Ses visiteurs assurent cependant qu'il ne perd nullement le cap. Il s'accroche aux prérogatives qui lui sont dévolues par la Constitution. En répétant que c'est bien à lui de former le gouvernement, en accord impératif avec le président de la République. Il précise d'ailleurs qu'en dernier ressort, la décision appartient au chef de l'État, puisque c'est lui qui signe les décrets de formation et de composition du cabinet. Partant de là, Mikati soutient que la position du président de la République ne peut être considérée que sous son angle arbitral. Et pas du tout comme un ticket d'accès au partage du gâteau, à l'obtention d'une part ministérielle, au parachutage de tel ou tel homme lige.
Le soin qu'il prend à défendre le régime, Mikati le confirme en répétant qu'il entretient avec le président Sleiman les liens de coopération les plus étroits. Sur le plan pratique, ils devraient en cette fin de semaine entamer la sélection nominale, sur base des critères qu'impose le refus du 14 Mars d'intégrer le gouvernement. Comme le président Sleiman s'oppose à l'idée d'un cabinet monochrome, l'on s'achemine vers une formule panachée : des cadres du 8 Mars, des indépendants et des technocrates à la valeur reconnue. Mikati penche pour une équipe de 24.
Selon ses proches, Mikati veut bien négocier. En homme d'affaires avisé, il ne s'étonne pas que les demandeurs fassent monter les enchères. Mais jusqu'à un point déterminé, car en définitive personne n'aurait de chance de passer en force et d'imposer à l'intéressé des conditions sine qua non. Ces sources rappellent que c'est le 8 Mars qui est redevable à Mikati d'avoir permis l'éviction de Hariri, et non l'inverse. En précisant que c'est la position que Mikati et Safadi avaient adoptée qui avait permis de faire basculer la donne numérique par l'inversion des rôles entre majorité et minorité. Donc le 8 Mars doit se contenter de cet acquis, du reste capital, sans tenter d'imposer des exigences inacceptables à Mikati.
Chacun, assurent ces sources, peut avancer des noms, présenter des demandes précises de portefeuilles. Mais personne n'est autorisé à clamer : ce serait cela et rien d'autre. Ni, dans le même esprit, à formuler un veto quelconque contre une partie ou une personne déterminées. Le jeu consiste en fait, pour les forces politiques concernées, à offrir au Premier ministre désigné un panel pour qu'il fasse son choix. Sur base, évidemment, de compétence, de savoir-faire, de probité et de rendement. Autre principe pour Mikati, toujours selon ses proches : il n'est pas question de consacrer officiellement l'apanage que s'arrogent certaines communautés, ou parties, sur des départements déterminés. Ils ajoutent qu'il croit dans la rotation, comme dans l'alternance. Et que, dans son esprit, il ne devrait plus y avoir de distinction qualitative entre portefeuilles de souveraineté et de services.
Ce qui rend, en réalité, les choses plus compliquées. En effet, on voit mal comment un parti irait troquer l'Intérieur contre le Tourisme ou la Jeunesse et les Sports. En tout cas, les souverainistes pensent que Mikati n'est pas encore au bout de sa besogne. À leur avis, il ne va rien proclamer avant que la situation régionale ne se décante. Pour un éventuel feu vert. D'autant que, selon leurs visiteurs, les Syriens, inquiets, préfèrent temporiser. Et conseilleraient à leurs alliés locaux de baisser le ton, de mettre de l'eau dans leur vin. En attendant la visite que le président Assad doit rendre au roi Abdallah. Cependant, pour certains, les Saoudiens ne sont pas chauds concernant la résurrection de la S-S. Ils préféreraient laisser Mikati s'arranger et ne souhaitent payer aucun prix libanais pour ce rapprochement que la Syrie recherche. À preuve, selon ces sources, qu'ils ont reporté la visite que Damas devait leur rendre déjà dimanche dernier...

