« Le tourisme se porte mieux dans la nouvelle Égypte », peut-on lire sur la pancarte brandie par un manifestant place Tahrir. La célèbre animatrice de télévision américaine, Oprah Winfrey, a d’ailleurs accepté une invitation du ministère du Tourisme, « dans le cadre d’une campagne pour relancer le tourisme ». Elle doit présenter une émission en direct sur la place Tahrir du Caire, a rapporté la presse gouvernementale égyptienne. Peter Andrews/Reuters
Rare démarche de la part d'un responsable égyptien, M. Charaf a rejoint le rassemblement place Tahrir avant la grande prière hebdomadaire du vendredi, sous les acclamations. Une haie humaine a été formée pour lui permettre de passer parmi la foule.
Après la démission d'Ahmad Chafic jeudi, le Conseil suprême des forces armées, en charge du pays depuis la chute du président Hosni Moubarak sous la pression populaire, a annoncé son remplacement par M. Charaf, une personnalité populaire parmi les jeunes militants prodémocratie.La nomination de M. Charaf était destinée à calmer les manifestants, qui avaient continué à se rassembler place Tahrir pour exiger que le gouvernement soit purgé des éléments de l'ancien régime.
Constamment interrompu par des « Nous sommes avec vous », M. Charaf a déclaré : « Je vous en prie, vous avez fait quelque chose de grandiose et ensemble nous ferons plus. Ma tâche est lourde et cela nécessitera de la patience. »
De fait, la transition en Égypte accumule les défis. M. Charaf doit notamment commencer par former un nouveau gouvernement, à la composition délicate. Sur la sellette, les anciens barons de l'ère Moubarak comme le ministre des Affaires étrangères Ahmad Aboul Gheit, qui avaient réussi à se maintenir dans le cabinet Chafic et à survivre à un remaniement ministériel le 22 février. Le gouvernement est chargé de la gestion des affaires courantes depuis la démission de M. Moubarak.
L'institution militaire a suspendu la Constitution et dissous le Parlement, tout en assurant vouloir procéder à des réformes et à des élections libres permettant de revenir à un pouvoir civil dans un délai indicatif de six mois. Mais « les forces armées se retrouvent avec un lourd fardeau » face à des manifestations et des grèves qui se poursuivent, tandis que la police refuse d'assumer sa mission, s'inquiète l'éditorialiste du journal indépendant al-Chorouq, Salama Ahmad Salama. « L'armée doit ramener la situation à la normale, mais comment y parvenir ? » écrit M. Salama, qui fait partie d'un groupe de personnalités ayant rencontré récemment le conseil militaire pour analyser la situation du pays.
Le cadre de transition, tout juste ébauché par l'armée, est déjà soumis à critique. Les amendements constitutionnels proposés par une commission d'experts « répondent à des demandes anciennes de l'opposition et de la société civile, mais créent aussi de nouvelles incertitudes », estiment Nathan Brown et Michelle Dunne, du centre américain Carnegie. La limitation de toute présidence à deux mandats de quatre ans permet d'éviter l'écueil des réélections à vie, et l'assouplissement des règles de candidature va dans le sens démocratique souhaité, relèvent-ils. Mais ces experts s'interrogent sur l'interdiction de se présenter à la magistrature suprême pour tout candidat binational, ou marié à une étrangère, qui semble un barrage possible à des candidats émanant de la nombreuse communauté égyptienne expatriée.
L'absence de réforme du mode de scrutin, conjuguée avec la disparition de fait de l'ancien Parti national démocrate (PND), risque aussi de se traduire par un Parlement « disparate et dominé par des chefs locaux », ajoutent-ils.
Le calendrier suggéré par l'armée - un référendum constitutionnel le 19 mars, des législatives en juin et une présidentielle en août - est également jugé par certains opposants trop serré pour un pays où l'opposition est divisée et peu structurée, à l'exception du puissant mouvement des Frères musulmans.
La dégradation de la situation économique provoquée par les troubles et l'instabilité politique constitue un défi supplémentaire.
(Source : AFP)

