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Moyen Orient et Monde - Le Point

Ces jeunes qui peuvent…

Ils ont 25 ans en moyenne, savent ce qu'ils veulent, savent comment l'obtenir. Voilà. Avec des répliques qui ne sont pas près de s'arrêter, le séisme s'est abattu sur le Moyen-Orient et personne ne l'a vu venir, surtout pas l'omnisciente Central Intelligence Agency - laquelle d'ailleurs n'en est pas à une bourde près... Pourtant, le péril jeune pointait depuis longtemps à l'horizon, avec ses légions de chômeurs (25 pour cent de la population active, selon les statistiques les plus optimistes), bardés de diplômes mais mal préparés à assumer leurs responsabilités, désireux par-dessus tout de vivre dans la liberté et la dignité, et refusant désormais de prendre pour dogmes tous les clichés qu'un pouvoir en mal d'épouvantails s'acharne depuis deux générations à dresser sur leur chemin.
L'erreur aura été de ne pas voir dans ces jeunes la relève, prête à arracher le témoin des mains des aînés ; l'erreur aussi, elle a consisté à les croire taillables et « infantilisables » à souhait. Dans le monde arabe, nous disent les chiffres, ils représentent 60 pour cent de la masse. Ils sont 70 pour cent au Yémen, 64 pour cent en Jordanie, 60 pour cent en Arabie saoudite, 61 pour cent en Égypte, 72 pour cent à Gaza et dans les territoires occupés.
Or stupeur ! Les voici qui, réveillés de leur torpeur, prétendent donner aux rois et aux présidents des leçons de bonne gouvernance, osant prononcer les mots, hier encore interdits, de monarchie constitutionnelle, justice, élections libres, transparence. Mais où donc sont-ils allés chercher cela, je vous le demande. Pour un peu, ils en viendraient à exiger carrément l'instauration de la démocratie.
Toutes nos excuses pour avoir trop longtemps cru qu'il y avait, d'un côté, de tout puissants suzerains, sachant dans leur incommensurable sagesse ce qui est bon pour leurs sujets, capables de le leurs instiller au compte-gouttes ; de l'autre, de dociles féaux tout juste bons à attendre que l'auguste manne leur soit (parcimonieusement) accordée.
Depuis janvier, les règles régissant le partage des droits et des devoirs - les premiers pour les maîtres, les seconds pour leurs sujets - ont changé. Les manifestants savent ce qui est bon pour eux, et les chefs d'État constatent avec quelque retard qu'ils avaient tout faux. Ils prêchaient la patience, la longueur de temps ; attendez votre tour, disaient-ils. Et les étudiants, frais émoulus de leur université, n'en croyaient pas leurs oreilles. Attendre ? Mais Hosni Moubarak avait la cinquantaine passée quand il accéda au pouvoir. Et encore, l'occasion lui avait été offerte, si l'on peut dire, à la suite de l'assassinat d'Anouar Sadate. Ils disaient aussi : comment prévoir ce que demain nous réserve ? Ou plutôt, ils ne le savaient que trop bien à voir Gamal Moubarak ou Seif al-Islam Kadhafi se préparer à assumer la succession de leur père. Avec en prime, pour chacun, un joli magot à dix chiffres.
Au fil du temps, le fossé allait en s'élargissant, aggravé par l'écart de l'âge et les rumeurs, étalées sur les écrans des ordinateurs et des téléphones portables, sur les fastes de ces cours des temps modernes. À quoi s'ajoutait la conviction, bien ancrée dans l'esprit des hommes des diverses administrations américaines, que les nouvelles générations d'Arabes étaient élevées dans un environnement marqué par le retour en force de l'islamisme et l'hostilité à l'« impérialisme yankee », un cocktail hautement explosif « augurant mal de l'avenir », soulignait un rapport de la Brookings Institution établi en 2003. Un an plus tard, la Banque mondiale publiait une étude sur les besoins primordiaux des jeunes dans le monde arabe. Les frustrations engendrées par l'absence de débouchés, affirmaient les auteurs du document, ne peuvent conduire qu'« à la violence et à l'immersion dans le religieux, un mélange inflammable ». Ces augures voyaient enfin dans le terrorisme « un phénomène étroitement lié aux jeunes ». À Tunis ou place Tahrir, on n'a pas vu beaucoup de kamikazes, à l'exception de rares cas de laissés-pour-compte d'une société où l'abondance demeure l'apanage d'une sinistre élite de coiffeuses ou de néo-golden boys.
Il faut savoir gré à ces jeunes de nous avoir aidés à voir nos dirigeants autrement qu'avec les lunettes de l'enfant du conte d'Andersen. Grâce à eux, une évidence s'impose à nous, que trop longtemps on nous avait imposé d'ignorer : ces hommes qui nous gouvernaient ne méritaient pas, oh non, le socle sur lequel ils s'étaient hissés par la force des armes. Ce qui leur a manqué ? D'être des chefs, d'avoir cherché à édifier un État, disait en d'autres temps le général de Gaulle, parlant du président Albert Lebrun.

Ils ont 25 ans en moyenne, savent ce qu'ils veulent, savent comment l'obtenir. Voilà. Avec des répliques qui ne sont pas près de s'arrêter, le séisme s'est abattu sur le Moyen-Orient et personne ne l'a vu venir, surtout pas l'omnisciente Central Intelligence Agency - laquelle d'ailleurs n'en est pas à une bourde près... Pourtant, le péril jeune pointait depuis longtemps à l'horizon, avec ses légions de chômeurs (25 pour cent de la population active, selon les statistiques les plus optimistes), bardés de diplômes mais mal préparés à assumer leurs responsabilités, désireux par-dessus tout de vivre dans la liberté et la dignité, et refusant désormais de prendre pour dogmes tous les clichés qu'un pouvoir en mal d'épouvantails s'acharne depuis deux générations à dresser sur leur chemin.L'erreur aura été de ne pas...
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