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Nos lecteurs ont la parole

Entre le gargarisme des mots et l’État minimum

Par Hyam MALLAT
Quelques chiffres pour commencer.
Au cours de l'année 2010, l'évolution du cours de certains produits de consommation courante sur les places de New York et de Chicago a enregistré une hausse de 19 % pour le pétrole, 120 % pour le coton, 65 % pour le blé et 80 % pour le maïs.
Tout est dans ces quelques chiffres et plus rien n'est du ressort de l'imprévisible social quand nous jetons un regard responsable sur les choses de la vie.
Certes, actuellement, tout l'intérêt est porté sur le plan public à la formation d'un gouvernement dont la mission serait à même d'établir et de respecter la déclaration ministérielle.
Mais tout en reconnaissant la priorité du choix politique, serait-il exagéré ou prétentieux d'affirmer que concomitamment au politique le social et le culturel exigent et méritent plus que des paroles de bonne volonté ?
Ainsi donc quelles réponses possibles de la part de la société politique et civile à une situation inconfortable pour éviter dérapages ou dérèglements.
Est-ce dans une solution intelligente en amont ou un comportement de déroute en aval ?
En effet, envisager une solution en amont revient à engager une politique institutionnelle et réglementaire de nature à aider la société à mieux vivre en augmentant la productivité.
Une solution en aval ne serait qu'une course vers une inflation qui ronge déjà notre quotidien car se réfugier en une simple revendication de relèvement des salaires et des traitements n'a rien de bien intelligent dans une société puisqu'il est évident que tout relèvement des salaires dans les secteurs public et privé n'est jamais de nature à apporter une réponse adéquate et au bon moment à cette hausse des prix et des cours.
La réponse donc à ces situations de choc économique se trouve dans une position en amont où le secteur public et privé - car tous deux sont en charge et responsable dans l'affrontement de la gravité sociale des situations - ont à répondre de manière prospective et prévisible aux situations de dégradation économique et de souci social des hommes et des femmes à un moment donné.
Et cette réponse institutionnelle passe par l'implantation ou le relèvement de la qualité des programmes sociaux et culturels pour aider la société à soutenir les épreuves de la vie politique car c'est justement quand la société politique est en crise qu'elle retrouve sa valeur d'être dans sa qualité sociale et culturelle.
Cette réponse institutionnelle et globale est la seule possible à la crise individuelle et il est avéré que les pays où les qualités des programmes sociaux et culturels est assuré, les crises sont réduites et à portée limitée par la qualité même de ces services.
C'est par le programme social et culturel que peuvent être évitées les tensions et les revendications de relèvement des salaires ou des indemnités porteurs d'inflation quand sans rapport avec les niveaux requis de la productivité nationale.
Inscrire et revendiquer un programme social et culturel dans un discours politique est une chose et le mettre à exécution en est une autre. Tel est le dilemme qui s'impose malheureusement au Liban entre une politique de mots et les mots de la politique. Dans le premier cas tout est bon à dire et le discours politique se prend au plaisir d'une énumération gloutonne des intérêts et des secteurs - alors que dans le second cas la responsabilité préside au contenu de ce discours pour que le citoyen qui est quand même bien informé avec tous les moyens à sa disposition - participe en conséquence à la résolution des problématiques posées.
Est-ce trop demander en cette période de réveil actif ou larvé des citoyens dans cette région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord que de réclamer l'inscription d'un programme social et culturel réalisable et approprié au nombre des objectifs à réaliser ?
Il est grand temps que soit connu de tous que le gargarisme de la politique des mots n'est pas de nature à rassurer et à relever le niveau d'une politique où les mots doivent être porteurs d'espoir, de rêve et de réalisation.
À moins que nos politiciens ne soient prêts à solder les factures de fin de mois, de scolarisation et de santé des citoyens, il est impératif que le relèvement des institutions sociales et culturelles réponde à cet objectif qui n'est en somme que celui de l'État minimum. Former un gouvernement certes oui, mais la qualité de la déclaration ministérielle reflète bien en somme la capacité de réaliser les objectifs de l'État minimum au service de la société civile.

Hyam MALLAT
Avocat et professeur.
Ancien président du conseil d'administration de la Caisse nationale de Sécurité sociale et des Archives nationales
Quelques chiffres pour commencer.Au cours de l'année 2010, l'évolution du cours de certains produits de consommation courante sur les places de New York et de Chicago a enregistré une hausse de 19 % pour le pétrole, 120 % pour le coton, 65 % pour le blé et 80 % pour le maïs.Tout est dans ces quelques chiffres et plus rien n'est du ressort de l'imprévisible social quand nous jetons un regard responsable sur les choses de la vie.Certes, actuellement, tout l'intérêt est porté sur le plan public à la formation d'un gouvernement dont la mission serait à même d'établir et de respecter la déclaration ministérielle.Mais tout en reconnaissant la priorité du choix politique, serait-il exagéré ou prétentieux d'affirmer que concomitamment au politique le social et le culturel exigent et méritent plus que des paroles de bonne...
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