Sur le terrain, les forces libyennes, soutenues par des blindés et l'aviation, ont lancé une attaque à Brega, la localité la plus avancée, contrôlée par les insurgés dans l'Est. Trois missiles ont été tirés sur la ville, apparemment sans faire de blessés. Selon des témoins, des mercenaires arrivés à l'aube ont notamment tenté de reprendre les infrastructures pétrolières, mais l'opposition armée avait recouvré le contrôle de la majorité de la ville en fin de journée. Les combats ont aussi fait rage à l'aéroport et à l'université. Un peu plus au nord, la région d'Ajdabiya a aussi été touchée par des raids aériens qui n'ont pas fait de victimes.
Réagissant à cette contre-offensive, l'opposition à Benghazi, centre névralgique de la révolte, s'est résolue à demander l'aide de la communauté internationale. « Nous appelons les Nations unies et tout pays qui soutient la révolution du 17 février à lancer des frappes aériennes sur les sites et positions des mercenaires dont il est clair qu'ils sont utilisés contre les civils et le peuple libyens », a déclaré le porte-parole de l'insurrection, Abdelhafez Ghoqa. « Le Niger, le Mali et le Kenya envoient des troupes en Libye », a-t-il accusé. Il y aurait plus de 25 000 mercenaires en Libye, selon la Ligue libyenne des droits de l'homme. Le Conseil national libyen (CNL) de trente membres - mis en place dimanche - s'est toutefois déclaré opposé à une intervention de forces terrestres étrangères sur le sol libyen et s'est dit prêt à envoyer des hommes dans l'Ouest pour contraindre Kadhafi à abandonner le pouvoir. Le Conseil a en outre placé à sa tête l'ancien ministre de la Justice Moustafa Abdeldjeïl qui avait démissionné le 21 février « pour protester contre les événements sanglants et l'usage excessif de la force contre les protestataires ».
De son côté, la communauté internationale avance ses pions, notamment militaires, après avoir adopté une série de sanctions économiques. Deux navires de guerre américains, dont le porte-hélicoptères USS Kearsarge, ont rejoint la Méditerranée hier pour se positionner au large de la Libye. Ce porte-hélicoptères peut assurer un soutien soit à des opérations humanitaires, soit à des opérations militaires. Par ailleurs, une frégate britannique, le HMS Westminster, a quitté Gibraltar pour la Libye, avec à bord, en plus d'hélicoptères et de lance-missiles habituels, du matériel médical et des couvertures.
L'option d'une intervention militaire en Libye suscitait cependant de profondes divisions au sein de l'OTAN, en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l'alliance élargir son champ d'influence et de la complexité de l'opération. Ce constat a été confirmé lors d'une réunion organisée hier à Bruxelles des ambassadeurs des 28 pays de l'organisation. La France a réitéré son opposition. Les États-Unis sont encore « loin d'une décision » sur l'opportunité d'une zone d'exclusion aérienne en Libye, a déclaré la secrétaire d'État Hillary Clinton, en invitant à la « prudence au sujet des actions que nous pourrions engager dans d'autres domaines que le soutien aux missions humanitaires ». La Ligue arabe a cependant indiqué hier qu'elle pourrait soutenir la mise en place d'une telle zone, visant à empêcher des frappes aériennes contre des civils, bien qu'elle reste opposée à une intervention militaire.
Selon la Ligue libyenne des droits de l'homme, la répression a fait 6 000 morts, dont 3 000 à Tripoli et 2 000 à Benghazi - un bilan nettement plus important, dans cette dernière ville, que les 220 à 250 morts avancés par des sources hospitalières locales et le CICR. « Les corps des victimes des bombardements à Tripoli ont été évacués dans des camions et enterrés dans des fosses communes en dehors de la capitale. Les blessés disparaissent des hôpitaux, le pouvoir veut effacer les traces de ses crimes », a dénoncé le porte-parole Ali Zeidan.
Aux Pays-Bas, le parquet de la Cour pénale internationale a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les violences.
(Sources : agences)

