma terre n'est pas meilleur que moi pour y vivre ! »


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